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11 octobre 2017 3 11 /10 /octobre /2017 07:36

Ou les morts sûrs de l’aube…

Tonino BENACQUISTA : Les morsures de l’aube.

Au petit matin, Antoine est fort marri. Fini la fête, les petits fours et les verres de champagne. Il faut penser à aller se coucher. Mais Antoine n’est pas un fêtard ordinaire, il fait partie de la petit confrérie des parasites, des pique-assiettes professionnels qui s’invitent impunément dans les inaugurations, les réceptions et autres cocktails, se sustentant aux buffets garnis, ne possédant pas assez d’argent pour se payer un sandwich à la première brasserie venue.

Avec son copain Bertrand, surnommé Mister Laurence, il écume durant la nuit, les ouvertures de restaurants, les cérémonies, les soirées privées, se débrouillant pour obtenir un carton d’invitation, vrai ou faux, resquillant auprès des hôtesses, ou endossant sans vergogne la qualité de journaliste. Ces ingérences dans ces agapes ne sont pas toujours bien acceptées et Antoine s’est fait quelques ennemis, dont Gérard le portier-videur du Café-Moderne.

Un soir, alors qu’il s’empiffre gaillardement devant un somptueux buffet en compagnie de son pote Bertrand, l’accès ayant été facilité par la recommandation d’un certain Jordan, un nom-sésame, Antoine est invité un peu brutalement à rencontrer le maître de maison. Celui-ci garde Bertrand en otage, confiant le soin à Antoine de retrouver le nommé Jordan qu’il cherche depuis des mois. Débute une longue ballade en forme de cauchemar dans le Paris des fêtards, à la recherche du fameux Jordan, spécialiste du Bloody-Mary. Ce noctambule au faciès cadavérique laisse des traces derrière son passage, des traces indélébiles entre le cou et l’omoplate, sous forme de morsures. Les morsures de l’aube qui peuvent entraîner les morts sûres de l’aube quoique les protagonistes ne soient pas des premiers communiants.

 

De l’ébauche du vampirisme évoqué dans La comédia des ratés, son précédent roman paru à la Série Noire, aux Morsures de l’aube dans lequel l’expression mordre la vie à pleines dents prend une signification à double-sens, Tonino Benacquista joue sur le fil du surréalisme tout en restant dans le domaine du quotidien plausible. L’auteur de Epinglé comme une pin-up dans un placard de G.I., bluette parue en 1985 au Fleuve Noir, a bien progressé depuis ses débuts, quoique ce titre à rallonge était déjà prometteur et au dessus du lot de la production de cette maison d’édition populaire qui recherchait de nouveaux talents.

Mais depuis ses deux derniers romans, il s’engage résolument dans une voie à haut risque, en flirtant avec le fantastique, le vampirisme, sans jamais sombrer dans l’invraisemblable. Ses héros-quidam, qui à chaque fois se prénomment Antoine ou Tonio, rappellent au lecteur que l’auteur prend pour base de départ une expérience vécue, laissant courir son imagination au service d’une histoire. Des êtres torturés, sensibles, déchirés, reflet inconscient de Tonino Benacquista.

Sa maîtrise dans la construction de l’intrigue, alliée à une écriture fouillée, sans concession, et qui ne cesse de s’améliorer, lui ont valu le Grand Prix de littérature Policière et par deux fois le Prix 813. Mais les prix ne sont que des tremplins auprès des lecteurs, et comme Tonino Benacquista excelle dans la pirouette littéraire, il devrait s’élever encore un peu plus et mériter l’attention de tous et non plus que d’un aréopage d’inconditionnels du polar.

Cet article a été écrit en 1992 et depuis ce dont j’augurais s’est réalisé.

Curiosa :

Ce roman aurait dû paraître en 1989 dans une version allégée aux éditions Patrick Siry, sous le titre Le fruit de vos entrailles et sous le pseudonyme de Marco Talma.

 

 

Ce roman a été adapté au cinéma en 2001 sous le titre éponyme, dans une réalisation d’Antoine de Caunes, scénario de Laurent Chalumeau. Avec dans les rôles principaux : Guillaume Canet, Asia Argento, Gérard Lanvin, Gilbert Melki, José Garcia…

 

Première édition novembre 1992.

Première édition novembre 1992.

Tonino BENACQUISTA : Les morsures de l’aube. Rivages Noir n°143. Editions Rivages. Réimpression 11 octobre 2017. 224 pages. 8,00€.

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commentaires

Alex-Mot-à-Mots 12/10/2017 15:14

Peut-être un peu trop surréaliste pour moi. Tant pis.

Oncle Paul 12/10/2017 15:19

Depuis sa première édition, la viande a bien maturé. Cela devrait se digérer sans difficulté...

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