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29 mars 2017 3 29 /03 /mars /2017 08:59

Comme le Dormeur du val d'Arthur Rimbaud ?

Jacques BABLON: Nu couché sur fond vert.

Se côtoyer au travail et s'ignorer, cela arrive souvent.

Ainsi Margot, mariée et mère de famille de trois filles. Ainsi Romain, célibataire au passé nébuleux. Tous deux sont policiers, et un jour ils se découvrent un penchant pour la santé d'un ficus végétatif, atteint d'une invasion d'araignées rouges, dans l'entrée du commissariat. Ils s'en occupent, plus ou moins, surtout Romain qui se prend d'une passion horticole insoupçonnée.

Un jour Romain invite Margot à dîner, juste comme ça, pour le plaisir, ou pour changer des habitudes. On ne dira jamais assez le bienfait procuré par le voisinage des plantes. Margot parle d'elle et de son ménage, très peu, et Romain se confie un peu plus, sur sa jeunesse.

Romain a perdu son père à l'âge de six ans, d'un accident, puis sa mère l'a abandonné, pendant trois ans, et il s'était cru orphelin. Un incident de parcours, un de plus.

Margot est devenue policière en contradiction avec l'éducation qu'elle a reçue sans l'avoir demandée. L'esprit de contrariété.

Margot et Romain se retrouve incidemment dans une boutique bio. Enfin il l'a vue entrer dans la boutique et comme par hasard ils se retrouvent nez à nez. Romain se confie un peu plus sur sa prime jeunesse. En réalité le père de Romain n'est pas mort d'un accident, mais d'un meurtre, ce qui change la donne profondément. Et c'est pour retrouver l'assassin de son père que Romain est devenu un policier. Un simple policier, d'accord, mais au moins il a un pied dans la maison. Et depuis il n'a guère avancé.

Rentrée chez elle Margot se balade dans les arcanes d'Internet à la recherche du passé des parents et grands-parents de Romain. C'est comme si une épidémie avait décimé la famille de Romain, dont seul le père, alors un adolescent, avait survécu pour être ensuite assassiné. Une famille à qui l'argent n'a pas fait le bonheur

Margot, dont le ménage est en déliquescence, se jette comme une affamée tandis que Romain est aux prises à une affaire personnelle. Son coéquipier Ivo, un chien fou, est décédé dans un accident de la circulation provoqué par des grossistes de drogue, tandis que lui-même est grièvement blessé, se remettant petit à petit dans un hôpital. Au début, il est meurtri dans ses chairs, mais à force de courage il arrive à remonter la pente, cachant même à tous et surtout à Margot qu'il a recouvré ses moyens physiques. Il se met en chasse et coince les meurtriers puis il donne sa démission, préférant se réfugier dans son immense chalet montagnard.

 

On entre dans ce roman comme si on assistait à une projection de diapositives défilant à un rythme soutenu. Parfois elles possèdent ces interférences, des décalages. Le parcours de Romain, son enfance jusqu'à ses six ans, dans le cocon familial, surtout près de son père car sa mère cinéaste est accaparée par des tournages, est placé en incrustation dans les différents avatars que connaissent Margot et Romain dans leurs enquêtes respectives.

La tension monte progressivement, d'un côté alimentée par les recherches couronnées plus ou moins de succès de Margot qui remonte le fil du temps et pense mettre une identité sur la personne à l'origine de la mort du père de Romain, de l'autre par les prospections de Romain concernant les auteurs du carambolage qui a coûté la vie d'Ivo et l'a obligé à se mettre pendant un certain temps en marge de son travail.

Une leçon de courage et de patience pour ce faux couple atypique de policiers qui se fréquentent et peu à peu nouent des relations qui ne sont plus uniquement professionnelles.

Tout s'enchaîne inexorablement jusqu'à un final éblouissant et quasi apocalyptique. L'amitié est l'un des ressorts principaux de cette histoire qui ne ménage pas le lecteur, avec des pointes de tendresse procurées par des enfants dont l'adolescence est marquée familialement ou physiquement.

 

Curiosités :

Il n'est pas bon parfois d'assister à des invitations, des vins d'honneur, des cocktails amicaux, car les boissons avalées conjuguées aux petits fours gobés avec voracité pour éviter à devoir se préparer un repas chez soi, se traduisent par des dysfonctionnements verbaux. Ainsi peut-on lire page 62 : une femme, perchée sur des escarpins façon Louboutin, ouvra un four où elle aurait pu mettre le poing.

Quant à Romain, lorsqu'il déclare à Margot : Ma mère a 45 ans, elle voyage dans le monde entier, on peut supposer qu'il s'agit de sa part d'une forme de galanterie. En effet le meurtre de son père, remonte à vingt-cinq ans alors qu'il avait six ans. Donc par le mode déduction on peut affirmer qu'au moment où il s'exprime ainsi, Romain a trente et un ans. Donc sa mère aurait enfanté à quatorze ans. Ce qui n'est pas impossible en soi, mais avoir réalisé au même âge un film, relève de la pure utopie. Allez, on ajoutera une dizaine d'années supplémentaires à la mère de Romain, et on n'en parlera plus.

 

Jacques BABLON: Nu couché sur fond vert. Polar Jigal. Editions Jigal. Parution 15 février 2017. 216 pages. 17,50€.

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commentaires

Yv 31/03/2017 17:09

Salut Paul
des erreurs minimes que l'on pardonne, parce que le livre est vachement bien, comme tous ceux de Jacques Bablon.
Amicalement

Oncle Paul 31/03/2017 17:44

Bonjour Yv
C'est vrai. Je reconnais, c'est un petit défaut que je possède, relever des erreurs, mais cela n’entache en rien le talent de Bablon et la force de son récit. Mais les correcteurs et relecteurs ne sont plus ce qu'ils étaient...

Alex-Mot-à-Mots 31/03/2017 14:07

Les cocktails et autres soirées pince-fesses sont donc dangereuses à ce point là ?

Oncle Paul 31/03/2017 14:23

Pour l'élocution, oui. Pour le reste, c'est selon....

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