Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
23 septembre 2017 6 23 /09 /septembre /2017 08:18

Mais attention aux piquants des bogues…

Arthur MORRISON : Dorrington, détective marron

Si Arthur Morrison, 1863 – 1945, fut célébré de son vivant comme un brillant représentant anglais du naturalisme et un des maîtres de la detective fiction, de nos jours il est quasiment oublié, sauf des nostalgiques des parutions anciennes.

Or cet auteur fut un précurseur et un innovateur dans le domaine de la littérature policière, mettant en scène Dorrington, un détective peu scrupuleux. Ses aventures sont narrées par l’une de ses victimes, James Rigby, ce qui le différencie d’un Watson par exemple lequel était béat d’admiration devant son colocataire et ami, mais de plus ses exploits sont racontés à rebrousse-temps.

Nous découvrons le personnage Dorrington, par l’intermédiaire de James Rigby qui voyage à bord d’un steamer le menant en Angleterre. Rigby, en confiance envers ce compagnon affable et fin diseur, lui narre son enfance en Australie, puis lors d’un voyage en Europe la mort de son père assassiné par la Camorra alors qu’il n’avait que huit ans, son adolescence, la mort de sa mère et son intention de réaliser ses affaires, un héritage immobilier concernant un terrain susceptible de receler des gisements de cuivre. Il doit rencontrer un solicitor mais Dorrington est fort intéressé et il envisage de s’approprier les documents. Rigby va se trouver dans une fâcheuse posture et grâce à un ouvrier parvient à s’en sortir vivant. C’est ainsi qu’il s’accapare quelques documents appartenant à Dorrington, dans le bureau de celui-ci, et qu’il va pouvoir remonter le parcours délictueux de ce détective peu commun.

 

Après Le récit de Mr. James Rigby, nous remontons donc le temps, avec toujours ce spolié comme narrateur. Janissaire est un jeune cheval de course, un yearling, prometteur. Naturellement, peu de temps avant la course auquel ce poulain de deux ans doit participer, les paris vont bon train. Dorrington, apprenant par hasard que l’animal risque de subir un traitement néfaste, imagine un artifice pour déjouer les manigances.

Le Miroir de Portugal est, comme son nom ne l’indique pas forcément, un diamant à la valeur inestimable qui a parcouru les siècles, passant de main en main jusqu’à sa disparition au cours de la Révolution Française. Deux cousins, d’origine française mais installés à Londres, se disputent cette pierre, et Dorrington est sollicité pour trancher. Il le fera, mais à sa façon.

Dans La Compagnie Avalanche, Bicycle et Pneu, Limited, nous retrouvons le monde des paris, mais cette fois dans un sport en plein développement, la course de bicycle sur piste. Le vélocipède prend une telle ampleur que de nombreuses entreprises se montent, et afin de se développer lancent un système de participation financière par action. Et naturellement, certains petits débrouillards s’immiscent dans ce qui peut devenir un marché juteux. Heureusement Dorrington est là pour rétablir la situation.

Comme le dit fort justement l’un des protagonistes :

Comme je l’ai dit mille fois, les parieurs sont, de nos jours, le fléau de tous les sports.

Plus de cent ans après cette déclaration, cela ne s’est pas arrangé.

 

La mort étrange de Mr. Loftus Deacon nous entraine dans les aîtres d’un vieux collectionneur d’objets japonais. L’homme a été retrouvé assassiné dans son appartement, et les policiers se trouvent devant un problème de meurtre en chambre close. Un ami de cet amateur de japonaiseries et exécuteur testamentaire sollicite l’aide de Dorrington, lequel va découvrir, sinon l’assassin, mais comment il s’est débrouillé pour perpétrer son forfait. Une arme blanche a été dérobée, un Katana forgé par un maître armurier quelques siècles auparavant. Or ce Katana est un objet sacré dont un Samouraï ne peut se défaire, quel qu’en soit le motif. L’un des principaux présumés coupables n’est autre que le fils de celui qui a cédé le Katana à Mr. Loftus Deacon, et il désirait à tout prix récupérer l’objet.

L'argent du vieux Cater prend pour intrigue également, comme Le Miroir de Portugal, une histoire d’héritage que se disputent deux cousins. Dorrington va mettre son grain de sel dans cet imbroglio dont les trois protagonistes principaux, le vieux Cater et les deux cousins, sont de fieffés usuriers, n’ayant aucun scrupule et n’hésitant pas à mettre sur la paille leurs débiteurs.

 

Si ces trois histoires mettent en scène un détective dont la préoccupation principale est de gruger clients et autres, parfois la morale est sauve.

L’auteur s’attache plus à décrire les traits de caractère des personnages que leur physique, et n’hésite pas à remonter dans le temps pour leur donner du volume.

Ces nouvelles, qui ont été publiées dans The Windsor Magazine de janvier à juin 1897, n’ont en rien perdu de leur saveur, et ne sont en rien désuètes, même si elles reflètent une certaine époque. Or justement, c’est cette plongée dans le vieux Londres, qui parfois fait penser à Dickens, dans les milieux sportifs ou des collectionneurs, milieux qui n’ont guère changé dans leur comportement même si le modernisme est passé par là, ou des usuriers dont les pratiques sont aujourd’hui celles de certaines banques, qui donnent du charme à ces historiettes. Les valeurs morales sont battues en brèche, légalement ou non, et Dorrington est toujours présent pour essayer d’en tirer profit. Essayer, car parfois il se retrouve le bec dans l’eau, ne tirant pas le profit qu’il escomptait, mais sachant retomber toutefois sur ses pieds.

Arthur Morrison, un auteur à découvrir ainsi que son personnage dont Arsène Lupin a emprunté quelques traits de caractère et de façon de procéder.

 

Sommaire :

Introduction de Jean-Daniel Brèque.

Le récit de Mr. James Rigby

Janissaire

Le Miroir de Portugal

La Compagnie Avalanche, Bicycle et Pneu, Limited

La mort étrange de Mr. Loftus Deacon

L'argent du vieux Cater

Sources.

Arthur MORRISON : Dorrington, détective marron (Dorrington Deed-Box – 1897. Traduction d’Albert Savine, revue et complétée par Jean-Daniel Brèque). Collection Baskerville N°35. Editions Rivière Blanche. Parution février 2017. 236 pages. 20,00€.

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Xavier Lechard 24/09/2017 18:08

Certains critiques anglo-saxons voient dans ce recueil une forme de pithécanthrope du roman noir, et l'argument n'est ma foi pas sans mérite - Dorrington est dans l'esprit plus proche de Black Mask que du Strand Magazine. De toute manière la littérature criminelle existait déjà dans toutes ses potentialités avant la Première Guerre, c'est seulement qu'il a fallu plus de temps à certaines formes pour atteindre l'âge adulte.

Oncle Paul 24/09/2017 18:36

Bonsoir
Je suis entièrement d'accord avec vous. Les intrigues exploitées de nos jours étaient déjà présentes dans ces romans. Les différences résident principalement dans les avancées technologiques, et l'état d'esprit des auteurs et des lecteurs, qui désirent plus de sexe et de violence qu'auparavant. Mais ce n'est que mon avis, celui d'un septuagénaire qui a beaucoup lu, et beaucoup oublié aussi malheureusement.

Présentation

  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
  • Contact

Recherche

Sites et bons coins remarquables