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3 mars 2017 5 03 /03 /mars /2017 09:41

Avoir un bon copain...

Jean FAILLER : Les mécomptes du capitaine Fortin.

Mais parfois, cela entraîne le dit copain dans une galère dont il aura du mal à se dépêtrer.

Ainsi le capitaine Jean-Pierre Fortin, Jipi pour les intimes, policier au commissariat de Quimper, ne pensait certes pas que le coup de main qu'il donne à son ami Béjy va se retourner contre lui.

Fortin réglait en compagnie de Béjy, qui outre être pompier est également président du club d'archéologie sous-marine, un problème de moteur sur le bateau du club, lorsque son copain reçoit un appel téléphonique de sa femme. Leur fille Fabienne, âgée de quinze ans, vient de faire le mur, montant à bord d'une voiture de sport. Le conducteur n'est autre que le fils du chirurgien, bien connu des services de police car il s'amuse à revendre de la drogue au lycée. Le père a écrasé le coup grâce à ses relations, mais pour Fortin Fabienne est sûrement embarquée dans quelque chose qui ne sent pas bon. Pas bon du tout même.

Et Fortin se rend immédiatement en compagnie de Kermanach, où est située la villa du chirurgien. Une vingtaine de voitures de sport sont déjà garées dans le parc et la fête bat son plein. Une fête consciencieusement arrosée comme il se doit, entre jeunes filles et jeunes gens de bonnes familles qui s'adonnent à ce que dans le grand monde autrefois on appelait une soirée libertine, de nos jours une partouze et dans certains quartiers une tournante. Mais toutes les jeunes filles, et gamines comme Fabienne, ne sont pas d'accord, mais que peuvent-elles faire sous la loi du nombre. Crier ? Oui, et ce sont justement ces cris qui alertent Fortin et Béjy lorsqu'ils arrivent devant la demeure.

Une bagarre éclate entre Fortin et Béjy, et quelques membres mâles de cette petite sauterie. Ils sont pris à partie par un gros bras qui veut montrer qu'une batte de base-ball n'est pas uniquement un instrument pour taper dans une balle. Fortin reçoit un verre d'alcool en pleine figure ce qui ne lui éclairci pas les idées, et la bagarre devient générale. C'est à ce moment que surviennent les gendarmes et qu'au cours de leur perquisition ils découvrent allongée mollement dans la baignoire d'une des salles de bain de l'étage une femme défunte d'une trentaine d'années. Et cette mort est suspecte.

Donc, outre un agent de sécurité, un programmateur de musique (disc-jockey en français), dans ce gentil tohu-bohu il y avait donc cette femme qui après vérification d'usage de son identité s'avère être Germaine Durant plus connue dans le petit monde des nuits parisiennes sous l'appellation de Jessica Baccara, répertoriée comme hôtesse d'accueil. Pour une partie fine entre adolescents, cela fait quand même pas mal de trentenaires, et pas des meilleures relations.

Fortin convaincu d'agression, et de plus son corps dégageant quelques effluves d'alcool, est arrêté par les Bleus. Et son statut de capitaine de la police n'y fait rien. Il s'est trouvé au mauvais endroit au mauvais moment. Et son commissaire ne peut rien faire sauf que de le suspendre, voire le révoquer. Et ça le lieutenant Mary Lester ne veut pas en entendre parler. Alors elle prend la défense de son ami Fortin, et enquête sur les brisées de la gendarmerie, ce que n'apprécie pas l'adjudant-chef Cotten. Un gars borné, pour qui le règlement est la Bible sacrée du gendarme, sa tacata-tactique, à laquelle il ne faut déroger sous aucun prétexte.

 

Mary Lester est une battante qui sent qu'un coup fourré s'est préparé insidieusement et dont Fortin se trouve être la victime. Elle se doute d'où cela peut venir mais pour cela elle doit mener ses investigations. Et elle sent que Bejy n'est peut-être pas net dans cette affaire. Peut-être.

Elle va demander la coopération de Passepoil, un policier spécialiste de l'informatique et non pas l'un des compères de Lagardère, afin d'effectuer des recherches, s'adjoindre, en remplacement de Fortin, Gertrude, une forte femme dans tous les sens du terme. Mais une autre jeune femme décède dans des conditions qui demandent une enquête, et cela conforte Mary qu'elle se trouve sur la bonne piste. Elle va notamment se rendre du côté de Châteaulin dans une ferme, obtenir l'aide d'un ornithologue amateur, faire jouer quelques relations.

 

Déjà trente-neuf romans (ne pas se fier à la numérotation car il existe des volumes doubles) que Jean Failler a consacrés à Mary Lester et je n'en avais encore jamais lu un. Une carence que je vais combler car j'ai été conquis par, non seulement cette histoire, mais également par Mary Lester, et le côté humaniste de l'auteur. Et les quelques références placées ici ou là dans l'ouvrage à propos d'affaires précédentes m'y incitent fortement.

Si le personnage de Mary Lester est attachant, c'est le côté humain qui prédomine. Outre les antagonismes existant entre les Bleus et les policiers sont particulièrement intéressants, le côté strict des uns mettant en valeur le côté plus indiscipliné pour la bonne cause des autres. Enfin pas tous, car il y a quand même quelques réticences de la part des supérieurs de Mary Lester, et tous les gendarmes ne sont pas bornés, étroits d'esprit comme Cotten.

Sont mis en évidence également les difficulté des paysans, des agriculteurs bretons, par le biais d'une famille qui se retrouve ruinée, pour des agriculteurs j'aurais pu écrire fauchés, obligés de s'endetter pour mettre leurs installations aux normes. Le paysan n'a pu faire face à la crise, de la chute des cours des prix, n'a pas pu bénéficier de la largesse des banques qui ne prêtent qu'aux riches, et ce fut la dégringolade, le refuge dans l'alcoolisme.

Rien de misérabilisme, mais une vision impartiale et poignante de ce que peuvent vivre de nombreux cultivateurs et éleveurs, dans un marché tourné vers l'international, et qui ne marche que par une productivité à outrance pour peu de bénéfices. Quant il y en a. Ce n'est pas un réquisitoire, mais un constat amer.

Un roman agréable à lire et à méditer, et je sais que bientôt je vais retrouver Mary Lester dans des aventures précédentes puisque je possède quelques ouvrages que je n'avais pas lus, pour des raisons que je ne saurais préciser.

Jean FAILLER : Les mécomptes du capitaine Fortin. Collection Mary Lester N°45. Editions du Palémon. Parution le 21 octobre 2016. 320 pages. 10,00€.

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