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14 août 2017 1 14 /08 /août /2017 09:44

Toute la musique que j'aime, elle vient de là elle vient du blues...

Doug ALLYN : Juke-box Cadillac.

Motown est le nom d’un célèbre label de disques de chanteurs de soul et de blues, mais c’est également le surnom de Détroit, la cité de l’automobile.

Si Tommy DeMeo est devenu un délinquant, peut-être est-ce la faute de sa mère. Peut-être en possédait-il les gènes aussi. Car son père, Bello, était le complice de Moishe Abrams, qui possède des juke-boxes et rackette pour le compte d’un capo de la Mafia dans le quartier noir de Motown. Son père est décédé alors qu’il était jeune. Il ne l’a pas connu et a été élevé par sa mère, qui récoltait les hommes, en pressait le jus mais ne savait pas les garder.

Le drame a éclaté lorsqu’il surprend l’adjoint du shérif, Wes McKinney, en train de tabasser sa mère. S’emparant d’une batte de base-ball, il lui fracasse le poignet alors que l’homme est en train de se rafraîchir, et peut-être raconter ses exploits dans un bar. Bénéfice net pour Tommy, qui n’a que seize ans, un an de prison. Mais ses codétenus apprécient la chair fraîche et de nouveau il doit se rebeller afin d’éviter de subir des outrages sexuels. Ce qui lui joue bien évidemment un mauvais tour.

A sa sortie de prison il part pour le Sud chez son grand-père fermier. Passionné par les véhicules automobiles, il cumule le travail à la ferme et un emploi chez un garagiste local. Mais il est mal vu par les autochtones et pour s’affirmer il entre dans un club de boxe où il apprend les rudiments du noble art. Ses poings lui servent souvent à se faire respecter, jusqu’au jour où son grand-père est victime d’un accident cardiaque. Le shérif local et le pasteur, qui est aussi banquier, lui démontrent que la ferme leur appartient pour la fallacieuse raison d’un arriéré d’impôts fonciers, et qu’il n’a plus qu’à dégager. Retour pour Tommy à la case départ, c’est-à-dire Détroit.

Il est engagé par Moishe Abrams pour l’aider à récolter les enveloppes que lui doivent commerçants et autres, seulement l’affaire tourne mal auprès d’un chanteur guitariste de blues dans le quartier noir, Maurice Walker surnommé Mojo. Mojo se défend à l’arme blanche, Tommy est légèrement blessé, Moishe plus sérieusement atteint tandis que Mojo est bon pour le cimetière qui ne sera autre qu’un marécage, son véhicule servant de linceul. Tandis que Moishe se remet lentement à l’hôpital, Tommy s’installe dans le bureau minable de son mentor et prend la relève en tant que facteur, mais au lieu de distribuer les enveloppes, il les récolte.

Il lui faut parfois user d’arguments frappants, et dans un bar où il attendu comme un chien dans un jeu de quilles il est obligé de défendre sa peau laissant sur le sol quelques cadavres. Et il sait que McKinney guette la moindre occasion de se venger. Il possède deux passions, les belles et grosses voitures américaines, et ses connaissances acquises dans le Sud lui permettent parfois d’en emprunter au nez et à la barbe de leurs propriétaires légitimes, ainsi que la musique. Pas n’importe quoi comme musique. S’il a une coiffure à la Elvis, c’est parce que c’est la mode, mais le blues le fait chavirer, lui petit blanc d’origine italienne. Et lorsque la possibilité lui est offerte de s’offrir le studio d’enregistrement de Mojo, qui à cause de son décès n’a pas pu régler sa dette, il nage dans le bonheur.

Et comme Moishe possède plus de trois cents juke-boxes disséminés dans divers bars et clubs, il accepte, après mûre réflexion, la proposition de Léo Brown.

La plupart des musiciens noirs sont dépendants des studios d’enregistrements officiels, mais il n’existe que de trop rares stations de radio qui diffusent leur musique. Aussi, puisque maintenant Tommy possède un studio, celui de Mojo qu’il a récupéré, il n’y a qu’à presser des vinyles et en inonder les juke-boxes, avec des programmations qui permettront, par des passages en boucle, de mettre en valeur la production de musiciens noirs. Enfin, il est subjugué par Martika, la belle secrétaire du studio, une jeune femme volontaire à la tête sur les épaules. Cette double passion musicale va-t-elle l’inciter à sortir de l’ornière dans laquelle il semble s’enfoncer irrémédiablement ? D’autant qu’il doit se plier aux exigences de l’employeur de Moishe, devenu le sien, et de ses hommes de main.

 

Ecrit parfois à coups de serpe, ce roman qui ressemble à une biographie, est placé sous le signe du blues et du soul. D’ailleurs y sont évoqués des musiciens et interprètes tels que Bo Didley, John Lee Hooker, Dinah Washington, les Shirelles, Sam Cooke, Lightning Slim et bien d’autres qui évoluèrent aussi dans le rock, celui des origines. Un roman qui me fait penser, par les thèmes traités, à Willy Mélodia d’Alfio Caruso ou à des auteurs de romans noirs comme Marvin H. Albert alias Tony Rome et Nick Quarry. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne possède pas sa propre atmosphère, au contraire. La plongée dans l’univers musical, auréolé du prestige de la Motown, la présence de musiciens qui ont fait la réputation du label, imprègnent ce roman qui se lit avec une petit pointe de nostalgie.

Un auteur que je découvre et que j’aurai plaisir à retrouver.

Enfin, petite précision, à ne pas confondre avec Cadillac Juke-box de James Lee Burke.

Doug ALLYN : Juke-box Cadillac. traduction de Fabienne Duvigneau. Collection Rivages/Thriller. Editions Rivages. Parution 13 octobre 2010. 400 pages. 22,00€.

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