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19 mai 2018 6 19 /05 /mai /2018 10:16

J’en reprendrais bien une part !

M. C. BEATON : La quiche fatale.

A cinquante ans et légèrement plus, Agatha Raisin a décidé de changer de vie et de réaliser un vieux rêve datant de son enfance.

Elle dirige une agence de communication et elle la vend sans regret à l’un de ses concurrents qui doit reprendre également ses employés dont Roy, un petit jeune prometteur plein d’allant. Elle va s’installer à Carsely, un charmant petit village niché dans les collines des Cotswolds. Elle avait découvert avec ses parents, lorsqu’elle avait huit ans, cette région paisible et ses cottages en pierre jaune, ses jardinets charmants, ses petits chemins, sa tranquillité, loin du bruit et des odeurs de la capitale.

Elle est trapue, physiquement, est considérée comme une originale et ne mâche pas ses mots, ce qui a pour conséquence de ne pas posséder d’amis. Elle a consacré sa vie à son travail mais désormais elle va profiter de sa retraite anticipée.

Son premier contact avec sa voisine n’est pas véritablement placé sous d’heureux auspices, mais à part ça, tout le monde lui dit bonjour, lui parle du temps et autres paroles censées démontrer qu’elle n’arrive pas dans un village de sauvages. Mais cela ne va pas plus loin. L’intégration est loin d’être réussie et il lui faut trouver des astuces pour, ne pas forcément s’imposer, mais pour signifier qu’elle fait dorénavant partie du paysage.

Elle rencontre des commerçants, la femme du pasteur et quelques autres personnages féminins, les hommes ne l’intéressant guère. Quoique… Elle a été mariée, elle considère qu’elle a donné. Seul Roy lui rend visite avec son copain Steve. Il lui demande des conseils afin de pouvoir s’affirmer chez son nouveau patron.

Elle accepte de participer à un concours de cuisine organisé par la paroisse, ce genre de petits concours forts prisés par la population locale. Seulement, Agatha et la cuisine ne font pas bon ménage. Elle promet toutefois d’apporter une quiche. Et elle s’en va acheter cette délicieuse préparation aux épinards à Londres, chez un traiteur Grec chez qui elle s’approvisionnait régulièrement. D’ailleurs ses repas sont constitués la plupart du temps de plats surgelés. Au moins elle sait se servir d’un micro-onde.

Et voilà, le tour est joué, pense-t-elle. Elle ne gagne pas le premier prix car tous les ans c’est la même cuisinière qui gagne. Le président du jury a toutefois goûté à sa tourte, et il l’emmène chez lui afin de la déguster plus amplement. Sa femme est de sortie, et le lendemain lorsqu’elle se réveille c’est pour se rendre compte que le brave homme, qui accorde ses faveurs à une gent féminine nombreuse, est décédé dans la nuit, dans le salon. Elle ne l’avait même pas vu en rentrant, caché qu’il était par le canapé.

Naturellement une enquête de police est diligentée, menée principalement par un policier de la localité voisine, et qui possède des origines anglo-chinoises. Il ne pense pas à un meurtre, à un accident peut-être mais Agatha Raisin est persuadée du contraire. Elle va donc enquêter de son côté, mais apparemment elle dérange. Son honneur est en jeu. Et il va bien falloir avouer qu’elle a triché.

 

Nous suivons avec amusement les différentes pérégrinations d’Agatha Raisin dans sa recherche d’un éventuel coupable, car elle y tient, quelqu’un a intentionnellement ajouté de la cigüe aquatique à sa quiche. Et elle sait que son traiteur n’avait aucun raison de lui nuire en particulier, alors qui et surtout pourquoi ?

On la suit également dans ses démêlés avec le voisinage, ayant honteusement débauché la femme de ménage de sa voisine. Et puis qui lui glisse sous sa porte, lorsqu’elle est absente, un message d’intimidation ? Or pour l’intimider il faut se lever de bonne heure, ne pas se coucher même. Car Agatha n’est pas une faible femme.

Si elle se considère un peu comme une nouvelle Miss Marple, car elle vient de découvrir la littérature policière, elle est plutôt du genre Imogène McCarthery, un personnage créé par Charles Exbrayat, avec son côté vindicatif et capable d’abattre des montagnes. Elle ressemble aussi, par certains côtés, au capitaine Marleau, mais ça elle ne peut le savoir, cette policière déjantée n’ayant été créée que depuis peu.

Agatha Raisin fume, boit, sans complexe. Elle se sent chez elle dans le bar du village au milieu des consommateurs. Et lorsqu’elle est à Londres, elle n’hésite pas à demander au serveur de déplacer l’un des clients vers un endroit non fumeur, celui-ci étant importuné par la fumée de sa cigarette. Pourtant, pense-t-elle, il inhale plus de quatre paquets de cigarettes en se déplaçant dans les rues de la capitale qu’en restant près d’elle. Mauvaise foi garantie en toute impunité et peut-être en toute inconscience.

Un roman-détente mais souvent sous la légèreté de l’intrigue et son côté humoristique, s’inscrit également une vision, pas toujours complaisante, de la société britannique dans les années 1990. L’humour est acide, caustique, mais apparaissent ça et là quelques traits poétiques.

 

Les vieilles maisons craquent et soupirent quand elles se préparent pour la nuit.

Les Cotswolds étaient apparemment une région très féconde. On croisait partout des jeunes femmes poussant leurs bébés ou leurs enfants en bas âges dans des landaus et des poussettes, comme on appelle ces chars que les mères envoient avec aplomb dans les jambes de ceux qui n’ont pas d’enfants.

M. C. BEATON : La quiche fatale. Agatha Raisin enquête N°1. (The Quiche of Death – 1992. Traduction par Esther Ménévis). Editions Albin Michel. Parution le 16 juin 2016. 324 pages. 14,00€.

ISBN : 978-2226317322

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