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30 mai 2017 2 30 /05 /mai /2017 05:35

Ainsi font font font les jolies petites menottes, ou les bienfaits des dictées...

Frank KLARCZYK : Mort point final.

Si votre copine, ou votre femme, vous attache les poignets aux montants du lit avec des menottes, ne croyez pas forcément qu'il s'agit d'une nouvelle figure du kamasoutra...

Paul Catard, lorsqu'il se retrouve enchaîné par sa maîtresse Mélanie Vasseur, lieutenante de police, croit assister à une séance inédite alors que la nuit avait déjà été mouvementée. Les draps s'en souviennent encore. Mais Mélanie s'éclipse, le laissant scotché, les poignets menottés. Après de nombreux efforts il parvient à se libérer du sparadrap collé sur la bouche et à ameuter le voisinage.

Les policiers n'en reviennent pas, et lorsque le capitaine Vigeois, du commissariat d'Antony, recueille le récit du jeune homme c'est pour se demander s'il n'est pas en face d'un affabulateur, d'un mythomane. Pourtant Paul Catard est formel, tout ce qu'il a à déclarer est véridique.

 

Quelques années auparavant Mélanie a vécu une expérience douloureuse alors qu'elle était dans un lycée à Brive.

La journée aurait pu débuter normalement, comme d'habitude, avec les sempiternels accrochages entre élèves, les petites jalousies féminines, les réflexions désagréables dans la cours de récréation, avant de rejoindre les bancs de la classe de Deuxième C.

Leur professeur de français semble abattu, et pour Maryline, ce sont deux heures mortelles qui se profilent. Elle ne pensait pas si bien dire. M. Bernard, dont la vie familiale s'est réduite à sa plus simple expression depuis son divorce et le départ de son garçon lorsque celui-ci a atteint sa majorité, vit seul et n'a pour unique viatique que sa passion pour la langue française et ses livres. D'ailleurs ce matin-là, il entame son cours avec une référence à Marche ou crève de Richard Bachman, alias Stephen King. Mais la dictée qu'il leur propose sera un passage du livre de Dante, et c'est bien l'Enfer qui se profile.

La référence à Marche ou crève n'est pas anodine. Tout de suite les élèves savent qu'il ne s'agit pas d'une partie de plaisir : une faute, un avertissement. Deux fautes, et le, ou la, récidiviste sera abattu au sens littéral du terme. Et pour bien faire comprendre qu'il ne s'agit pas d'une figure de style, M. Bernard sort de son cartable un revolver muni d'un silencieux.

Deux heures qui vont être longues, pénibles, stressantes, mortelles...

 

En ce matin donc au cours duquel Vigeois auditionne les révélations sur sa lieutenante qui malgré son traumatisme a réussi à intégrer les effectifs de police, une information qui leur parvient tend à confirmer les propos de Paul Caltard. Cela ne fait que trois ou quatre mois qu'il connait Mélanie et il en est amoureux fou. Peut-être est-ce pour cela qu'elle s'est confiée en partie à lui. Mais il n'est plus question de débattre de leurs ébats, car la situation est grave. Pas encore désespérée mais cela ne saurait tarder si Vigeois et ses hommes ne prennent pas le taureau par les cornes. Un attentat est programmé au parc de la Légion d'honneur à Saint-Denis, et la cible serait une personnalité importante, très importante même. L'heure n'est plus à la discussion mais à l'action.

 

En un peu plus de 180 pages, là où il en faut 400 à 500 à Stephen King, Frank Klarczyk parvient à instiller une atmosphère d'angoisse parfois insoutenable, un suspense parfaitement maîtrisé pour une intrigue habilement décrite et écrite. Les passages constituant la demi-journée tragique avec M. Bernard en chef d'orchestre meurtrier, s'insèrent dans les quelques heures entre lesquelles Caltard est découvert nu sur le lit et le dénouement qui laisse au lecteur le soin de se forger lui-même son propre épilogue.

C'est tout le système de l'éducation nationale qui est mise en cause, ou plutôt les décisions, souvent aberrantes, qui sont prises en haut-lieu par des personnes qui n'ont jamais travaillé dans cette institution mais se permettent d'en changer les règles selon leur bon vouloir et surtout afin de laisser un nom avec de nouvelles réformes qui de toutes façons seront probablement abandonnées lors d'un nouveau gouvernement.

Et pendant ce temps ce sont les enseignants, et bien entendu les étudiants, les scolaires en général qui en subissent les conséquences.

Mort point final, d'accord, mais point de temps mort dans ce roman enlevé, prenant, dramatique, et oserais-je écrire, éducatif.

 

Frank KLARCZYK : Mort point final. Collection Plumes noires N°3. Editions Lucien Souny. Parution le 6 mai 2017. 190 pages. 6,50€.

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commentaires

Alex-Mot-à-Mots 31/05/2017 09:36

Un court roman intelligent, je suis toujours preneuse.

Oncle Paul 31/05/2017 14:31

Ne te prive pas, il est vraiment intéressant !

Nathalie 30/05/2017 13:58

Je sens que je vais l'offrir et me l'offrir !
Merci

Oncle Paul 31/05/2017 14:30

Une idée de cadeau originale, surtout avec les examens de fin d'année...

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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