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9 avril 2018 1 09 /04 /avril /2018 08:36

Alors fais-moi un signe

Apparais je t'attends.

Thomas LAURENT : Le signe du Diable.

Affalé dans son fauteuil, près de la cheminée, le vieil homme semble dormir. Mais ce n’est qu’une apparence. Le bon curé du village, le prêtre Bérard, vient de décéder. Sa fille Morgane, dix sept ans environ, en est fort marrie et déboussolée.

Car le bon curé, fort estimé de ses ouailles, a fauté. Personne ne lui en a tenu rigueur. Seule la mère de Morgane a essuyé la vindicte de la populace qui la considérait comme une sorcière, une maléficière. Et Morgane, qui ne s’aventure guère près du village, possède une tache de naissance sur le front qui la désigne comme héritière des dons et pouvoirs de sa mère.

Les villageois, venus apporter quelques vivres au curé, forcent la porte car Morgane s’est retranchée dans la cabane. Ils découvrent le tableau macabre et accusent aussitôt Morgane d’être responsable du décès de son géniteur. Ils l’emmènent jusqu’à un arbre afin de la pendre, mais un éclair subit coupe la corde attachée à une branche et Morgane peut s’enfuir dans la forêt à dos de mule.

Morgane arrive dans le village de Hurlebosque, mais comme elle n’est guère connue par les habitants du bourg, elle pourrait s’intégrer et vivre des jours calmes si deux événements ne précipitaient son destin. Pourtant son intrusion n’est pas passée inaperçue. Exténuée, harassée, sale, les cheveux blanchis par l’épreuve, heureusement avortée de la pendaison, elle est recueillie par un vieux couple de boisilleurs dont la seule ressource consiste en le ramassage de branchages et la confection des fagots.

 

Les deux événements qui se précipitent résident d’abord dans le fait que le seigneur du lieu est décédé quelques semaines auparavant dans des conditions tragiques et mystérieuses, sans que son corps soit redécouvert. Depuis son fils Philippe semble atteint d’un mal qui l’oblige à murer les ouvertures de son château et lui-même se cloître.

L’autre événement est lié à la venue de l’inquisiteur Henri Niger. Morgane est tout désignée pour subir les foudres de ce religieux qui traque les maléficières et autres personnes qui pourraient se montrer hostiles envers la religion. Morgane est arrêtée et ne peut s’empêcher, sous la torture, d’avouer un crime imaginaire. En attendant son dernier supplice, la mort, Morgane est enfermé dans les caves du castel. Elle est délivrée par le fils du seigneur défunt du lieu qui lui demande de remplir une mission. Elle sera accompagnée par un jeune chevalier, Thierry de Mânecombe.

Ils doivent débarrasser la région de Maurie, une sorcière malfaisante réputée qui vit au milieu des marais. Et selon le baron Philippe, seule Morgane peut arriver à accomplir cette mission qui en même temps signifie sa libération.

 

Morgane assistée de Thierry va vivre, ou plutôt subir moult épreuves dans ce qui pourrait être un parcours initiatique, un parcours du combattant semé d’embûches. Niger et ses séides la traquent sans relâche, jusque dans les marais. Elle échappe à bon nombre de périls dont une noyade, une ordalie, exemple de la bêtise religieuse qui veut qu’une personne jetée dans une rivière est possédée du démon si elle survit, et innocente si elle se noie. Elle parcourt, toujours en compagnie de son garde du corps chevalier-servant la région, traversant des villages exsangues, bravant le danger envers et contre tout, manquant de mourir dans diverses circonstances, dont un empoisonnement, bref une épopée épique dont à chaque fois elle se relève plus forte. Mais tiendra-t-elle jusqu’au bout de ce périple riche en émotions ?

Dans une France qui a subi les dégâts de la Guerre de Cent ans, puis les affres de la peste et de la lèpre dont des séquelles se manifestent encore, le lecteur suit cette jeune fille sans peur et sans reproche, dans ce qui pourrait être n’importe quelle région française, et que j’aime à situer en Normandie ou dans le Nivernais. Pourquoi, je n’en sais rien, une impression.

En cette fin de Moyen-âge, les seigneurs, les hobereaux de province se conduisent en petits tyrans, et plus particulièrement Raoul de Hurlebosque, dit Raoul le Fel.

A quoi bon épargner les petites gens ? Les sang-bleu ne s’en sont jamais soucié, encore moins ici où tous sont issus de vieux lignages. Ils vivent dans le passé, bercés par la gloire de leurs ancêtres, s’efforçant d’ignorer ce que la guerre, la peste et la ruine ont fait d’eux : des princes de pacotille, retranchés dans des forteresses en ruine ouvertes aux quatre vents.

La France est à un tournant de son histoire, coincée en fin du Moyen-âge et approche de la Renaissance. Mais pour l’heure ce sont bien les méfaits des seigneurs qui règnent sur leur petits domaines et la religion représentée par des inquisiteurs qui ne méritent pas l’appellation de chrétiens qui dominent le peuple.

Dans une atmosphère proche du fantastique mais sans jamais s’y adonner, cette intrigue est un véritable roman policier historique avec la recherche de coupables pour des faits de meurtres, de disparitions inexpliquées, d’empoisonnements. La recherche également de la vérité par une jeune fille, et son compagnon de route, dans un contexte où tout est voué à la sorcellerie, époque oblige, aux superstitions, et à des errances médicales qui se heurtent à la tentative de compréhension de l’origine des maux corporels.

Un premier roman abouti, ficelé comme par un vieux grognard de la littérature de l’Imaginaire, où tout est précis et flou à la fois, comme les silhouettes des personnages, des spectres qui hantent les marais. Thomas Laurent fleurète avec le fantastique mais sans vraiment se laisser aller à la facilité. Et tout est cartésien malgré les apparences. Et petit bonheur de lecteur, Thomas Laurent ne verse jamais dans les violences inutiles, gratuites, ni dans la vulgarité, mais au contraire déniche quelques mots de vieux français, un vocabulaire riche, peut-être désuet comparé à tous ceux qui usent et abusent d’anglicismes (peut-être parce qu’ils cèdent à une mode délétère et snobinarde) mais au combien réjouissant, un peu à la façon de Brice Tarvel et de Robert Darvel.

Un premier roman prometteur foisonnant, épique, avec de l’action, de l’effroi, de l’angoisse, du suspense, de l’amour et une once de psychologie

Dernière petite précision, l’auteur avait vingt et un ans lors de la sortie de ce livre.

© Photo de l’auteur par Julien Laurent.

© Photo de l’auteur par Julien Laurent.

Thomas LAURENT : Le signe du Diable. Editions Zinedi. Parution le 23 juin 2016. 248 pages. 20,00€.

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commentaires

Yv 23/04/2018 16:20

Le chiffre du diable, je viens de le passer en pire avec mon auto 66 666 km au compteur ce matin. je sais c'est con et ça n'a pas de rapport, mais je n'ai pas pu m'en empêcher.
Amicalement,

Oncle Paul 23/04/2018 16:52

Mais éventuellement tu pourrais faire 666 666 kms, et là on pourrait y voir un signe... Mais comme dit l'autre, je ne suis pas superstitieux, ça porte malheur.

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  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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