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9 juin 2018 6 09 /06 /juin /2018 10:55

Le désir, un cas rosse ?

Frédéric LENORMAND : Un carrosse nommé désir

Dès le titre, le ton est donné. De nombreuses références littéraires sont nichées dans le texte, un peu comme ces images-devinettes qui nous invitaient à découvrir où était caché le lapin, l’écureuil ou tout simplement le petit garçon dessiné sur une branche.

Ainsi, Voltaire s’interpose dans une querelle s’écriant : A moi, comte, deux mots. Ce qui clôt immédiatement, ou presque, l’algarade.

Et alors qu’il se promène sur l’Ile Saint-Louis, il ne peut s’empêcher de s’exclamer :

C’est un pic ! C’est un cap ! Que dis-je, c’est un cap ? C’est une péninsule !

Mais ce ne sont pas les seuls exemples disséminés dans ce roman et vous pourrez vous amuser à en découvrir d’autres, tous de bon aloi, évidemment.

Si Voltaire tombe amoureux de la vue plongeante sur la Seine, c’est surtout par l’hôtel Lambert qu’il est attiré. Une demeure un peu délabrée mais qui lui conviendrait parfaitement et il en fait part à son amie Emilie, marquise du Châtelet. Elle lui promet de le lui acheter et pour cela elle doit emprunter auprès de son banquier Charles Michel, sieur de Roissy, en attendant de toucher un héritage providentiel. L’homme est un financier qui a gagné sa fortune dans diverses affaires, notamment dans la traite de ce que l’on appelait pudiquement Bois d’ébène comme armateur de bateaux servant à la traite des Nègres.

Seulement ce brave homme a disparu, alors qu’il se rendait en fiacre de chez lui jusqu’à sa garçonnière. S’il est bien monté dans le véhicule, à l’arrivée le cocher n’a pu que constater qu’il n’y avait plus personne ! Comme à son habitude le financier Michel était imbibé mais quand même cela n’explique pas tout. D’autant qu’il est (était ?) volage et rencontrait très souvent des femmes de petite vertu. Alors disparition, fugue ou enlèvement ?

Emilie doit se rendre auprès de Madame de Richelieu qui vit une grossesse difficile. Mais Voltaire ne restera pas seul puisqu’il hérite comme compagnon la nouvelle coqueluche de la marquise, le mathématicien Samuel König qui a remplacé Leibnitz. Car Voltaire est bien décidé de retrouver le financier, le palais Lambert lui tenant à cœur.

Il se rend donc chez le financier Michel où il est accueilli par sa femme qui n’est guère affligée par la disparition de son dépravé de mari. Il fait la connaissance également de sa fille Justine qui n’est toujours pas mariée malgré son âge avancé (pour l’époque). Il y a également un secrétaire qui fait partie de la famille, Béranger, et pour la bonne bouche Apariciỏn, la cuisinière. Il découvre que madame Michel est une fervente d’astrologie et qu’elle possède une lunette lui permettant d’examiner les étoiles, et éventuellement son mari lorsqu’il sort d’une maison close ou d’un cabaret sis sur le quai qui fait face à leur hôtel particulier.

Voltaire entame donc son enquête, entraînant avec lui, malgré ses réticences, son rival König, et va se rendre en toute bonne foi et ingénuité dans des endroits mal famés dont il ignorait l’existence, le cabaret La Sphynge par exemple, un lupanar régulièrement fermé mais rouvert tout aussitôt ou presque. Ses multiples avatars le conduiront à fréquenter, en tout bien tout honneur quand même, la plantureuse comtesse Virginia de Cougourdan, une jolie pastelliste nommée Rosalba, de belles femmes légères, des énergumènes vindicatifs, le tout épicé et assaisonné d’horions. Mais il n’oublie de se protéger par la présence de König. Il se rendra même dans la résidence de Michel à Roissy, dans des conditions peu avantageuses pour sa personne à laquelle il tient fort.

Et pendant ce temps-là, Paris s’amuse. Le mariage de Louise-Elisabeth, douze ans, la fille de Louis XV, avec l’Infant d’Espagne, donne lieu à des fêtes et joutes nautiques, ce qui ne manquera pas d’éclabousser notre philosophe qui n’hésite pas à se mouiller.

 

Au-delà de l’enquête voltairienne dans laquelle, au cours des nombreuses discussions qu’il peut entretenir avec les divers protagonistes de cette histoire, c’est l’humour qui prédomine et imprègne avec saveur l’intrigue. Il se réfère souvent à ses ouvrages, notamment Les éléments de la philosophie de Newton, récemment paru, et à ceux qu’il envisage de rédiger dont Micromégas. Un peu imbu de lui-même, il n’hésite pas à déclarer :

Mes livres ont le défaut de la perfection.

Voltaire n’est pas toujours décrit à son avantage, mais il est vrai que les représentations picturales ou écrites, ne plaident pas toujours en sa faveur :

Voltaire se tortillait façon « parade nuptiale du ver à soie », un invertébré doté de longs poils sur le crâne.

Une petite réflexion en passant qui peut s’adresser à tout auteur, d’hier et d’aujourd’hui, pourquoi pas de demain :

Les grands livres ne sont pas faits pour plaire à tout le monde. Seuls les petits le sont.

Un roman qui incite à la bonne humeur et se révèle une introduction amusante à la philosophie.

 

Frédéric LENORMAND : Un carrosse nommé désir. Voltaire mène l’enquête. Editions Jean-Claude Lattès. Parution le 9 mai 2018. 334 pages. 19,00€.

ISBN : 978-2709661720

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