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4 mai 2017 4 04 /05 /mai /2017 04:59

Le mieux pour éviter les pièges, c'est de dormir la nuit...

Nick TOSCHES : Les pièges de la nuit

Dans le quartier italien de Brooklyn à New-York, Louie exerce, si l'on peut parler de profession, un travail particulier qui aurait dû l'enrichir, mais les aléas de la vie ont voulu qu'il vit honorablement, sans plus.

Il prête de l'argent à des taux usuraires, mais ses débiteurs sont bien obligés de passer par lui, ou par l'un de ses confrères qui sont souvent moins regardant que lui. Il ne leur met pas le couteau sous la gorge, et certains oublient de le rembourser.

Il tâte aussi de la loterie parallèle, en marge de la loterie organisée et officielle, et parfois cela peut rapporter. Et il traîne de bar en bar, pour ses petites affaires qui ne peuvent avoir de bureau avec pignon sur rue. Et c'est dans l'un de ces troquets, celui où il possède ses habitudes, qu'il entend une conversation ayant pour rapport un certain Joe Brusher, un tueur notoire et un homme nommé Il Capraio. Ce qui met la puce à l'oreille de Louie, car Il Capraio est un vieux de la vieille dans le quartier, a des démêlés avec Giovanni, le grand oncle de Louie qui s'est retiré à Newark.

Tout en continuant ses bricoles, Louie en informe Giovanni qui médite une parade. L'argent rentre et entre deux petits arrangements avec les chiffres du loto et prêts à taux usuraires, Louie passe son temps avec Donna Lou. Une liaison sulfureuse, mouvementée, intense et houleuse, passionnée et intermittente.

Louie se dégote une nouvelle occupation, un nouveau moyen pour placer de l'argent, et fructifier sa mise de fonds. Il s'associe avec Goldstick propriétaire d'un PeepShow qui passe des petites annonces dans un journal spécialisé. Goldstick réalise et vend des films pornographiques via sa boutique Rêves & Co, et cela peut s'avérer une affaire juteuse auprès d'amateurs de fantasmes qui n'hésitent pas à payer cher pour voir leurs rêves se réaliser sur pellicule. Du moins c'est ce que pense Louie qui n'hésite pas à investir.

Mais pour autant les démêlés obscurs entre Il Capraio et son oncle Giovanni prennent un tour funeste.

 

Cette histoire, qui est plus un reportage sur la petite truanderie italienne de New-York qu'une véritable intrigue, pèche par un manque de rigueur. Peut-être est-ce dû à une traduction tronquée, d'autant plus que les scènes torrides de sexe sont exploitées. Il est vrai que cet ouvrage est publié sous les auspices de Gérard de Villiers, mais les autres romans de la collection ne souffrent pas d'une telle obsession dans le salace. Il faudrait pouvoir lire le texte dans sa version originelle.

Tout tourne autour, ou presque des chiffres, du Loto et des taux usuraires, chiffres largement commentés, décrits, expliqués. Et la guerre, entre deux vieillards, d'origine italo-albanaise, n'est présente que parcimonieusement, même si elle est le fond même de l'histoire.

Si l'on peut effectuer des rapprochements stylistiques et d'inspiration avec notamment pour les romanciers de la même époque avec Robin Cook (le Britannique) et Lawrence Block (avec notamment Huit millions de morts en sursis), je pencherais plutôt vers les grands anciens de la littérature noire américaine, avec les romans de gangsters et d'atmosphère écrits par William Riley Burnett ou Marvin H. Albert, la rigueur de l'intrigue en moins.

Toutefois certaines réflexions émises par Louie ou Il Capraio valent le détour.

Ainsi Louie donne sa version de l'esclavage à Donna Lou :

Les Noirs et les Blancs ont toujours fait la guerre, profitant de toutes les occasions pour réduire l'autre en esclavage. Et ne t'imagines surtout pas que l'esclavage c'est du passé. Il n'y a que l'emballage qui change. Celui qui trime toute sa vie pour payer son loyer et remplir son assiette n'est rien d'autre qu'un esclave, même si chaque mois son maître lui donne quelques billets qu'il sera obligé de rendre aussitôt pour payer son loyer et remplir son assiette. Bien sûr on peut toujours se racheter, tu diras. Mais c'est bien ce que faisaient les esclaves : ils avaient toujours droit de racheter leur liberté avec de l'argent.

Quant à Il Capraio, il possède sa petite idée sur le trafic de drogue et la légalisation des produits illicites :

La loi, c'est pas toujours logique. Les juges ne veulent pas forcément en finir avec le crime. Ils ont un intérêt dans la came, tout comme les médecins ont un intérêt dans le cancer, et comme les pompes funèbres ont un intérêt dans la mort. C'est leur pain quotidien. C'est pour ça que je ne pense pas qu'il la légaliseront. Ça résoudrait trop de problèmes. Et ça ferait perdre pas mal de fric à pas mal de gros bonnets.

Un premier roman, un peu décevant, et la traduction signée en Série Noire est-elle plus proche de la version américaine, même si le titre de la collection Polar USA, est plus proche du contexte ? La différence de pagination est minime, si l'on considère que les caractères d'imprimerie de Les pièges de la nuit sont assez relativement petits.

 

Chronique publiés dans le cadre du challenge Auteur du mois du site Lecture/Ecriture.

Réédité sous le titre La Religion des ratés dans une nouvelle traduction de Jean Esch. Collection Série Noire no2437. Parution 15 octobre 1996. 272 pages.

Réédité sous le titre La Religion des ratés dans une nouvelle traduction de Jean Esch. Collection Série Noire no2437. Parution 15 octobre 1996. 272 pages.

Réédition collection Folio Policier N°163. 304 pages. Parution 25 mai 2000. 7,70€.

Réédition collection Folio Policier N°163. 304 pages. Parution 25 mai 2000. 7,70€.

Nick TOSCHES : Les pièges de la nuit (Cut numbers - 1988. Traduction de Jean-Loup Coinus). Collection Polar USA N°30. Editions Gérard de Villiers. Parution janvier 1990. 256 pages.

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commentaires

Yv 07/05/2017 17:45

Salut Paul,
J'ai lu le même, j'ai bien aimé avec quand même quelques bémols, mais je dois dire que je suis beaucoup moins connaisseur du roman noir étasunien que toi.
Amicalement,

Oncle Paul 07/05/2017 17:55

Bonjour Yv
Connaisseur, c'est vite dit, mais ce premier roman m'a semblé banal et surtout axé sur les chiffres. L'intrigue en elle même passe à côté même si le final est bien amené, pour moi.
Amicalement

Sibylline 04/05/2017 10:53

Merci pour la fiche! ;-) Surtout que je vois que tu ne t'es pas franchement régalé

Oncle Paul 04/05/2017 15:47

Disons que l'intrigue se réduit à la grosseur d'une nouvelle, le reste n'est que remplissage...

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