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16 avril 2018 1 16 /04 /avril /2018 08:34

Des miasmes qui fleurent bon le suspense…

Elisabeth Sanxay HOLDING : Miasmes

Il aura fallu attendre 90 ans pour que ce roman traverse l’Atlantique et soit enfin disponible sur les étals des libraires. Certains ouvrages moins intéressants, à mon humble avis, bravent les flots beaucoup plus vite, mais ce n’est peut-être qu’un effet de mode et d’un appel du vent soufflant d’ouest en est.

Or Elisabeth Sanxay Holding fut pionnière en son temps, apportant sa touche personnelle dans des romans policiers, en apparence classiques, en y incluant une forte dose de psychologie, d’émotivité, d’angoisse et de suspense. Elle a ouvert la voie à de futures grandes romancières telles que Midred Davis, Charlotte Armstrong, Ursula Curtiss puis plus près de nous Ruth Rendell, et sans oublier, côté masculin, William Irish. Et bien d’autres, ces auteurs n’étant cités qu’à titre d’exemple.

 

Après une étude de marché, déjà, le jeune docteur Alexander Dennison s’installe dans la petite ville de Shayne, non loin de New-York. Il loue un cottage et il attend la patientèle qui ne se presse guère à son cabinet. Au bout de quelques semaines, il n’a enregistré que deux visites, et encore des malades occasionnels, de passage. Il se morfond et l’écrit à sa fiancée Evelyne. Le mariage est reporté, voire compromis, car il lui faut gagner de l’argent afin de pouvoir assurer leur subsistance.

Il est obligé de se séparer de sa cuisinière, de s’occuper lui-même de son ménage, mais au moins cela lui passe le temps. Il envisage même de demander une embauche dans une compagnie maritime, au grand dam d’Evie qui lui signifie que dans ses conditions, leurs rencontres seront aléatoires puisqu’il sera sur mer.

Heureusement, le docteur Leatherby, qui habite dans une grande demeure, lui propose un emploi. Offre acceptée sans discussion. D’autant qu’il sera logé, nourri, et qu’il pourra enfin exercer son profession sérénité. Le docteur Leatherby l’accueille avec sympathie, le prévenant qu’il gardera toutefois quelques clients, mais que l’âge l’oblige à rester chez lui et il ne gardera que quelques patients.

Outre le docteur Leatherby, il fait la connaissance de la sœur de celui-ci, Mrs Lewis, de vingt ans plus jeune, de Miss Napier, la jeune secrétaire, et d’employés de maison, dont Miller le majordome et Ames, le chauffeur. Et il pourrait se sentir enfin dans son élément et penser à Evelyne et à leur avenir s’il ne commençait à ressentir un malaise lié à l’atmosphère du lieu, aux personnes qui y vivent, et aux patients qui rencontrent Leatherby le soir. Un homme âgé, dont les propos l’intriguent, une femme dans la fleur de l’âge qui redescend l’escalier avec des larmes plein les yeux. Miss Napier essaie d’arrondir les angles, tandis que Mrs Lewis est d’humeur changeante.

Le comble est atteint, ou presque, lorsque le vieux monsieur décède d’une crise cardiaque et que l’affaire est classée comme s’il s’agissait d’une banalité. Pis, il lègue à Leatherby une somme d’argent conséquente. Et l’intrusion de Folyet, le prédécesseur de Dennison, est comme celle d’un chien dans un jeu de quilles. La quiétude dont il pensait pouvoir jouir se transforme peu à peu un trouble délétère, se muant en angoisse palpable, alors que miss Napier lui conseille de quitter la demeure, que des affrontements verbaux opposent les occupants des lieux, que l’hostilité s’installe et que des événements se produisent qu’il ne comprend pas.

Une ambiance, une atmosphère étouffante dans laquelle il s’englue peu à peu, et se tisse alors une toile d’araignée dont il a du mal à se dépêtrer.

 

Le thème développé, dans ce roman qui n’a pas vieilli, thème toujours brûlant d’actualité même, Elisabeth Sanxay Holding démontre une maîtrise parfaite de son sujet, et instillant l’angoisse de façon progressive. On pense à Alfred Hitchock.

Premier concerné, Dennison se pose de nombreuses questions mais il les balaie, au départ, se trouvant sans le savoir ou le vouloir en porte-à-faux. Mais les différents personnages qu’il est amené à côtoyer, Miss Napier et Mrs Lewis principalement, ont un comportement en dualité. Elles l’incitent à partir tout en l’enjoignant de rester.

Quant à son mariage avec Evelyne, peu à peu il est amené à se demander s’il a fait le bon choix. D’autant que Leatherby, lors d’une conversation à laquelle participe sa sœur, Mrs Lewis, émet des idées peu conformes à ce qui se pratiquait à l’époque.

Il n’y a pas de conception moderne du mariage, affirme Leatherby.

Votre idée du mariage s’appuie sur ce que l’on appelle « amour » : une passion, une fantaisie éphémère. Avec pour but le bonheur personnel de deux individus. Si vous admettez ces fondements, que les gens se marient pour être heureux, eh bien, il faut dissoudre le mariage lorsqu’ils cessent de l’être.

 

Alors, dans ce roman d’angoisse et de frissons dans lequel se glisse une pointe d’épouvante, Elisabeth Sanxay Holding n’oublie pas qu’elle a débuté sa carrière de romancière dans l’écriture d’ouvrages sentimentaux et il en reste quelque chose. Mais nous sommes loin des romans à l’eau de rose. Et les nombreuses illustrations intérieures, vignettes ou pleine page, de Leonid Koslov ajoutent un charme étrange, vénéneux et envoûtant au texte.

Elisabeth Sanxay HOLDING : Miasmes (Miasma – 1929. Traduction Jessica Stabile). Editions Baker Street. Parution 15 mars 2018. 272 pages. 19,50€.

ISBN : 978-2917559987

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