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29 octobre 2017 7 29 /10 /octobre /2017 07:40

Sous le signe du scorpion…

Serge QUADRUPPANI : Loups solitaires.

Dans un restaurant situé en face de la gare piémontaise de Bardonecchia, dernière station avant la frontière avec la France, un sexagénaire grisonnant tapote sur un micro ordinateur portable, tout en sirotant un cappuccino. Entre alors un homme grand, svelte, portant sac à dos de luxe, Pierre Dhiboun de son nom qui l’a repéré derrière la vitrine de l’établissement. Alors que Dhiboun s’apprête à passer commande, son téléphone vibre. Sa correspondante, Nathalie Dubien, qui détient le grade de général dans une section de la DGSI ou organisme similaire, lui confie qu’elle sait où il se trouve, qu’elle veut qu’il se rende à Paris afin de discuter ensemble, et que Claire, l’amie de cœur de Dhiboun sera présente. Un coup dur pour Dhiboun qui pensait passer à travers les mailles du filet.

Alors il se présente au sexagénaire, Andrea Gandolfo, écrivain de son état, et lui demande de pouvoir consulter sa messagerie électronique, n’ayant pu le faire auparavant, invoquant des problèmes techniques. Gandolfo accepte et en profite pour se rendre aux toilettes, se grillant une petite cigarette par la même occasion. Lorsqu’il revient dans la salle, Dhiboun s’est évaporé, avec les bagages de l’écrivain. Début de panique, il le retrouvera sur le quai de la gare. Mais Pierre Dhiboun ne se rend pas à la convocation de Nathalie Dubien, qui apparemment lui en veut, du bien, et il s’évanouit dans la nature.

A peu près au même moment, Christian Meynandier est transporté par hélicoptère sur les lieux d’un accident de la route à la sortie de Limoges. Un gamin salement blessé qui ne peut survivre malgré l’intervention chirurgicale. Meynandier est effondré. Non pas par l’échec qu’il vient de connaître, mais parce qu’il apprend par téléphone qu’Amandine n’est pas rentrée. Ce qui le met en colère. Faut le comprendre car Amandine est une poule de luxe, une poule de Marans. Aussi décide-t-il de faire un pause dans son travail et d’aller se reposer dans son domaine. Gédéon, son ami qui s’occupe de ses volailles, n’a pas que de bonnes nouvelles à lui annoncer. Toutefois, il fait la connaissance d’une jeune femme rousse qui vient d’enterrer un proche ami, et entre eux deux s’établit une sorte de complicité amoureuse.

Dans le Maghreb, des djihadistes se concertent, se demandant quelle est la position de Dhiboun, alias Lakhdar al Firensi dans l’organisation de Daech. Notamment, un Touareg borgne qui avait fait sa connaissance à Tombouctou six mois auparavant. Ce Dhiboun ou Lakhdar al Firansi lui avait avoué travailler pour les forces spéciales françaises et qu’il était chargé de les infiltrer. Mais il portait sur lui une lettre d’un iman affirmant qu’il s’était converti à l’Islam.

Pendant que tout ce petit monde s’active plus ou moins à la recherche de Dhiboun, un loup quitte le plateau de la Margeride car sa compagne a fait l’objet d’un prélèvement en conformité avec un arrêté préfectoral. Devenu solitaire, il part à l’aventure, et arrive dans le Limousin, sur le plateau de Millevaches.

C’est ainsi que l’on suit les parcours des loups, l’animal et les humains. Mais d’autres bestioles se promènent à deux pattes, des scorpions tatoués sur le cou de nombreux protagonistes. Signe de ralliement, signe de reconnaissance auprès d’organisations secrètes, amusements et paris entre bidasses pour se changer les idées lors de leurs déplacements en Syrie ?

 

Loups solitaires est un roman intrigant, déconcertant, touffu, complexe, jouant sur le sérieux et la dérision, recelant quelques petites pointes d’humour souvent en forme de double-sens. Mais souvent avec Serge Quadruppani, derrière l’humour acerbe ou potache, se cachent quelques vérités tout autant sous la forme politique que dans la vie quotidienne.

Il existe une forme de jubilation dans la narration avec un petit côté anarchiste, la révolte ne se plaçant pas là où le lecteur peut l’attendre. Un peu de désabusement se glisse également entre ces lignes.

Connaissez-vous Andrea Gandolfo, le romancier qui parcourt cet ouvrage ? Il s’agit ni plus ni moins de Serge Quadruppani puisqu’il a signé en 1993 Le Plagiat édité sous ce pseudonyme aux éditions Métailié.

 

Serge QUADRUPPANI : Loups solitaires. Collection Noir. Editions Métailié. Parution le 5 octobre 2017. 238 pages. 18,00€.

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commentaires

Alex-Mot-à-Mots 29/10/2017 16:09

Un peu d'anarchisme ou on ne l'attend pas ; ne le sommes nous pas tous un peu, anarchiste ?

Oncle Paul 29/10/2017 17:22

Cela dépend des jours, et des événements. C'est vrai !

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  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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