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27 mars 2017 1 27 /03 /mars /2017 08:49

Pérégrinations et caraudes en Obscurie en

compérage de Clincorgne, le bigle, et de Jodok,

le blondin...

Illustration de couverture : Johann Bodin

Illustration de couverture : Johann Bodin

Les deux échalas, Clincorgne le louchon et Jodok le charmant, dont nous avons fait la connaissance et suivis les aventures mouvementées et humides dans L'Or et la Toise, sont arrivés en frontière de Fagne et d'Obscurie, plus grands et dégingandés que jamais.

Clincorgne ne pense qu'à l'or qu'ils ont récupérés, mais qui recouvre actuellement Renelle la sorcière, la transformant en statue encombrante. Jodok lui est moins chargé, sa gourde contenant toutefois la belle Candorine qui pour avoir trop voulu se baigner dans les eaux pesteuses s'est tout d'abord prise pour un poisson puis s'est transformée en flaque d'eau. Jodok a récupéré la flache tout en se demandant s'il n'a pas oublié quelques gouttes, une omission qui serait dommageable pour la reconstitution éventuelle de Candorine.

Ne pouvant emmener avec eux la statue dorée de Renelle, ils la jettent dans le marécage et partent à la découverte du pays d'Obscurie, moins mouillé que Fagne, mais qui recèle quelques dangers qu'il leur faudra surmonter. Leur but final étant de retrouver où se terre Vorpil, l'emplumeur, le sorcier à l'origine des déboires de Fagne, afin de lui mander quelque sortilège. Ils sont à la recherche d'un charriot mais se dresse devant euxune gamine, Quiquine, une rouquine dont le visage est parsemé d'éphélides comme si elle avait regardé le soleil à travers un tamis et dont les tétins n'ont pas encore germé mais qui raisonne telle une adulte.

Elle accompagne les deux flandrins à la recherche d'une charrette en les mettant en garde contre les calamités humaines qui peuvent se dresser sur leur chemin. Les Vampires, des morts-vivants qui ne pensent qu'à sucer le sang des habitants d'Obscurie, et les sans-yeux, qui se cachent dans des pertuis, quand ils le peuvent, tel Fargouille dont ils font la connaissance dans une cabane où Quiquine la rovelaine les a entraîné. Les sans-yeux sont agressifs sauf lorsqu'ils ont à portée de pognes des serinettes ou des clavecins.

Pendant ce temps, Renelle recouvre une partie de ses moyens et parvient à se débarrasser de sa gangue dorée. Sa crasse et sa surcharge pondérale sont toujours omniprésentes, mais elle y est tellement habituée que cela ne gêne que ses compérages. Les autres, s'ils y voient un inconvénient, n'ont pas le temps de le dire car elle est au cœur d'une échauffourée mettant aux prises Vampires et Epouilleurs. Et elle va suivre un membre des assaillants, n'ayant pas d'autre solution.

Dame Elvège, habite une prétentieuse demeure, un château où elle pourrait vivre des jours tranquille parmi sa mesnie, mais les Vampires ne la laissent pas en repos. Et alors qu'elle s'est réfugiée dans une pièce, un refouloir, la protégeant momentanément des attaques des suceurs de sang, son castel est la proie des flammes. Jodok et Clindorgne arrivent au bon moment, pour la sauver et récupérer un charreton. Ils arrivent en vue d'un moutier dédié à Vivux, le fils d'un Dieu qui mourût écartelé en plein vol par des aigles tenant ses abattis. Ils sont accueillis par une nonette puis la supérieure acariâtre. Les hommes ne sont pas acceptés en général, mais Jodok et Clincorgne seront nourris et logés dans la vacherie s'ils se montrent utiles, en coupant du bois par exemple.

