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21 novembre 2017 2 21 /11 /novembre /2017 09:19

Il n’y en aura pas d’autres alors ?

Jean RAY : Les derniers contes de Canterbury.

Qui sait ! Qui pouvait prévoir lors de la sortie des Mystères de Paris d’Eugène Sue, que Léo Malet écrirait une série intitulée Les Nouveaux mystères de Paris et que quelques décennies plus tard Roland C. Wagner renouvellerait ce thème avec Les Futurs mystères de Paris ?

Alors peut-être qu’un jour, même s’il est difficile de prendre la suite de l’immense auteur gantois, un romancier, tel que Brice Tarvel ou Robert Darvel, nous concoctera Les nouveaux derniers contes de Canterbury. On peut rêver, non ?

Jean Ray en réalité effectue un complément, une suite, reprenant les Contes de Canterbury là où Chaucer les avait abandonnés, pour cas de force majeure, près de six cents ans après la mort du célèbre écrivain poète. Comme d’autres romanciers ont perpétué une œuvre célèbre mais qu’ils ont jugé incomplète. Les exemples ne manquent pas pour être obligé de les signaler ici.

 

Or donc Jean Ray nous offre une habile variation sur ses pèlerins et leurs récits, mais en mettant en scène au départ un Club littéraire à Upper-Thames, un lieu inhabituel pour des réunions car cette rue est essentiellement composée de négoces maritimes, de bars, de hangars et de magasins de soldes. Toutefois, c’est en la Taverne de la Pie Savante que se tiennent ces soirées. Un nom particulièrement bien choisi car l’on sait que la pie n’est pas avare de ses paroles, de ses jacasseries.

Et en cette fin de semaine d’un mois d’octobre, lors d’une réunion hebdomadaire, un vif échange oppose Tobias Weep, le secrétaire-narrateur, à quelques-uns des membres. La discussion porte sur la possibilité que la taverne de la Cotte d’Armes soit celle où Chaucer situait ses prodigieux écrits.

Afin d’en avoir le cœur net, Tobias Weep s’y rend à pied et il est reçu par un vieil homme gras, probablement ivre, qui l’entraîne dans une salle noyée d’ombre. Son amphitryon gémit, Que c’est long, bon Dieu du Ciel, de marcher au fil des années au lieu de ne suivre que les bornes milliaires de la route.

Il ressemble à Falstaff, du moins c’est ce que Weep lui déclare en lui ricanant au nez. Mais l’homme ne se démonte pas. Weep est accueilli par deux hommes perdus dans l’assemblée, deux membres invités, des étrangers, qui participaient ce soir-là à la réunion. Un homme s’adresse à lui en s’exprimant lentement tandis qu’un chat, le chat Murr de E.T.A. Hoffman, s’installe sur ses genoux en s’indignant d’une réflexion malheureuse de Weep. Tandis que Chaucer, non point en chair et en os mais en ombre fuligineuse, apporte son appréciation.

Il ne faut pas confondre les fous et les fantômes, dit le chat Murr. Quand ce sera mon tour de parler, vous apprendrez pourquoi je suis venu ici.

Et c’est ainsi que, à tour de rôle, des hommes et femmes vont sortir de l’ombre et narrer leurs vies, du moins quelques épisodes intéressants qui ont marqué leur présence à Londres, ou dans les environs.

Comme dans une réunion de famille où chacun y va de sa chanson, on assiste à un défilé de fantômes parleurs. Herr Kupfregrun, l’un des membres invités à la réunion littéraire, prend la parole en premier, et raconte ce que le cuisinier d’une gargote située à Limerick à ses clients. Puis c’est au tour de monsieur Canivet, de Tarbes en France, qui précise qu’un canivet est un perroquet grand comme un aigle pêcheur, et que l’on pourrait qualifier de savant. Et se déshabillant il apparait aux yeux de tous sous la forme d’un psittaciforme. Et bien entendu l’histoire qu’il délivre possède comme protagoniste un perroquet.

Suivent ensuite Benjamin Tipps, chirurgien-barbier et surtout exécuteur des hautes œuvres de justice. Un personnage débonnaire et affable envers les clients qu’il doit étêter ou passer à la question.

Naturellement un marin est lui aussi chargé de narrer une aventure, démolissant par-là même le mythe du rose enfantin.

Le rose n’est pas une couleur, c’est le bâtard du rouge triomphant et de la lumière coupable ; né d’un inceste où l’enfer comme le ciel ont joué un rôle, il est resté la teinte de la honte.

Du marin au contrebandier, il n’y a qu’un pas, rapidement franchi.

Et nous voici entraîné dans l’aventure de la plus belle petite fille du monde et de l’homme de la rum-row. Mais il ne suffit pas de gagner de l’argent, encore faut-il pouvoir le dépenser pour le bien d’une gamine qui végète en Angleterre.

 

Mais Jean Ray pratique l’humour et l’autodérision. Pour l’humour, je vous propose cet extrait :

Je descendis dans le roof où Ruddle invoquait toujours le hideux fantôme des nuits sans sommeil et je lui donnai une grande tape sur la tête avec une bouteille.

La bouteille sauta en morceaux en criant de plaisir.

Quant à l’autodérision, lisez ce qui suit :

J’ai horreur des préfaces et des préambules.

Vivent (sic) les histoires dans lesquelles on rentre comme un couteau dans la chair.

 

Après ce roman-tiroir, précédé d’une préface de H. de Hovre, suivent six autres textes publiés entre 1934 et 1944, dans divers supports, et une postface de Arnaud Huftier, grand maître d’œuvre de cette réédition, et qui souligne combien cet assemblage de textes qui pourraient paraître disparates sont mis en valeur par le liant d’une mise en scène dont Tobias Weep est le narrateur –protagoniste.

Première édition : Les auteurs Associés. 1944.

Première édition : Les auteurs Associés. 1944.

Autres éditions : Marabout 1963 N°166, réédité en 1971 sous une nouvelle couverture.

Autres éditions : Marabout 1963 N°166, réédité en 1971 sous une nouvelle couverture.

Le Masque Fantastique 2e série. N°23. 1979.

Le Masque Fantastique 2e série. N°23. 1979.

Editions NEO. Collection Fantastique/SF/Aventure, n° 156. 1985.

Editions NEO. Collection Fantastique/SF/Aventure, n° 156. 1985.

Jean RAY : Les derniers contes de Canterbury. Edition originale et intégrale établie par Arnaud Huftier. Alma Editeur. Parution le 9 novembre 2017. 280 pages. 18,00€.

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commentaires

Alex-Mot-à-Mots 22/11/2017 10:25

Il faudrait déjà que je lise les premiers, un jour....

Oncle Paul 22/11/2017 10:28

Pour Noël ?

Présentation

  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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