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8 octobre 2017 7 08 /10 /octobre /2017 08:03

Un compromis entre les nourritures terrestres et les nourritures spirituelles.

Mark CRICK : La soupe de Kafka.

Un menu à la carte qui ne manque pas de saveur. La carte elle-même est à la hauteur du menu proposé. Livre avec couverture cartonnée rigide, relié avec jaquette, pages papier glacé, et illustrations ad hoc (et non haddock comme le capitaine) pour chaque recette proposée.

Au piano, ce qui en langage culinaire signifie un fourneau, Mark Crick adapte quelques recettes, à la manière littéraire de dix neuf auteurs mondialement connu mais que l’on n’a pas forcément lus. Je parle pour moi, évidemment.

Des pastiches qui ressemblent à s’y méprendre à des textes que ces auteurs auraient pu écrire, mais non des parodies qui grossiraient le trait et en dénatureraient le goût. Des recettes de cuisine constituées comme on prépare des paupiettes, un emballage viandeux et une farce à l’intérieur.

Un exercice de style enjolivé par des dessins, peintures ou photographies de l’auteur, puisque celui-ci est photographe, peintre et dessinateur, en plus d’être un maître-queue littéraire.

Mark Crick nous propose donc de retrouver en cuisiniers avertis ou du dimanche, des auteurs tels que Jane Austen, Virginia Woolf, Raymond Chandler, Le Marquis de Sade, Charles Dickens, Graham Greene, Gustave Flaubert, Homère, Italo Calvino… dans leurs œuvres.

Se mettant dans la peau d’Italo Calvino, par exemple, il écrit :

Par bonheur, les recettes ne sont pas aussi périssables que les plats ou les écrivains, bien que celles d’Aristophane, si toutefois il en a laissé, ne semblent pas s’être aussi bien conservées que ses pièces.

Ne croyez pas que les recettes, avec la liste des ingrédients plus ou moins indispensables pour élaborer un plat, soient développées comme un cours de cuisine. Elles s’intègrent dans un texte, plus ou moins long, donnant lieu à des réminiscences familiales, des préparations à la vite fait pour contenter des amis, à des recherches dans des manuels qui encombrent des étagères mais qui ne sont jamais ceux que l’on voudrait compulser, à des recettes faciles ou élaborées que vous pourrez toujours essayer de réaliser chez vous. Des recettes qui parfois ne sont qu’un alibi pour développer une histoire dans laquelle le cuistot, amateur ou non, démontre ses défaillances ou au contraire son savoir-faire.

Les soles à la dieppoise de José Luis Borges débute ainsi :

L’histoire que je vais vous raconter concerne un incident qui a eu lieu à Londres, au début de l’année 1944. Bien que sn protagoniste ait été considéré comme un héros par les deux belligérants, les conséquences de son acte ne favorisèrent que l’un d’eux et précipitèrent la chute d’un tyran à l’appétit insatiable et dont l’invincibilité n’était qu’illusoire.

Une excellente mise en bouche qui incite à continuer la lecture de cette recette, à mon avis. Je ne vais pas vous dévoiler tout ce que ce recueil recèle et le mieux est peut être de vous en lister le sommaire.

Un dernier conseil :

Cet ouvrage est trop précieux pour le laisser traîner dans votre cuisine, victime de taches de graisse et d’auréoles jaunâtres de muscadet.

 

Menu :

Agneau à la sauce à l’aneth, à la Raymond Chandler. Traduction de Patrick Raynal.

Œufs à l’estragon à la Jane Austen. Traduction de Geneviève Brisac.

Soupe Miso express à la Franz Kafka. Traduction d’Eliette Abécassis.

Gâteau au chocolat à la Irvine Welsh. Traduction d’Alain Defossé.

Coq au vin à la Gabriel Garcia Márquez. Traduction de Claude Durand.

Risotto aux champignons à la John Steinbeck. Traduction de Frédéric Jacques Temple.

Moules marinières à la Italo Calvino. Traduction de Patricia Reznikov et Gérard de Cortanze.

Poussins désossés et farcis à la Marquis de Sade. Traduction de Patrice de Méritens.

Clafoutis Grand-mère à la Virginia Woolf. Traduction d’Anne Freyer-Mauthner.

Fenkata à la Homère. Traduction d’Isabelle D. Philippe.

Tiramisu à la Marcel Proust. Traduction d’Alain Malraux.

Poulet vietnamien à la Graham Greene. Traduction de François Rivière.

Sole à la dieppoise à la Jorge Luis Borges. Traduction de Patricia Reznikov et Gérard de Cortanze.

Pain grillé au fromage à la Harold Pinter. Traduction de Jean Pavans.

Rösti à la Thomas Mann. Traduction d’Anne Freyer-Mauthner.

Tarte à l’oignon à la Geoffroy Chaucer. Traduction d’André Crépin.

Plum pudding à la Charles Dickens. Traduction d’Yves Sarda.

Pain perdu à la François de la Rochefoucauld. Traduction de Julie Maillard-Pujos.

Gâteau breton à la Gustave Flaubert. Traduction d’Yves Sarda.

 

Cet ouvrage est la réédition d’un livre paru en 2008 chez Flammarion, mais enrichi de trois nouvelles recettes pastiches.

 

Bon appétit, bien sûr !

Mark CRICK : La soupe de Kafka. Une histoire complète de la littérature mondiale en 19 recettes. Editions Baker Street. Parution le 8 septembre 2017. 176 pages. 17,00€.

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commentaires

Alex-Mot-à-Mots 10/10/2017 10:05

Il y a bien longtemps que je ne lis plus les bandeaux. A tord.

Oncle Paul 11/10/2017 08:39

A tort en effet, certains me font marrer. Est-ce que les auteurs qui font l'éloge de leurs confrères lisent les livres ?

Alex-Mot-à-Mots 09/10/2017 13:13

Il va falloir que je compare avec mon vieil ouvrage pour savoir quels sont les recettes qui ont été rajoutés.

Oncle Paul 09/10/2017 19:52

La Rochefoucauld, Dickens et Flaubert, comme annoncés sur le bandeau.

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