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5 juillet 2017 3 05 /07 /juillet /2017 08:22

Hommage à Anthony Berkeley né le 5 juillet 1893.

Réédition Collection L'Énigme. Editions Hachette. 1947. 192 pages

Réédition Collection L'Énigme. Editions Hachette. 1947. 192 pages

Fondé, organisé et depuis peu présidé par Roger Sheringham, le Detective's Club reçoit ce soir là l'inspecteur-chef Moresby de Scotland Yard. D'après les statuts le Club de détectives amateurs devrait comprendre treize membres, mais pour entrer dans ce cercle fermé, le candidat doit posséder un esprit déductif, des aptitudes psychologiques et répondre à un questionnaire concernant un certain nombre de sujets choisis par les membres du club.

Le dernier en date de ces postulants ayant démontré ses qualités est Mr Chitterwick, un petit homme effacé et totalement inconnu. Outre Roger Sheringham, les autres membres sont un avocat célèbre, un sympathique écrivain de romans policiers, une femme auteur dramatique fort connue et une romancière qui n'est peut-être pas aussi connue qu'elle devrait l'être. Six membres donc qui accueillent l'inspecteur-chef Moresby lequel va leur soumettre à leur sagacité un problème de meurtre non résolu.

Et s'il soumet ce cas aux membres du club, c'est parce que la police officielle a pratiquement renoncé à retrouver le meurtrier de Mrs Bendix. Mais quelle est donc cette étrange affaire dont Moresby entretient ces membres tout ouïe ?

 

Membre du club de l'Arc-en-Ciel, la première chose que fait Graham Bendix, en ce vendredi matin 15 novembre, est de demander s'il y a du courrier à son nom. A ce moment entre Sir Eustache Pennefather, comme chaque matin ponctuellement à dix heures demie et qui passe pratiquement tout son temps dans les locaux du Cercle. Lui aussi réclame son courrier qui se compose de trois lettres et un paquet. Les deux hommes qui ne se fréquentent guère, s'installent chacun dans un fauteuil près du feu. Soudain Bendix entend Sir Eustache émettre une exclamation de contrariété. Le paquet contient une boîte de chocolat et une lettre d'accompagnement précise que les friandises sont offertes généreusement pas un célèbre chocolatier qui vient de mettre au point une nouvelle recette de chocolats à la liqueur.

Sir Eustache vitupère, et il n'a pas l'intention d'envoyer un témoignage de satisfaction. De la publicité ! Or justement Bendix se souvient qu'il a engagé un pari la veille avec sa femme et comme il a perdu, il lui doit une boîte de chocolats. Sir Eustache se débarrasse du coffret dont il n'a que faire. Le papier d'emballage et la lettre d'accompagnement vont directement dans la poubelle de l'accueil.

Après avoir lu le journal et joué une partie de billard, Bendix rentre chez lui pour déjeuner avec sa femme. Il lui offre les chocolats qui ne lui ont rien coûté et ils commencent à en déguster quelques échantillons. Trois parfums sont proposés, kummel, marasquin et kirsch. Bendix en savoure deux, sa femme en prendra un peu plus. A priori ce ne sont pas des nouveautés, même s'ils trouvent que le goût en est beaucoup plus prononcé. Plus fort en alcool à première vue, ou au premier goût comme vous voulez, avec pour ceux au kirsch un goût d'amande amère plus accentué.

Bendix sera malade mais s'en remettra tandis que sa femme, un peu plus gourmande, en décèdera. L'analyse des chocolats révèle qu'ils contiennent de la nitro-benzine, produit couramment utilisé dans les confiseries et les parfums, mais en dose mortelle

 

La question primordiale est de savoir si Sir Eustache était visé, lui qui est un coureur de jupons avéré, en instance de divorce. Ou bien a-t-il offert délibérément les chocolats à Bendix ? Ou bien... Les suppositions sont nombreuses, et suppléant les policiers les six membres du Detective's Club font faire fonctionner leurs petites cellules grises et chercher à établir qui est le coupable, pourquoi et comment.

Sept solutions sont donc proposées, sept car l'un d'eux en suggère deux, et toutes se tiennent, toutes sont valables avant que la solution du premier soit balayée, démontée par son successeur qui en offre une autre plus plausible, à son avis.

 

Anthony Berkeley s'amuse à détourner les principes du roman policier, nous sommes en 1929, en explorant les deux positions, déduction et induction, qui gèrent une enquête. Il souffle donc le chaud et le froid, par enquêteurs amateurs interposés, et à partir d'un même fait fournit des interprétations différentes selon les considérations de chacun, interprétations qui toutes tiennent la route, à condition qu'une seule soit avancée et non pas sept.

