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17 juillet 2017 1 17 /07 /juillet /2017 10:02

Le personnage de Sherlock Holmes est l'arbre qui cache la forêt luxuriante que constitue l'œuvre littéraire d'Arthur Conan Doyle.

Arthur Conan DOYLE : Contes autour du feu.

Sherlock Holmes a phagocyté aussi bien son créateur que l'œuvre entière de Sir Arthur Conan Doyle, ne laissant que quelques bribes émerger de temps à autres. Bien sûr des rééditions du Brigadier Gérard, de La Grande Ombre, Le Monde perdu et quelques autres, sont programmées chez différents éditeurs et surtout en version numérique, mais le choix est assez succinct dans l'ensemble.

Alors retrouver des textes quasi inédits, la première publication datant de 1911 pour le recueil Du Mystérieux au tragique, et de 1912 pour celui de La main brune, chez Pierre Lafitte dans la collection Idéal-Bibliothèque, ne pourra que réjouir tous ceux qui aiment Conan Doyle et désirent lire autre chose que les écrits de Watson consacrés à son ami détective.

Ces Contes autour du feu auraient pu être intitulés Contes au coin du feu comme l'avait suggéré l'auteur dans son avant-propos :

[Ces contes ] qui sont collectés dans le présent recueil ressortissent au grotesque et au terrifiant - des contes à lire "au coin du feu" par une nuit d'hiver. Telle serait à mes yeux l'atmosphère idéale pour de semblables récits, si un auteur pouvait choisir le lieu et l'heure pour les raconter comme un artiste choisit l'éclairage et l'emplacement pour exposer ses tableaux.

 

Il n'est pas besoin d'attendre les longues heures d'hiver pour déguster ces contes publié entre 1892 et 1908, la majorité toutefois l'étant durant l'année 1898, et qui procurent effroi, peur, terreur, suspense, angoisse, avec un brin de fantastique pour certains. Et même parfois l'ombre de Sherlock se profile lors d'un conte d'énigme et de suspense. Sans oublier des technologies qui semblent de nos jours dépassées mais qui pour l'époque étaient une véritable révolution et offraient ce parfum de mystère indispensable pour fournir une ambiance de surnaturel.

Souvent des médecins sont soit personnages principaux, soit des faire-valoir intéressants, l'auteur n'oubliant pas que lui-même fut médecin et que ses débuts furent difficiles, la clientèle ne se pressant pas à sa porte. C'est un peu le sort réservé au narrateur de Le Chasseur de scarabées, mais un médecin dont l'exercice de son art répugne et qui préfère la science et plus particulièrement la zoologie. Et c'est ainsi que lisant par désœuvrement une petite annonce, le docteur Hamilton est recruté par Lord Linchmère démontrant qu'il connait l'entomologie, les coléoptères. C'est une condition sine qua none, mais le travail pour lequel il embauché est quand même un peu spécial.

L'entonnoir de cuir joue sur le registre du fantastique et aborde le spiritisme. Un ami du narrateur vit à Paris, et précisément avenue de Wagram à Paris, et la description de la maison est celle du grand-oncle paternel et parrain de Conan Doyle (Une précision apportée par Thierry Gilibert dans son admirable préface). Or cet ami chez qui le narrateur est convié à passer la nuit est féru de livres et d'objets rares possédant une histoire, de préférence une histoire digne d'être contée. Il se targue d'avoir acquis récemment un entonnoir qui date de Louis XIV et qui aurait pu appartenir à Nicolas de la Reynie. Nul besoin de préciser que le visiteur est intrigué et durant la nuit, il va être la proie d'un rêve étrange.

L'homme aux six montres aurait pu être une enquête de suspense et d'énigme au cours de laquelle Sherlock Holmes se serait à nouveau illustré. Mais lors de sa parution le célèbre détective barbotait encore dans les eaux suisses. Un homme est retrouvé mort dans un compartiment de première classe réservé aux fumeurs. Un couple s'installe dans le compartiment voisin, ne désirant pas voyager avec un individu s'attaquant les poumons au cigare. Lorsque le train arrive en gare environ un heure et demie plus tard, l'attention des cheminot est attirée par le fait qu'une portière est ouverte. Nulle trace des trois voyageurs. Mais un cadavre est à genoux, atteint d'une balle en plein cœur dans le compartiment du couple. Un véritable tour de passe-passe qui trouvera sa solution dans un courrier adressé à un expert en criminologie qui avait enquêté cinq ans auparavant. Mais Arthur Conan Doyle aborde, ce qui était innovant pour cette époque prude, le sujet de l'homosexualité, en deux ou trois lignes, sans ostentation, comme ça par hasard. Mais qui constitue le ressort même de l'intrigue.

