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23 février 2018 5 23 /02 /février /2018 10:31

Je vous ai apporté des bonbons…

Stanislas PETROSKY : Le diable s’habille en licorne.

Ne vous excitez pas trop vite, car ce qui suit, s’il parle de bonbons, n’est pas destiné aux catholiques intégristes, aux adhérents de la manif pour tous et autres tenants d’une religion rigoriste et rétrograde. Vous êtes prévenus car ce dont je vais vous entretenir n’est pas à mettre sous tous les yeux. Quoi que cela les ferait peut-être réfléchir sur ce sens commun qui n’a aucun sens.

Nous retrouvons notre curé préféré, Esteban Lehydeux dit Requiem, exorciste de statut et qui ressemble plus à Guy Gilbert qu’aux corbeaux à soutane, à Dunkerque. Il est envoyé en mission, suite à une sorte de chantage ou un marchandage, c’est plus politiquement correct de présenter ainsi la demande qu’il avait effectuée auprès du Vatican, dans cette ville du Nord célèbre pour son Carnaval qui dure plusieurs jours et ses jets de harengs. D’où l’expression : Hareng sort de ce corps…

Une jeune adolescente a été retrouvée morte, probablement sous l’influence du démon. Elle a été envoûtée, ses mains, ses pieds et son front portent les stigmates de la crucifixion et son dos des marques de flagellation. Pis, elle s’est donné le coup de grâce avec une paire de ciseaux enfoncés dans le ventre.

Prévenu, l’évêque Gillio présente Requiem aux parents de la jeune fille et il le fait embaucher dans un collège privé catholique en remplacement d’un prêtre professeur de philosophie qui a disparu sans prévenir. Tout autant chez les parents qui ne sont guère éplorés, rigides dans leur bourgeoisie étriquée, qu’auprès du directeur-recteur de l’établissement scolaire et de son portier-secrétaire, Requiem ne se présente pas à son avantage. Sa tenue vestimentaire, ses propos, sa façon d’être et de paraître ne plaide pas en sa faveur, d’ailleurs il pense qu’avec le directeur, Chaval, que Chaval pas le faire.

Nonobstant, il s’en fout et auprès des élèves il passe plutôt pour un aimable trublion qui ne s’en laisse pas conter, ni compter, ayant réponse à tout, même aux questions qui ne lui sont pas posées. Il retrouve également une vieille connaissance, Régis, le policier déjà rencontré dans sa précédente aventure, et dont les ramifications l’ont amené dans la cité de Jean Bart afin de finaliser l’enquête. Et peu après la belle Cécile – voir les épisodes précédents - vient lui soulever la soutane afin de lui aérer les aumônières. Mais foin de gaudrioles, entrons dans le vif du sujet comme disait Casanova en son temps.

Les bonbons que je vous ai offerts en préambule ont été retrouvés par Régis. Il s’agit de friandises de couleur rose de forme conique spiralée, d’une taille d’environ un centimètre. Et celui ou celle qui l’ingère peut se mettre à chanter Ça plane pour moi… Un mélange étonnant et détonnant qui contient entre autres substances de la morphine, de la cocaïne, de la Pervitine. Son doux nom est la Licorne.

D’autres élèves se suicident en état d’hallucination, qui sautant dans la mer avec un parapluie, qui se jetant du haut d’un clocher, mais sans parapluie, qui se prenant pour un samouraï se faisant seppuku.

 

Empruntant un style façon San-Antonio, voire parfois Michel Audiard, Stanislas Petrosky nous emmène dans une histoire humoristico-dramatique. Mais comme le déclarait Pierre Desproges, on peut rire de tout mais pas avec n’importe qui, certains lecteurs, dont moi-même je l’avoue, apprécieront cet exercice de style et les diatribes émises par l’auteur. Non pas sur la religion en elle-même, mais envers ceux qui s’en servent comme bouclier pour proférer des inepties ou se comporter comme des sagouins, et encore je suis modeste dans mes propos.

Ce qui nous vaut des scènes dans lesquelles Requiem fustige les cathos qui se conduisent à l’encontre des principes de charité édictés, et leur impose des gestes dits chrétiens lorsqu’ils se détournent à la vue d’un SDF. Un SDF qu’ils feignent ne pas voir alors qu’il mendie à l’entrée d’un lieu de culte. Des moments d’anthologie qui sonnent la révolte bienfaisante et nous fait penser à Don Camillo mais dans un registre différent et actuel.

Requiem n’est pas irrespectueux, malgré ce que l’on pourrait croire en lisant ses aventures. Au contraire, il professe une forme de respect envers son Patron, un peu comme un ouvrier qualifié envers son taulier en allant boire un coup ensemble et échangeant des propos sensés sur le travail à effectuer. Il est loin d’être obséquieux, servile, hypocrite, tels ces personnages de faquins qui débinent par derrière tout en se montrant louangeurs par devant. Un honnête homme comme l’on disait dans le temps.

Il remet également en lumière le rôle de la Pervitine, avant et durant la Seconde guerre mondiale, un produit qui était surnommé la drogue des Nazis.

Donc Stanislas Petrosky utilise l’humour comme une panacée contre des perversions, des actes délictueux, afin de décompresser le lecteur. Mais pour autant ses propos portent, peut-être plus encore car ils sont émis sous couvert d’un humour parfois potache. Du genre monsieur et madame Chont ont un fils (Je vous souffle la solution, vous ne le répéterez pas, promis ? Denis). Parfois c’est beaucoup plus subtil. Mais le résultat est probant et porte plus qu’un roman qui ferait dans la commisération.

 

Crois-moi, sur l’échelle de la connerie il est coincé sur l’un des barreaux les plus hauts.

Stanislas PETROSKY : Le diable s’habille en licorne. Roman policier mais pas que… Editions Lajouanie. Parution le 9 février 2018. 216 pages. 18,00€.

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commentaires

Alex-Mot-à-Mots 23/02/2018 16:51

La mode n'est qu'un terrent recommencement. Les licornes étaient déjà à la mode il y a quelques années.

Oncle Paul 23/02/2018 17:52

Je ne sais pas si elles étaient déjà à la mode ces dernières années, n'ayant jamais goûté ce produit, mais c'est l'emblème de ma ville.

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