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3 mai 2017 3 03 /05 /mai /2017 05:28

Mon amour est parti avec les abeilles
Dans les grottes de Rocamadour

Adaptation libre de la chanson de Gérard Blanchard.

V. VALEIX : Echec à la Reine.

Ayant hérité de ses grands-parents une vieille maison près de Rocamadour, Audrey Astier, qui vivait auparavant en région parisienne, est devenue en peu de temps une apicultrice renommée, et elle est même reconnue comme consultante, prodiguant conseils et recherchant des méthodes de travail efficaces afin d'assurer la sauvegarde de ses chères butineuses.

Elle s'occupe de sa quarantaine de ruches, elle prépare son miel et élabore également des préparations apithérapiques, produits qu'elle revend jusqu'en Chine à monsieur Wang par l'intermédiaire d'un neveu de celui-ci qui réside dans la région. Elle aide également d'autres apiculteurs qui vivent près de chez elle dont Janissou Laborde, dit le Papé.

Elle revient de Tasmanie et c'est l'occasion de comparer les différentes races d'abeilles avec justement le Papé qui lui téléphone pour lui narrer les dernières nouvelles et lui demander de passer le voir car il doit lui annoncer une merveilleuse nouvelle, selon les propres dires du vieux monsieur. Il se réclame de la vieille école portée sur la tradition tout en essayant d'enrayer l'effondrement des colonies et croisant divers écotypes de la race européenne (c'est ce qui émane de leur échange téléphonique). Il se plaint également que l'un des apiculteurs de leurs connaissances, Denis Bouyssou, dont le rucher avait été atteint de la maladie de la loque américaine et qui avait pourtant bénéficié des aides de ses confrères, se soit montré laxiste et dont les ruches pâtissent à nouveau de ce fléau. Donc il a trouvé parait-il une solution en matière de sauvegarde et l'invite à venir dîner le lendemain. Auparavant ils se rendront chez Bouyssou, puis elle l'aidera à récolter.

Le lendemain, Audrey se rend donc, avec sa deudeuche, au hameau de l'Hospitalet chez le Papé, mais personne n'est là pour l'accueillir. Audrey se renseigne auprès d'Aby, jeune Américaine et proche voisine de Janissou, mais celle-ci ne sait tien. Elle était occupée à traire ses chèvres et à fabriquer son fromage. Elle s'introduit dans l'habitation de son ami et trouve une lettre adressée à son intention. Elle la déchiffre et c'est à ce moment que frappe à la porte Ludovic, un petit Parisien mutique de huit ans qui traîne avec lui Major, le chien du Papé.

Alors qu'elle se décide à téléphoner à Lebel, le chef de la gendarmerie locale, de nouveaux coups retentissent sur la porte. Il s'agit de Denis Bouyssou qui lui aussi s'inquiète, n'ayant pas de nouvelles du Papé qui devait se rendre chez lui pour examiner ses abeilles. Et sans gêne aucune, il demande si éventuellement il ne pourrait pas récupérer tout ou partie du rucher du Papé. Il est vrai que depuis le départ de Justine, sa femme, avec un autre homme, Denis Bouyssou ne tourne pas rond car il l'est presque continuellement à cause des petits verres qu'il s'enfile.

L'appel téléphonique à Lebel, le gendarme, tourne court. Il est parti en Bretagne et a été remplacé par un Alsacien, Steinberger, événement qu'elle avait occulté lors de son voyage en Tasmanie. La journée n'est pas finie qu'un jeune homme se réclamant comme Pèlerin de Compostelle arrive quémandant une chambre. Virginio Rossi, ainsi se présente-t-il, est muni de sa créanciale visée en bonne et due forme, et même s'il n'est pas inscrit sur le registre des réservations, elle lui propose de rester, il y a une chambre de libre. Elle-même va passer la nuit dans la chambre de Charles, le fils décédé du Papé.

Dans le lit, avant de s'endormir, Audrey relit la prose de Janissou. Il écrit qu'il est atteint d'une maladie incurable, qu'il part sur le chemin de Compostelle, et qu'il lègue toutes ses ruches à l'Apis Dei, une fondation au service des Abeilles. Audrey n'est guère convaincue car des éléments dans cette lettre sont en contradiction avec ce que disait ou faisait Janissou. Durant la nuit, elle entend du bruit et descend pour trouver Virginio qui se promène dans la maison, arguant qu'il s'est trompé, ne retrouvant pas le chemin des toilettes.

Audrey se rend à la gendarmerie mais le lieutenant Steinberger refuse de prendre en compte sa déposition sur la disparition mystérieuse de Janissou. Seulement les événements vont se précipiter. Denis Bouyssou décède dans des conditions bizarres. Il est vrai qu'il ne prenait guère de précautions pour se rendre près de ses butineuses, perturbé qu'il était. Alors elle décide de faire appel à Lebel, l'ancien responsable de la gendarmerie qui va enquêter de son côté. Steinberger accepte d'effectuer lui aussi quelques recherches, officieusement. Et c'est ainsi qu'Audrey et le lieutenant de gendarmerie vont se lancer sur les traces de Janissou. Audrey découvre notamment chez Bouyssou un coffret contenant une belle somme d'argent et une bague de grande valeur, qu'un inconnu qui vitupère contre le niakoué inspecte les ruches du Papé, que Major est blessé par ledit inconnu, qu'Audrey ne peut l'empêcher de s'enfuir, qu'elle trouve le lendemain une gourmette au nom d'Olivier et qu'elle trouve dans les affaires du Papé une trentaine de lettres, des envois s'échelonnant depuis une trentaine d'années et qui font référence à des événements remontant aux derniers mois de la Seconde Guerre mondiale.

Plusieurs pistes se dessinent avec pour au moins deux d'entre elles les abeilles et les recherches du Papé : celle de monsieur Wang, celle de l'Apis Dei, des laboratoires qui sont contre les remèdes naturels, et celle d'une vengeance d'anciens résistants. D'autres éléments interfèrent et l'épilogue, mouvementé, confine à un ésotérisme lié aux abeilles tandis que des drames se jouent dans certaines chaumières, et autres édifices, ainsi que dans les grottes de Rocamadour.

 

Bien entendu, ce sont les Abeilles, ces travailleuses infatigables, qui sont au centre de l'intrigue. Et l'auteure, elle-même spécialiste de l'apiculture et de ses dérivés, ne tarit pas d'explications sur le travail des apiculteurs, sur celui des abeilles, sur l'effondrement des butineuses, sur l'importance de l'apithérapie, sur l'écologie en général et l'importance des hyménoptères. Pédagogique, pour autant ce roman n'est jamais ennuyeux.

On suit les démêlés entre Audrey, cette jeune femme qui s'est reconvertie avec bonheur en zone rurale, et le lieutenant Steinberger qui traîne comme un boulet sa participation à la guerre en Afghanistan et ressasse des souvenirs macabres et familiaux.

Mais ce roman joue sur les contradictions, un peu sur le fil du rasoir : doit-on être pour ou contre l'hybridation, de la flore ou de la faune, rester dans la règle de la pureté d'une race (on connait les préceptes nazis) et se résoudre à un dépérissement, comme pour les plantes ou les animaux qui peuvent à la longue être victime de consanguinité et dépérir, ou accepter des modifications et se trouver dans un engrenage type OGM. La question est posée, pas en ces termes, mais les réponses ne peuvent qu'être ambigües.

V. VALEIX : Echec à la Reine. Crimes et abeilles N°1. Editions du Palémon. Parution le 10 mars 2017. 384 pages. 10,00€.

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