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3 février 2017 5 03 /02 /février /2017 06:00

Le roman policier, ou roman criminel, était à peine né que déjà il était pastiché et parodié.

Paul FEVAL : La fabrique de crimes.

S’il faut en croire l’auteur dans sa préface, chaque chapitre de ce court roman contiendra soixante-treize assassinats ! Evidemment, ceci n’est qu’une accroche propre à méduser, surprendre et estomaquer le futur lecteur. Car il ne faut pas oublier que les romans en ce XIXème siècle paraissaient en priorité en feuilletons, et Paul Féval savait que pour appâter le lecteur, le début se doit d’être assez mystérieux et surprenant. Aussi, l’écriture de la préface n’est pas confiée à un spécialiste, un confrère ou un critique littéraire, mais il se charge lui-même de la rédiger, annonçant la couleur :

Nous aurions pu, imitant de très loin l’immortel père de Don Quichotte, railler les goûts de notre temps, mais ayant beaucoup étudié cette intéressante déviation du caractère national, nous préférons les flatter.

C’est pourquoi, plein de confiance, nous proclamons dès le début de cette œuvre extraordinaire, qu’on n’ira pas plus loin désormais dans la voie du crime à bon marché.

 

Nous savons tous que les records sont faits pour être battus, et le bon Paul Féval s’il vivait aujourd’hui verrait ses cheveux se dresser sur sa tête s’il lisait certaines productions. Pourtant, toujours dans sa préface, ne seront pas comptés les vols, viols, substitutions d’enfants, faux en écriture privée ou authentique, détournements de mineures, effractions, escalades, abus de confiance, bris de serrures, fraudes, escroqueries, captations, vente à faux poids, ni même les attentats à la pudeur, ces différents crimes et délits se trouvant semés à pleines mais dans cette œuvre sans précédent, saisissante, repoussante, renversante, étourdissante, incisive, convulsive, véritable, incroyable, effroyable, monumentale, sépulcrale, audacieuse, furieuse et monstrueuse, en un mot Contre nature, après laquelle, rien n’étant plus possible, pas même la Putréfaction avancée, il faudra, Tirer l’échelle !

 

Mais avant d’aller plus loin dans cette mini étude, je vous propose de découvrir l’intrigue dans ces grandes lignes.

Dans la rue de Sévigné, trois hommes guettent dans la nuit la bâtisse qui leur fait face. Ce sont les trois Pieuvres mâles de l’impasse Guéménée. Ils ont pour crie de ralliement Messa, Sali, Lina, et pour mission de tuer les clients du docteur Fandango. L’un d’eux tient sous le bras un cercueil d’enfant. Un guetteur surveille les alentours, placé sur la Maison du Repris de Justice. Ils ont pour ennemis Castor, Pollux et Mustapha. Ce dernier met le feu à une voiture qui sert à transporter les vidanges des fosses dites d’aisance et derrière laquelle sont cachés les trois malandrins. Sous l’effet de la déflagration, les trois hommes sont propulsés dans les airs, mais le nombre des victimes de l’explosion se monte à soixante-treize. Le docteur Fandango s’est donné pour but de venger la mort d’une aristocrate infidèle, homicidée par son mari le comte de Rudelane-Carthagène. Les épisodes se suivent dans un rythme infernal, tous plus farfelus, baroques, insolites et épiques les uns que les autres. Tout autant dans la forme que dans le fond, dans l’ambiance, le décor, les faits et gestes des divers protagonistes.

Ce malfaiteur imita le cri de la pieuvre femelle, appelant ses petits dans les profondeurs de l’Océan. Avouez que ceci nous change agréablement de l’ululement de la chouette ou du hurlement du loup, habituellement utilisés par les guetteurs et par trop communs. Et puis dans les rues nocturnes parisiennes, au moins cela se confond avec les bruits divers qui peuvent se produire selon les circonstances.

Paul Féval ironise sur les feuilletonistes qui produisent à la chaîne, lui-même en tête. Derrière eux venait le nouveau mari de la jeune Grecque Olinda. Nous ne sommes pas parfaitement sûrs du nom que nous lui avons donné, ce doit être Faustin de Boistord ou quelque chose d’analogue. Il est vrai que parfois les auteurs se mélangeaient les crayons dans l’attribution des patronymes de leurs personnages, rectifiant après coup sous les injonctions des lecteurs fidèles, intransigeants et attentifs.