Renelle continue son petit bonhomme de chemin, suivie par un exsanguineur, un suce-sang, et ils s'arrêtent pour aider un marquis dont le coche vient de perdre une roue. Renelle ne perd pas la tête et grâce à ses pouvoirs, répare le carrosse et en route, voilà la sorcière qui se présente comme une marquise, elle ne doute de rien, et est invitée en le manoir de Sylbin. Même si elle n'a pas recouvré toutes ses potentialités et n'a guère l'habitude de s'exprimer en langue châtiée, elle se débrouille pour être sustentée et décrassée. Mieux elle va accepter d'offrir son divertissoire au marquis dont le suspensoir, ou la quenouille si ce vocable vous est plus familier, n'a pas eu l'occasion depuis moult lustres de participer au jeu de l'engendrement, ou plus trivialement au simulacre de la procréation. Mais bientôt ils vont partir vers le septentrion, le marquis étant, entre autres occupations qui lui passent le temps, comme cartographe pour le roi d'Obscurie.

Au nord, y avait, non pas les corons, mais une entité indéfinissable nommée la Mâchoire, dont les mandibules de fer attaquent la montagne, grignotant par-ci, désagrégeant par-là, provoquant des secousses telluriques de mauvais aloi. Et le chemin sera long, traversé d'embûches, pour rallier ce maufaiteur de Vorpil. Si tout ce petit monde éparpillé y arrive.

 

Laissons nos amis, depuis le temps qu'on les fréquente on peut considérer ces compères comme tels même si dans la vie courante on rechignerai peut-être à les côtoyer, vaquer à leurs petites affaires et déambulations qui ne manquent ni de piquant, ni de chaleur ou de froidure car il neige, ni de flaireur.

Entre la Fagne, profondément ancrée dans une atmosphère médiévale et l'Obscurie qui se tourne vers un modernisme proche du XVIIe et XVIIIe siècle, les différences sont profondes, tant géographiques que technologiques. Ainsi Clincorgne et compagnie, habitués aux marécages, évoluent dans un pays montagneux, et eux qui sont munis de glaives découvrent l'existence des rapières et des mousquets. Mais ce ne sont pas les seules dissemblances qui existent, et je vous laisse le soin de les découvrir.

Comme j'ai eu déjà le plaisir de l'écrire, mais le répéter est un autre petit bonheur, Brice Tarvel tout en restant chez lui, est le dernier troubadour d'une époque médiévale littéraire prolongée, et l'on pourrait le placer, de son vivant je précise, près des ouvrages de Marie-Catherine Le Jumel de Barneville, connue sous l'appellation Baronne D'Aulnoy (1650-1705) et dont la vie aventureuse et mouvementée vaut bien tous les contes qu'elle a écrit, de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont (1711-1780) dont le conte le plus célèbre reste La belle et la bête, ainsi que Georges Sand et Claude Seignolle, grand recenseur et dépoussiéreur de contes populaires et auteur lui-même, puisque la Fagne pourrait être assimilée au Berry et à la Sologne, plus précisément dans le pays de Brenne. Et l'Obscurie pourrait être la Franche-Comté, mais ce n'est qu'une hypothèse.

Brice Tarvel ne sacrifie pas à une mode scripturale qui se veut résolument moderne en piochant dans des anglicismes malvenus mais en remettant à l'honneur des termes qui fleurent bon le terroir, désuets, obsolètes, surannés, mais au combien expressifs et imagés.

Brice Tarvel exhume des trésors de la langue française et bon nombre de romanciers actuels, à succès ou non, devraient se sentir maupiteux devant un tel florilège lexical.

Brice TARVEL : Au Large des Vivants. Ceux des eaux mortes. Tome 2. Collection Dédales. Editions Mnémos. Parution le 17 juin 2011. 272 pages. 19,30€. Version numérique : 7,99€.

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commentaires

Serge 27/03/2017 23:28

Maupiteux...
Qu'en termes élégants ces choses-là sont (bien) dites...
Amitiés

Oncle Paul 28/03/2017 13:11

Bonjour Serge
Je préfère employer de vieux mots de la langue française, encore en usage dans certaines régions que d'user d'anglicismes. Pas plus tard qu'hier, je suis tombé sur une chronique dont la première ligne comprenait bit-lit et borderline. Je ne suis pas allé plus loin.
Donc je me refuse d'escrire des mauvaisetés...
Amitiés
Et puis j'ai préféré resté

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