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2 août 2017 3 02 /08 /août /2017 08:07

Où il est démontré qu'un bon vaudeville vaut mieux qu'un mauvais bœuf de campagne...

Jerry JOSNES : Flic flaque.

Les romanciers qui se cachent sous divers pseudonymes, cela ne manque pas en littérature. Par exemple Frédéric Dard/San-Antonio, Romain Gary/Emile Ajar, Agatha Christie/Mary Westmacott, la liste est trop longue pour la continuer, mais si vous avez d'autres noms, rien ne vous empêche de les ajouter dans votre Ford intérieure.

Et pourquoi se dissimulent-ils sous des noms d'emprunt, me demanderez-vous avec juste raison. Pour différentes raisons, le changement de style et donc pour ne pas perturber leurs lecteurs habituels, à cause de contrats d'exclusivité avec leur maison d'édition, ou encore plus rarement pour échapper au fisc.

Donc, sous le pseudonyme de Jerry Josnes, j'ai ri jaune comme me le souffle dans le creux de l'oreille l'auteur du livre, se tient à l'affût Gérard Boutet, son double, son jumeau, son siamois, son nègre qui sait. Et pourquoi Josnes, tout simplement parce que... Attendez, je vérifie sur mon Atlas, papier, et oh surprise, il s'agit du nom d'un village du Loir et Cher (Ma famille habite dans le Loir et Cher, Ces gens-là ne font pas de manières... comme le chantait Michel Delpech) et qui plus est le village natal de l'auteur. Au moins, on sait d'où il vient mais pas où il va. Mais penchons-nous, sans tomber, sur cette prose qui devrait vous ébouriffer, comme la mignonne que le héros, mais s'agit-il vraiment d'un héros, recueille un soir de pluie d'avril. Oui, je me dépêche, je ne veux pas vous laisser vous languir d'autant que la belle Babette, Babie pour les intimes, va prendre froid, mouillée comme elle est. Par la pluie ai-je besoin de préciser.

 

Parlez-moi de la pluie et non pas du beau temps,

Le beau temps me dégoûte et m' fait grincer les dents,

Le bel azur me met en rage,

Car le plus grand amour qui m' fut donné sur terr'

Je l' dois au mauvais temps, je l' dois à Jupiter,

Il me tomba d'un ciel d'orage.

C'est beau, c'est du Brassens, et c'est de circonstance, mais les conséquences ne seront pas celles évoquées dans la chanson. D'ailleurs le narrateur, Jeanjean de son prénom, gendarme de son statut professionnel, à Colombier-Sainte-Croix, nous plonge dans le bain dès les premières pages. Et depuis quelques mois il folâtre avec Babie mais cela ne lui suffit pas. Il est marié avec Letty, mais les rapports ne sont plus ce qu'ils étaient au début de leur mariage. Pas besoins de préciser quels rapports, vous êtes assez grands pour comprendre à demi mot.

Tandis qu'avec Babie, c'est nettement mieux. Babie il la connait depuis tout petit et même avant ou presque, car ils habitaient des maisons mitoyennes. Et arrivés à l'âge où ils auraient enfin pu se démontrer l'inclinaison qu'ils se portaient, Babie n'a pas voulu, car selon une croyance populaire, s'il l'avait embrassée, ne serait-ce qu'une fois, elle serait tombée enceinte. Ce qui ne l'a pas empêchée par la suite de fréquenter d'autres garçons et de jouer à touche-pipi, comme on disait dans la bonne société, mais ce ne sont que des on-dit que personnellement je n'ai pas vérifié.

Donc il rencontre Babie à la faveur d'une pluie d'orage. Il était à bord de l'estafette, et oui, ce fut sa fête, de la gendarmerie, et quelques mois plus tard, il manigance de tuer Paulo, le mari de Babie, garagiste de son état, qui préfère jouer aux boulons qu'au vice. Une envie qui a mûri sous son képi et une Juvaquatre remisée au fond d'un garage de la maréchaussée lui servira à perpétrer son forfait. Normalement Paulo devrait remettre en état le véhicule qui appartient tout de même à l'Etat, et Jeanjean peaufine son stratagème dont je ne vous dévoile pas les détails, mais sachez que l'on entre de plain-pied dans un vaudeville alambiqué et humoristique que Donald Westlake n'aurait pas désavoué, d'ailleurs il s'est servi d'une combinaison approchante, presque, pour écrire Un jumeau singulier. Et puisque nous sommes dans les comparaisons, nous pouvons affirmer que Day Keene, Bruno Fisher, Brett Halliday et James Hadley Chase, pour ne citer que les principaux, se seraient régaler à écrire ce genre d'aventures, même si eux-aussi parfois s'en sont approchés.

 

Jerry JOSNES : Flic flaque.

Je sens que je vous laisse sur votre faim, mais je peux toutefois vous préciser que l'histoire se déroule en 1972, mais écrite en 1976, et pour ceux qui avaient vingt ans à cette époque, ils ne seront pas dépaysés par certains événements décrits, certains personnages évoqués, et ou magazines de référencés.

Avec un humour proche de celui de San-Antonio, mais qui n'était pas uniquement la marque de fabrique du seul Frédéric Dard, d'autres autres auteurs avant lui écrivant dans ce style, et d'autres après lui prolongeant cette manière d'écrire, Cicéron Angledroit et Maxime Gillo, pour n'en citer que deux.

Un vaudeville plaisant, avec une brigade de gendarmerie tirée d'un film de la série des Gendarmes avec Louis de Funès et qui démontre que sous des airs parfois niais un gendarme peut en avoir sous le képi, à lire et à conseiller, mais pas à exécuter même si vous connaissez des problèmes familiaux et que vous êtes du bon côté de la loi.

 

Jerry JOSNES : Flic flaque. Collection Les Polars du terroir. Editions Marivole. Parution le 27 avril 2016. 224 pages. 20,00€.

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