Le sensationnel est décrit comme s’il s’agissait de scènes ordinaires, mais qui relèvent du Grand Guignol : Bien entendu, les malheureuses ouvrières, composant l’atelier des Piqueuses de bottines réunies, avaient été foulées aux pieds et écrasées dès le premier moment ; elles étaient maintenant enfouies sous les cadavres à une très grande profondeur, car le résidu de la bataille s’élevait jusqu’au plafond et les nouveaux venus, pour s’entr’égorger, étaient obligés de se tenir à plat ventre… Le sang suintait comme la cuvée dans le pressoir.

Tout cela est décrit avec un humour féroce, débridé et en lisant ce livre, le lecteur ne pourra s’empêcher de penser aux facétieux Pierre Dac et Francis Blanche dans leur saga consacrée à Furax ou à Cami pour les aventures de Loufock-Holmès, ainsi qu’à Fantômas de Pierre Souvestre et Marcel Allain. A la différence près que Paul Féval fut un précurseur, et ces auteurs se sont peut-être inspirés, ou influencés, par cette Fabrique de crimes. Nous sommes bien loin de l’esprit du Bossu et autres œuvres genre Les Mystères de Londres, Alizia Pauli, Châteaupauvre, ou encore Les Habits Noirs, Les Couteaux d’or ou La Vampire. Quoi que…

Collection Labyrinthes. 160 pages. Volume offert pour l'achat de trois ouvrages dans la collection Labyrinthes. Parution juin 2012.

Collection Labyrinthes. 160 pages. Volume offert pour l'achat de trois ouvrages dans la collection Labyrinthes. Parution juin 2012.

Editions SKA. version numérique. 3,99€.

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Paul FEVAL : La fabrique de crimes. Collection Aube Poche Littérature. Editions de l'Aube. Parution 2 février 2017. 160 pages. 10,50€.

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commentaires

Boris 07/02/2017 16:09

Et comme disait Vian : "Enlevez le "Q" de la COqUILLE et vous obtenez la couille ; c'est justement ce qui constitue la coquille". Tu as déjà dû entendre ça cent fois ; je ne pme prive pas de citer cet aphorisme.

Oncle Paul 07/02/2017 16:32

Il s'agissait d'un éditorialiste dans les années 1930 dont les textes étaient souvent truffés de coquilles. Lors de son départ en retraite, pour son dernier papier, il avait écrit, j'espère que cette fois il n'y aura aucune coquille. Et naturellement, il y en eut une, à coquille justement...

Barillier Gilles 06/02/2017 22:23

Bonsoir Paul,
A signaler une édition de ce roman étrange publié dans la série "La crème du crime" n°7 collection proposée par Ouest France en 2008,126pages(ISBN 978-84-9820-894-8) je dois t'avouer que j'ai peiné à le lire,très surprenant
Dans cette collection est annoncé les titres suivants:1)Le mystère de la chambre jaune,2)Double assassinat de la rue Morue,3)Les aventures de Sherlock Holmes,4)Le fantôme de l'Opéra 5),Le voleur de cadavres,6)Le crime de lord Arthur Savile 8)L'Hôtel hanté
Voila quelques infos comme au bon vieux avec mes complices Claude et Pierre

Oncle Paul 07/02/2017 16:03

Et oui, Boris,
les fautes typographiques, voire les coquilles qu'on voit, sont toujours agréables à pêcher...

Boris 07/02/2017 15:51

Coquille.
Les coquilles sont toujours sympa à soulever (ça n'est pas par pour plaisir sadique, non !). Bref, je situerais la Rue Morue plutôt en terre de Portugal que dans le Paris de Paul Féval voir d'Edgar Allan poe (qui n'a jamais mis les pieds à Paris). Hin hin.
Ce qu'on n'écrit pas parfois...

Oncle Paul 07/02/2017 14:51

Bonjour Gilles
Effectivement, mais je n'ai pas voulu recenser tous les produits concernant ce roman. Juste les derniers.
Amicalement

Boris 03/02/2017 15:41

Je n'ai pas lu Féval donc ce roman mais je connais bien l'illustration de couverture qui a servi maintes fois. La dernière fois que je l'ai vue c'était sur une énième réédition du Horla de Maupassant. Mais qui est l'auteur de ce portrait ? si tu as le bouquin dans tes parages circonvoisins dis le moi. Je pense à qqn du XIXe ( Courbet ? Delacroix ?). je ne sais plus.

Oncle Paul 03/02/2017 18:20

A toi aussi

Boris 03/02/2017 17:40

Merci Paul, je n'étais pas si loin... Bon ouikinde.

Oncle Paul 03/02/2017 16:36

Je n'ai pas le livre mais je peux affirmer qu'il s'agit du Désespéré de Courbet, peint entre 1843 et 1845...

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