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17 octobre 2017 2 17 /10 /octobre /2017 09:47

Hommage à Hervé Prudon décédé le week-end du 14 au 15 octobre 2017.

Hervé PRUDON : Il fait plus froid dehors que la nuit.

Né le 27 décembre 1950, à Sannois, il fait des études littéraires à la Sorbonne, obtenant une maîtrise de lettres en 1974. Grand voyageur, il séjourne en Australie, au Népal, dans divers pays européens puis à son retour il effectue divers boulots comme manutentionnaire, accessoiriste, de théâtre, déménageur…

Après quelques succès littéraires dont Mardi Gris à la Série Noire en 1978, Tarzan malade aux Editions des Autres en 1979, Banquise chez Fayard dans la collection Fayard Noir en 1981, quelques titres chez Mazarine, il collabore à divers supports médiatiques, tels que Le Monde, Libération, Le Nouvel Observateur, Cosmopolitan.

Mais en 1987, il devient un paria, vivant une éclipse littéraire, rejeté par les éditeurs bien-pensants germanopratins, brisant une omerta. En effet il avoue avoir été nègre littéraire, notamment celui d’un présentateur télé fort en vogue à l’époque, Patrick Sabatier. Une pratique éditoriale que tout le monde subodorait, en ce qui concernait les biographies et livres de mémoire d’artiste du cinéma et des variétés ou de champions de sport, mais qu’il n’était pas bon de dénoncer. Ces choses là ne se disent pas, monsieur, ne se disent pas. Une attitude qu’il avait dévoilée dans Plume de nègre chez Mazarine en 1987 et largement diffusée par des magazines, dont un article dans le Nouvel Observateur sous la plume de Bernard Gicquel.

Toutefois son roman Sainte Extase paraitra en 1989 aux éditions Le Dernier terrain vague, mais il faudra attendre 1995 pour voir son retour en grâce avec Nadine Moucque publié à la Série Noire, puis La revanche de la colline et Vinyle Rondelle ne fait pas le printemps, tous deux écrits à l’occasion d’une résidence d’auteur à Saint Quentin en Yvelines.

En février 1997, les toutes jeunes éditions La Loupiote dirigées par l’énergique François Braud, publient dans leur collection Zèbre Il Fait plus froid dehors que la nuit, une nouvelle associée à celle d’un auteur débutant, Michel Leydier. D’ailleurs le crédo de cette collection se définissait ainsi :

Collection Zèbres : Deux pavés dans la mare. Un livre, deux textes. Un auteur connu, un auteur à connaître. Deux récits, deux polars.

 

Hervé PRUDON : Il fait plus froid dehors que la nuit.

Voici in extenso l’article que j’ai écrit à la sortie de cet ouvrage dans le fanzine Lignes noires :

Hasard éditorial ou choix délibéré, les deux textes proposés dans la dernière livraison de la Loupiote s'inscrivent dans un contexte identique.

En effet les deux auteurs utilisent le même procédé, la rédaction de leur journal intime, pour expliquer leurs espérances, leurs actions, leur passé, tout du moins une partie, leur vision de l'avenir, leurs ressentiments, leur quotidien, et ce qui les a amené où ils en sont au moment où ils rédigent leur confession.

Dans Il fait plus froid dehors que la nuit, d'Hervé Prudon, le narrateur est interné dans une clinique psychiatrique. Il ne connaît qu'une partie des raisons qui l'ont amené dans cet établissement. L'alcool. Ce qu'il ignore, ce dont il ne se rappelle plus, plus exactement, c'est qu'il a écrasé un gamin, un soir qu'il était bourré. Il est en cure pour un mois, et la meilleure thérapie selon le directeur du lieu est de participer à des ateliers d'écriture, de coucher sur le papier, tous les jours, ce qui lui passe par la tête. De relater les événements de la journée, de noter ses réflexions, ses remarques, de laisser vagabonder son humeur et sa plume. Mais dehors, le père du gamin l'attend, un pic à glace à la main, pour se venger.

Un texte court, dense, une tranche de vie décrite comme si Hervé Prudon lui-même avait vécu ce stage. La confirmation de la résurrection d'un auteur qui avait subi un passage à vide après quelques succès de librairie, dont Tarzan malade ou Mardi-Gris, pour ne citer qu'eux.

Sacrifice de Michel Leydier, utilise le même stratagème littéraire, mais cette fois, le narrateur sait d'où il vient et où il va. Ruiné, exproprié, abandonné par sa femme qui est partie en emmenant leurs deux enfants, il s'est installé sur l'île Fleurie, squattant le squelette d'un pavillon. Il tient son journal, sorte de testament à l'attention des psychiatres et de tous ceux qui seront amenés à prendre connaissance de ses écrits, afin d'expliquer, sinon de justifier, ses actes. Car il s'est imposé une mission : La Réhabilitation de la Parole Divine par le Sacrifice. Il entame un chemin de croix dont chaque jalon sera le symbole de l'Eglise, de l'Etat ou encore de l'Argent-roi, symbole concrétisé à chaque fois par une victime.

Michel Leydier se joue de la religion, ou plutôt d'une forme d'intégrisme, de fanatisme, d'exaltation qui engendrent la conviction de ce nouveau possédé de Dieu à se lancer dans une croisade contre la représentation du Mal personnifiée par des êtres humains à travers des images emblématiques. Une façon comme une autre de dénoncer les méfaits d'une certaine classe politique se voulant le porte-parole d'un ordre moral rétrograde et dangereux lorsqu'il tombe entre les mains d'illuminés.

Michel Leydier se retrouve entre gens de connaissance puisqu'il est le rédacteur en chef avec Francis Mizio de la revue Nouvelle Donne, dont le directeur de publication n'est autre que Christian Congiu. Des noms familiers aux lecteurs de la Loupiote puisqu'ils ont été publiés par cette sympathique maison d'édition dans la même collection, l'un associé à Jean Bernard Pouy, l'autre avec Thierry Jonquet. Des références. Mais gageons que Michel Leydier n'en restera pas là, et qu'il saura s'immiscer dans le creuset des écrivains de talent.

Hervé PRUDON : Il fait plus froid dehors que la nuit. Suivi de Michel LEYDIER : Sacrifice. Collection Zèbres N°5. Editions La Loupiote. Parution février 1997. 96 pages.

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