Histoire de train également avec Le train perdu. Comme son titre l'indique, un train spécial affrété par un homme d'affaires s'évanouit entre deux gares. Le principe est simple, ne souffre d'aucune mystification, mais il fallait y penser, à cette époque.

Dans Le Docteur noir, l'affaire se déroule dans un petit village des Midlands, province où naquit un homme de théâtre du nom de Shakespeare, peut-être en avez-vous entendu parler. Mais ce n'est pas de lui que nous entretient Conan Doyle, mais d'un médecin qui vient de s'installer dans la contrée, et qui malgré son teint basané et son origine inconnue est accepté par ses concitoyens. Le seul reproche qu'ils peuvent avoir à son encontre est de rester célibataire. Or justement il vient de trouver chaussure à son pied et des fiançailles sont programmées. Mais pour une raison inconnue le docteur rompt et il est peu de temps après découvert mort dans son bureau. Cette histoire emprunte à une situation qui sera beaucoup exploitée par la suite.

Le thème de La boite de laque pourrait laisser penser à un conte fantastique. Une voix féminine s'échappe de la pièce dans laquelle un veuf se réfugie quotidiennement. Plus jeune, cet homme qui vit quasiment cloîtré, confiant l'éducation de ses enfants à des précepteurs, brûlait la chandelle par les deux bouts, mais il s'était assagi sous l'influence de sa femme aujourd'hui décédée. Arthur Conan Doyle utilise une technologie nouvelle pour l'époque pour expliquer le phénomène, mais il n'en reste pas moins que l'ambiance est particulièrement poignante.

Enfin, avec Le Pot de caviar, il s'agit d'un épisode de la révolte des Boxers, en Chine au début du XXe siècle. Une petite garnison basée à Ichau, non loin du golfe de Liang-Toung, est assiégée par les troupes chinoises. Cette garnison est composée de chrétiens indigènes et d'ouvriers du chemin de fer sous les ordres d'un officier allemand assisté de quelques civils européens. Alors qu'ils espéraient l'arrivée de soldats devant les délivrer, ils se rendent compte qu'ils sont sous les tirs des Boxers. Les vivres ne vont pas tarder à manquer aussi l'officier propose pour dernier repas un pot de caviar à se partager entre tous les assiégés. Pas d'énigme mais un épilogue tragique pétri de suspense qui pourrait de référer à un épisode napoléonien, celui de Waterloo.

 

Des contes qui pour certains sont véritablement ancrés dans leur temps, qui peuvent sembler désuets de nos jours, mais possèdent le charme des contes anciens dans lesquels primaient l'histoire à chute. Depuis, bon nombre de situations ont été utilisées, pas toujours avec bonheur et rigueur. Certains de ces contes sont simples, sans être simplets, et démontrent de la part de l'auteur une imagination au service du plaisir du lecteur, alternant effroi, suspense, énigme, fantastique, sans forcer la dose, et traités avec élégance et même une certaine dérision, voire autodérision, comme si l'ombre de Sherlock Holmes planait.

Des contes qui peuvent tout autant se lire au coin du feu que sous un parasol.

 

Sommaire :

L'entonnoir de cuir

Le chasseur de scarabées

L'homme aux six montres

Le pot de caviar

La boite de laque

Le docteur noir

En jouant avec le feu

Une pièce de musée

Le train perdu

Retiré des affaires

La chambre scellée

Le chat du Brésil

L'étrange collègue

La main brune

L'île hantée

Le voyage de Jelland

Une visite nocturne

Arthur Conan DOYLE : Contes autour du feu. Traduction de Louis Labat revue et complétée par Jean-Daniel Brèque. Introduction de Thierry Gilibert. Collection Baskerville N°37. Editions Rivière Blanche. Parution juin 2017.

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commentaires

Serge 31 18/07/2017 00:49

Bonjour Paul.
Très alléchant. Et l'occasion de souligner l'excellent travail de "Rivière Blanche"...
Amitiés.

Oncle Paul 18/07/2017 11:39

Bonjour Serge
Tout à fait d'accord avec toi sur l'excellent travail de Philippe Ward pour Rivière Blanche, et sans oublier Daniel Brèque qui exhume quelques perles pour sa collection Baskerville. Pourvu que ça dure et qu'ils bénéficient d'une meilleure exposition
Amitiés

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