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3 mars 2018 6 03 /03 /mars /2018 09:14

Un titre sobre pour une épopée haute en horions…

Jean-Pierre CROSET : 1557. Roman historique.

Le grand Alexandre Dumas peut s’enorgueillir d’avoir engendré une nombreuse descendance d’écrivains populaires œuvrant dans le domaine du roman historique. Parmi les derniers en date, outre Jean-Christophe Portes avec les aventures du jeune chevalier Victor d’Hauterive, d’Eric Fouassier et de son couple composé de la charmante apothicaire Héloïse Sanglar et Pierre de Terrail, alias chevalier Bayard, ou encore de Frédéric Lenormand qui nous présente un Voltaire iconoclaste. Et il va falloir compter, peut-être s’il récidive, sur Jean-Pierre Croset qui nous entraîne dans une histoire concernant Saint-Quentin, sa ville natale, qui connut bien des déboires au fil des siècles et plus particulièrement en l’an 1557.

Car l’Histoire de France n’est constituée que de guerres, internes ou externes, c’est-à-dire de pays belligérants qui désirent envahir la France, ou les rois et empereurs français qui souhaitent s’annexer d’autres contrées, et souvent des faits d’armes sont occultés car trop nombreux et trop lointains.

Depuis des décennies, depuis Louis XII, puis François 1er jusqu’à Henri II, la France est en guerre contre l’Italie ou l’Espagne, et en cette année 1557, ce sont les Espagnols, sous la houlette de Philippe II, alliés avec les Flamands, qui s’apprêtent à mettre le siège devant la ville picarde, recevant le renfort des Anglais.

Car Saint-Quentin, petite ville de huit mille âmes, est un point stratégique sur la route qui mène à Paris. Une maxime dit même : qui acquiert les clés de Saint-Quentin, ouvre les portes de Paris.

 

Mais dans la Grande Histoire, se greffent toujours des épisodes mettant en valeur des personnages qui jamais n’auraient pu se révéler en dehors de l’adversité. Paysans, artisans, commerçants, manouvriers, gens de peu, petits bourgeois, ou encore religieux, tous sont unis dans la défense de la cité. Et ce ne sont pas les femmes qui rechignent à mettre la main à la pâte.

Seulement, le connétable de Montmorency, présomptueux, borné, n’acceptant pas les conseils judicieux de son entourage, va commettre des erreurs et le 10 août, perdra une bataille, et par voie de conséquences de nombreux hommes d’arme. Il sera même obligé de se livrer à l’ennemi, l’amiral de Coligny prenant sa succession à la tête des combattants français. Et fin août, sous les coups de butoirs de l’ennemi, Espagnols, Flamands, Anglais, Saint-Quentin est réduite à se livrer. Les pillages, vols, viols, meurtres sont le lot des perdants.

 

En marge de cette page d’histoire, se greffe les exploits et les amours d’Anne Dassonville, âgée d’à peine dix-huit ans, apprentie apothicaire et fille de Marie, propriétaire et tenancière de l’auberge Au pot d’étain.

Alors qu’elle n’avait que quatorze ans, Anne a perdu son père qui combattait dans les Flandres et depuis elle voue une haine tenace envers les Flamands et les Espagnols.

Montcalm, citoyen anglais et artiste peintre arrive en la bonne ville picarde et trouve logement dans l’auberge. En réalité il s’agit d’un espion, repérant les fortifications. Anne est abasourdie lorsqu’elle se rend compte que sa mère s’est laissée subjuguer par ce bel homme et elle se lance sur ses traces lorsque son oncle Charles, dont elle est l’élève, est retrouvé mort, noyé. En effet grâce à un papier retrouvé dans ses poches, elle est persuadé que le drame a été provoqué par Montcalm. Si elle réussit la mission dont elle s’est chargée, elle est prise en otage par des mercenaires et le jeune Guillaume de Rhuys, un chevalier surveillant les manœuvres de l’ennemi, parvient à la délivrer. En compagnie de deux reîtres elle revient aux abords de Saint-Quentin qui commence à être assiégée.

Guillaume est mandé auprès du roi Henri II qui veut qu’il se rende en Italie, prévenir François de Guise afin que des renforts soient dépêchés en France mais également récolter de l’argent, car les caisses royales sont quasiment vides. Les adieux sont émouvants entre Guillaume et Anne, mais la défense du pays est prioritaire. Et Anne trouve une saine occupation en organisant le ravitaillement de Saint-Quentin participant à la récolte du blé, et autres travaux agricoles. Puis elle participera à la défense de la ville, ne ménageant pas ses efforts, tout en pensant à son amoureux parti sous des cieux lointains.

 

Anne, tout comme ses consœurs de la littérature romanesque et historique, Caroline de Cecil Saint-Laurent, Angélique d’Anne et Serge Golon, Marion de Georges-Jean Arnaud, et quelques autres, va vivre, et subir, des aventures palpitantes, dangereuses, émouvantes, périlleuses, tant durant le siège de Saint-Quentin puis après la reddition de la cité, lorsqu’elle se trouvera à la cour du roi Henri II, à Paris.

Les dangers auxquels elle sera confrontée ne seront plus les mêmes, mais son intégrité physique sera souvent mise en péril. C’est le courage qui l’anime, une impulsion dictée par la vengeance, par l’amour, l’amitié ou l’affection, selon les personnes envers qui vont ses sentiments.

Les violents affrontements entre les belligérants, et tout ce qui concerne les combats, les manœuvres des armées, les combats sur les fortifications, sur les remparts, les assauts, les réactions des chefs d’armée ou de la soldatesque, artilleurs, fantassins, cavaliers, arbalétriers, sont rigoureusement décrits par l’auteur, et cela fait froid dans le dos. Les armées d’aujourd’hui n’ont rien inventé en matière de pillage, de meurtres sur des civils et de viols.

Heureusement, pour dédramatiser cette ambiance lourde, se greffent des passages plus charnels et intimes que les combats au corps à corps. C’est gentiment décrit, et cela ajoute de la saveur au récit qui aurait été sinon trop sérieux dans la gravité et le drame.

Un roman intéressant sur des épisodes souvent ignorés de l’histoire de France et qui met plus en valeur les petites gens que les chefs de guerre. Les intrigues de cour et les complots ourdis par des jalousies réelles ou imaginaires nous ramènent aux conflits de personnes de nos jours. Non, rien n’a changé, surtout pas la politique.

Un roman historique doublé d’un roman d’amour, quoi de mieux pour passer les longues soirées d’hiver, mais pas que !

 

Jean-Pierre CROSET : 1557. Roman historique. Préface de Xavier Bertrand. Editions ZINEDI. Parution mai 2016. 280 pages. 22,00€.

Existe en version numérique : 7,99€.

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