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26 septembre 2017 2 26 /09 /septembre /2017 07:46

Coups bas à Cuba….

Christophe SEMONT : Les enfants de Chango.

Après avoir partiellement exploré la Bolivie dans Soleil noir, puis visité la Thaïlande, Christophe Sémont nous propose un voyage à Cuba, au pays des cigares, du rhum, de la musique personnifiée par Compay Secundo et de la littérature avec Leonardo Padura et Zoe Valdés.

Seulement il ne s’agit pas pour l’auteur de nous entraîner dans des cars flambant neuf (oui, parfois les cars flambent), de nous accrocher aux déclamations élogieuses d’une guide moulée dans une petite robe rouge et de coucher dans des hôtels-casernes à touristes, mais bien de s’introduire façon routard dans un pays au régime politique controversé. De le découvrir de l’intérieur, avec ses maisons délabrées, fissurées, prêtes à s’effondrer, avec ses habitants toujours dépendants des cartes d’alimentation, ou Livrets de fourniture, une idée de Che (Cubano Hermano Ejamplo : Cubain Frère Exemple) Guevarra et mise en pratique par le Lider Maximo, alias Fidel Castro.

 

Amalia, jeune femme brisée physiquement, survit en récoltant des canettes afin de les revendre à une usine de recyclage d’aluminium. Mais cela ne fait pas bouillir la marmite et Julio, son mari, ne gagne pas grand-chose comme pêcheur. Pourtant elle ne se plaint pas, malgré une hanche douloureuse et une claudication provoquées par un accident lorsqu’elle était toute gamine. Un accident de voiture dans lequel ses parents seraient décédés. Du moins c’est ce qu’on lui a toujours dit.

Aylin, sa fille, va fêter son anniversaire dans quelques jours et pour ses quatre ans, Amalia veut lui offrir un gâteau. C’est tout ce qu’elle peut se permettre financièrement. Mais en cours de route elle se rend compte qu’elle a oublié de prendre son porte-monnaie. Elle rebrousse chemin et assiste impuissante à l’enlèvement d’Aylin par des hommes à forte musculature. Et son mari ni sa voisine, en qui elle avait toute confiance, ne peuvent l’aider, au contraire.

 

Dipsomane, ancien militaire et baroudeur ayant effectué de nombreuses missions en ex-Yougoslavie et en Afrique Noire, Franck Carnac ressasse sa mélancolie. Sa femme l’a quitté et son jeune fils Antoine lui manque. Pour seul palliatif, quelques appels téléphoniques de temps à autre et une photographie des deux êtres qui lui sont chers.

Il est convoqué dans un hôtel parisien renommé et se trouve mis en présence de deux hommes accompagnés de gardes du corps. Une mission de confiance lui est proposée et comme les fonds manquent, la possibilité de recevoir 30 000 € influe sur ses réticences. Il doit se rendre à Cuba et réaliser un contrat sur un nommé Pierre Cuevas.

Cuevas est un ancien activiste, anarchiste, ayant participé comme mercenaire principalement en Amérique du Sud, allié aux troupes révolutionnaires combattant les régimes fascistes. Il possède la double nationalité franco-espagnole et est recherché depuis des années par la CIA. Il a été localisé à Santiago de Cuba, et Franck Carnac doit l’abattre sans se poser de questions.

Muni de quelques renseignements et de contacts qui pourront l’aider, éventuellement, lors de son arrivée à La Havane, Franck Carnac ne perd pas de temps dans ses recherches. Seulement, des incidents se produisent dès son arrivée. Il a l’impression d’être suivi, puis une jeune femme l’aborde. Une petite séance de galipettes n’étant pas prohibée dans le cadre de sa mission, il se laisse entraîner. Une séance qui aurait pu lui être fatale s’il n’était pas sur ses gardes. Et lorsqu’il est en face de Pierre Cuevas, il pense qu’il va pouvoir, sa mission effectuée, s’embarquer à bord d’un petit canot pour la côte de Floride. Mais son départ est différé et il est obligé de fuir et de se cacher.

 

Résolument ancré dans l’histoire de Cuba, les années révolutionnaires, la prise du pouvoir de Fidel Castro, puis la suite, les années d’espoir puis la dégringolade lors de l’éclatement de l’ancienne URSS qui était la principale alliée nourricière de l’île, les difficultés ressenties par les Cubains, le fanatisme politique, Les enfants de Chango joue également sur le registre du fanatisme religieux et de la superstition.

La figure de La Mère s’incruste en surimpression dans ce roman, dont le sujet est la disparition d’enfants. La Mère est une vieille dame qui apparaissait déjà auprès de Castro, et d’autres personnalités politiques, en 1962, et déjà elle était âgée. Elle est la représentation de la Santeria, religion dérivée de la religion Yoruba, et ses représentants personnalisés sous formes de statuettes, les Orishas.

Les Africains déportés en esclavage avaient été obligés d’embrasser la religion catholique sous la férule des missionnaires espagnols. Afin de proroger leur propre religion ancestrale, ils avaient trouvé le moyen de représenter leurs dieux sous la forme de statuettes catholiques. Une religion métissée en quelque sorte.

Si la mission confiée à Franck Carnac relève du roman d’aventures, la recherche d’un individu mis au ban par la CIA, la suite s’inscrit dans une forme hybride entre roman noir policier, avec de nombreuses incursions politiques et historiques, et roman fantastique à base de sorcellerie dont La Mère tient une grande place ainsi que les enfants enlevés.

Si le début est conventionnel, la fin du récit est plutôt sombre, âpre, violente, comme un conte de fée moderne dans lequel les superstitions millénaires interfèrent dans une modernité sans concession.

 

Christophe SEMONT : Les enfants de Chango. Collection Thriller. Editions Critic. Parution le 7 septembre 2017. 300 pages. 18,00€.

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commentaires

Alex-Mot-à-Mots 26/09/2017 13:12

Je suis toujours étonné de voir que le vaudou existe toujours et aussi fort.

Oncle Paul 26/09/2017 16:19

les religions dites païennes existent toujours, et même en France la pratique de la sorcellerie est toujours prégnante dans l'esprit des gens. D'ailleurs chaque évêché, ou presque, possède son exorciste, un prêtre chargé de conjurer le Malin.

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