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23 janvier 2017 1 23 /01 /janvier /2017 13:52

Le corbeau est le seul volatile qui se sert de ses plumes pour écrire...

MAURICE GOUIRAN : Le printemps des corbeaux.

Âgé de vingt ans, Louka, étudiant en informatique, a trouvé sa voie comme escroc. Il falsifie des bordereaux de dépôt de chèques bancaires, l'argent déposé étant transféré sur son compte. De plus ou moins grosses sommes, mais cela ne peut durer indéfiniment car il sait qu'un jour il sera découvert. Mais pour l'heure cela s'avère plus rentable que les petits boulots auxquels il s'adonne pour gagner son pain.

En ce mois de mai 1981, les élections présidentielles accaparent l'attention de tous sauf de celle de deux enquêteurs qui soupçonnent aussi bien le directeur de l'agence que les employés.

Louka vit à Marseille, chez sa grand-mère Mamété, et les hommes qui l'ont précédé ont tous connus des destins différents mais tragiques. Tous morts dans des conditions dramatiques. Son père, lors d'un braquage, son grand-père sous les bombardements américains au printemps 1944, son arrière grand-père pendant la guerre de 14/18. Tous dans la fleur de l'âge. Des destins contrariés auquel il espère bien ne pas être soumis.

Mai 1981. C'est le temps des révélations sur des personnes qui pensaient que leur passé peu glorieux avait été enfoui sous la poussière de l'histoire. C'était sans compter sur les fouineurs des journaux satiriques, et ainsi Louka découvre le passé houleux de Papon. L'homme devenu ministre du budget sous le gouvernement Barre traîne quelques casseroles derrière lui. Nommé Préfet de police par De Gaulle qui pourtant aurait dû se méfier, Papon s'était fait remarquer lors de la répression sanglante durant la manifestation du 17 octobre 1961 puis dans celle devenue célèbre et dite de Charonne en février 1962. Mais auparavant il avait été impliqué dans la déportation des juifs alors qu'il était secrétaire général de la préfecture à Bordeaux. Cette révélation publiée par le Canard Enchaîné entre les deux tours de la présidentielle de mai 1981 a peut-être influé sur le résultat. Peut-être.

Ce sont ces révélations qui donnent à réfléchir à Louka qui a décidé d'abandonner ses petites occupations de falsifications et de se tourner vers une autre entreprise qui pourrait se révéler plus rentable et moins risquée. Quoique. D'abord, suivant son Ouncle, qui ne fait pas partie de la famille mais fut un compagnon et un fidèle ami de son père, Louka participe à une partie de poker. L'apprentissage est relativement aisé, mais l'engrenage est vite pris, et les revers de fortune peuvent l'attendre aux détour des cartes. D'autant que l'Ouncle est en voyage à Paris et que son retour se fait attendre.

Ce n'est avec le poker que Louka espère se faire un matelas confortable de billets, mais avec une autre astuce qu'il met au point avec un employé qui travaille aux archives départementales. L'histoire de Papon lui a fournit une idée qu'il développe en cherchant ceux qui durant la guerre ont rédigé des lettres de délation et qu'il va faire chanter.

 

Délaissant pour un temps son personnage fétiche de journaliste enquêteur, Clovis Narigou, Maurice Gouiran nous décrit le parcours d'un petit escroc devenant maître-chanteur.

Louka n'est pas un personnage envers lequel le lecteur peut ressentir une certaine empathie. C'est un macho qui vit aux dépens de Mamété, chez qui il loge, et de ses petits trafics tout en fréquentant la Fac de Luminy. Il dort dans un petit studio aménagé au deuxième étage de la maison de Mamété, et pourvoit à ses besoins naturels charnels avec la voisine du dessous. Celle-ci trompe allègrement son mari peu soucieux de lui apporter le réconfort sexuel dont elle a besoin.

Mais Louka a aussi une petite amie, Lucie, dont les parents sont des bourgeois décadents. Ils ont profité de la fortune amassée par le grand-père de Lucie mais n'ont pas su fructifier l'héritage. La relation de leur fille avec Louka, issu du petit peuple ne plait guère mais heureusement Louka possède un allié en la personne du tonton de celle qu'il considère comme sa fiancée. L'homme est député, longtemps adjoint au maire, et pense à sa prochaine réélection aux législatives qui vont se dérouler après les présidentielles, mais il est du mauvais côté de la barrière électorale. Comme le précise Louka, qui narre son épopée, C'était un politique, donc un faux-cul.

Ce roman est le prétexte pour Maurice Gouiran de revenir sur deux périodes. Celle de 1981 avec le passage de témoin entre la Droite et la Gauche, rappelant certaines affaires qui avaient secoué non seulement le monde politique mais également l'opinion publique. L'affaire Papon ainsi que sur celle des diamants de Bokassa dans laquelle le président Giscard fut impliqué. C'est aussi l'occasion de revenir sur les dénonciations, les délations qui n'étaient pas anonymes, concernant les Juifs, et en règle générale les personnes qui déplaisaient à une population qui avait trouvé le moyen de se débarrasser de ceux leur faisaient de l'ombre, dont ils étaient jaloux ou simplement par discrimination religieuse.

 

MAURICE GOUIRAN : Le printemps des corbeaux. Collection Jigal Polar. Editions Jigal. Parution le 10 septembre 2016. 248 pages. 18,50€.

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