Comme le fait remarquer l'un des membres, en se basant sur l'écriture de romans policiers :

J'ai souvent remarqué que, dans ces sortes d'ouvrages, l'auteur tire d'un fait donné, une interprétation unique, et qui, bien entendu, est la bonne. Seul le détective intelligent et chéri de l'auteur est capable de trouver quelque chose, et ce qu'il trouve est toujours juste.

Cette déclaration est un peu un pavé dans la mare des écrivains qui concoctent une énigme sur laquelle tout le monde se casse les dents sauf l'enquêteur récurrent d'un auteur de romans policiers. Et sa solution ne souffre d'aucune contradiction. Or dans la vie, ce n'est pas toujours ainsi que cela fonctionne, et les déductions, parfois hâtives, qui désignent un coupable ne sont pas forcément celles qui s'inscrivent dans la réalité. Certaines affaires le démontrent d'ailleurs des années plus tard, et encore de nos jours.

Ces détectives en herbe ne se contentent pas de triturer leurs petits cellules grises. Ils vont sur le terrain et rencontrent les mêmes témoins ou presque. Seulement ils ne posent pas les mêmes questions et leurs conclusions divergent.

Anthony Berkeley était novateur alors que S.S. Van Dine édictait ses règles pour écrire un roman policier, règles qui ne pouvaient se transposer que dans une utopie littéraire. Il détourne les règles comme le fit quelques années avant lui Agatha Christie puis le fera ensuite John Dickson Carr, mais en utilisant des précédés différents.

Anthony Berkeley fonde le Detection Club en 1930. Cette association d'auteurs britanniques accueille en son sein des romanciers tels que Agatha Christie, Dorothy L. Sayers, G. K. Chesterton, Freeman Wills Crofts, John Rhode et la Baronne Orczy, est quasiment calquée sur le Detective's Club mis en scène dans Le Club des Détectives. Un roman, dont chaque chapitre est écrit par un auteur différent, sera écrit et publié sous le nom d'Amiral flottant sur la rivière Whyn, plus connu sous le titre d'Amiral flottant tout court.

Réédition Collection Le Masque n°1783. Editions Librairie des Champs-Élysées. 1985.

Réédition Collection Le Masque n°1783. Editions Librairie des Champs-Élysées. 1985.

Anthony BERKELEY : Le club des détectives (The poisoned Chocolate Case - 1929. Traduction de M Faure).

Première édition : coll. Le Domino noir no 4. Éditions Alexis Redier. 1931.

Réédition Collection L'Énigme. Editions Hachette. 1947. 192 pages

Réédition Collection Le Masque n°1783. Editions Librairie des Champs-Élysées. 1985.

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commentaires

hellrick 06/07/2017 10:09

Excellent roman, très plaisant et plein d'humour, à rapprocher (quelque peu) de "Trois détectives" de Bruce, "Trop de détectives" de Sadoul et de "Meurtres dans un manoir anglais" d'Halter.

Un super divertissement assuré!

Oncle Paul 06/07/2017 16:15

J'ai eu plaisir à le relire pour rédiger cette chronique et dans la tête trottinait le titre de John Dickson Carr : Les neuf mauvaises réponses. Mais cela fait très longtemps que je l'ai lu et il me faudrait le relire pour me rendre compte si effectivement il y a corrélation ou pas.

Xavier Lechard 05/07/2017 12:30

Beau billet, à la hauteur d'un livre que je ne vois pas comment qualifier autrement que de chef-d'oeuvre. Berkeley est à mon sens le plus subversif des auteurs anglais de l'époque, toujours à torpiller les conventions du genre en loucedé tout en y restant suffisamment fidèle pour faire passer la pilule. Il est dommage qu'il ait cessé d'écrire après 1939, à un moment où les vieilles règles qu'il dénonçait commençaient à tomber en désuétude; peut-être en avait-il besoin après tout?
Voilà en tout cas un autre auteur et un autre livre que l'on aimerait bien voir rééditer chez nous. Ils le sont outre-Manche, où la récente édition du Club des Détectives sous les auspices de la British Library comporte deux solutions alternatives supplémentaires, l'une écrite par Christianna Brand dans les années 80 et l'autre par l'actuel président du Detection Club, Martin Edwards, spécialement pour l'occasion. Mine de rien, Berkeley a écrit le seul polar qui peut être prolongé à l'infini - il aurait dû postuler pour l'Oulipopo!

Oncle Paul 05/07/2017 14:59

Merci pour le compliment
Pour le reste, mais comme bien des romanciers, il y a l'homme et il y a ses écrits. Et je m'attache surtout aux écrits, Mais en France, il n'existe pas des Berkeley, pour l'attitude ?

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