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6 décembre 2016 2 06 /12 /décembre /2016 08:48

C'est le pied !

Jean-Christophe PORTES : L'affaire de l'Homme à l'Escarpin. Une enquête de Victor Dauterive.

En ce début de mois de juillet 1791, la chaleur est étouffante sur Paris, mais pour autant ce n'est pas cette canicule qui échauffe les esprits des Parisiens, mais l'incartade récente du roi Louis XVI.

Le monarque a tenté de rallier l'Autriche en calèche, mais a été reconnu puis arrêté à Varennes. Et cela gronde, d'autant que les diverses factions et associations, mouvements révolutionnaires se déchirent pour ou contre le roi, et surtout quel régime adopter.

Le jeune Victor Dauterive, pas même vingt ans, qui a préféré adopter ce nouveau patronyme afin d'abandonner toutes références familiales, est sous-lieutenant de la Gendarmerie nationale, nouvelle appellation de la maréchaussée. C'est le protégé de La Fayette, mais ce n'est pas pour autant qu'il ne garde pas sa liberté de penser et d'agir.

Des affiches fleurissent sur les murs. Des individus pleins de bonnes intentions les lisent aux badauds illettrés qui n'en perdent pas une miette. En substance ces libelles dénoncent l'impunité royale et ordonnent aux citoyens de ne plus lui obéir. Un vieil homme tente d'arracher celle apposée entre deux échoppes en place de Grève, mais la foule le conspue et le rejette. Victor, en compagnie de quelques gendarmes placés sous son autorité, le protège de ses agresseurs et l'enferme dans une pièce vide de l'Hôtel de ville. Il s'agit d'un aristocrate qui n'a plus toute sa tête. Mais le vieux fou s'échappe et il est écharpé par la foule.

Le commissaire Piedeboeuf de la section du Louvre, est avisé qu'un cadavre a été retrouvé dans la Seine. Il est presque nu. Un escarpin quasi neuf est découvert non loin. Le défunt au visage angélique, presque féminin, âgé d'une vingtaine d'années, porte une trace de coup sur la nuque. Le vol pourrait être le mobile de ce crime mais il importe d'abord de découvrir l'identité de l'homicidé.

Piedeboeuf met son honneur à découvrir le ou les coupables, et en partant de l'escarpin, essaie de découvrir le cordonnier qui l'a fabriqué afin de déterminer l'identité du noyé. Bientôt il découvre que l'homme fréquentait un milieu spécial, des sodomites, une pratique dont il aurait pu faire les frais. Le crime de sodomie entre adultes consentants a été dépénalisé dans le nouveau code pénal, mais ce n'est pas pour autant qu'il est accepté dans toutes les couches de la société.

Le lynchage du vieil aristocrate reste en travers de la gorge de La Fayette qui vire immédiatement, sans arme ni bagage, Victor. Le jeune homme est fort marri, ne comprenant pas et n'acceptant pas non plus cette sanction. Il apprendra un peu plus tard qu'il s'agit d'une manœuvre de la part de son mentor afin qu'il infiltre les rangs des Orléanistes et dénicher quelles sont leurs intentions, et surtout comment ils vont les mettre en œuvre. En effet le Duc d'Orléans, ou plutôt ses proches rêvent d'instaurer une régence, le futur Philippe-Egalité prenant la place de son royal cousin. Choderlos de Laclos étant le principal conspirateur.

Mais Victor n'en a pas fini de ses ennuis car la faction orléaniste le traite d'espion à la solde de La Fayette, et il se demande qui a pu le trahir. Heureusement il trouve soutien et         assistance grâce à un Titi, dont un pied est en vrac, et qui s'incruste dans sa vie, malgré ses objurgations. Mais Joseph, ainsi se prénomme le gamin de dix ans, en reconnaissance d'une bonne action se trouve toujours présent dans les moments délicats.

Car Garat, un ancien planteur de Saint-Domingue, dit Garat l'Américain, assisté de ses séides mettent les bâtons dans les roues de Victor, étant membres de la faction orléaniste. Piedeboeuf et Victor vont se rencontrer dans des conditions désagréables, surtout pour Piedeboeuf, leurs deux enquêtes devenant liées.

 

Un épisode historique qui se déroule du 11 juillet 1791 au 17 juillet 1791, et qui se clôt sur un drame dont parlent certains manuels scolaires. Les personnages réels et de fiction cohabitent et toute ressemblance avec des personnages ayant existé n'est pas fortuite. Ainsi Garat L'Américain est le clone d'un planteur ayant existé, mais sous un autre nom.

Nous retrouvons au détour des pages, La Fayette, Choderlos de Laclos, Danton, Olympe de Gouge, Louise de Kéralio, première femme à être rédactrice d'un journal, politique qui plus est, Fragonard qui prodigue les conseils auprès de Victor qui dessine à ses moments perdus, et autres figures de la Révolution.

Mais avec Garat, l'histoire bifurque vers d'autres possibilités, vers d'autres intrigues et personnages, car le passé du planteur est trouble et le rejoint. Il est entouré d'individus guère fréquentables dont Jean-Baptiste Retondo, surnommé le Professore, un agent provocateur.

Le rôle de Danton, figure historique des Cordeliers puis des Jacobins, en opposition avec Robespierre, est mal défini, et jusqu'à présent il n'a véritablement trouvé grâce qu'aux yeux d'Alexandre Dumas, dans son roman Le Docteur Mystérieux. Un personnage ambivalent, comme la plupart des hommes politiques qui sous couvert de servir la Nation, pensent également à eux, en premier.

Et le rôle du commissaire Charpier, dont on fait la connaissance dans le précédent ouvrage mettant en scène Victor Dauterive est tout aussi ambigu.

Mais le plus attachant de tous, c'est bien le petit Joseph, orphelin, boiteux, intrépide, courageux, fidèle, véritable Titi parisien association de Gavroche et de Poulbot.

Pour écrire son roman Jean-Christophe Portes s'est appuyé sur des références historiques ne souffrant d'aucune contestation, jusqu'à preuve du contraire.

On ne peut s'empêcher de comparer certaines situations de l'époque et celles d'aujourd'hui. Ainsi :

Un grand vent de liberté soufflait depuis 1790 sur les anciennes corporations, ces privilèges qui selon beaucoup de députés freinaient la liberté économique. Les fiacres et autres voitures de louage n'avaient point échappé aux réformes, et c'est ainsi que le monopole détenu jusqu'alors par une certaine compagnie du sieur Perreau avait été abolie.

Ce décret du 19 novembre 1790 prévoyait que n'importe qui pouvait tenter sa chance pourvu qu'il s'acquitte de la taxe de 5 sols par jour et respecte des obligations communes à tous. L'on peut mettre en comparaison aujourd'hui les taxis et les VTC (voiture de tourisme avec chauffeur) qui n'acquittent pas les mêmes taxes et dont le prix des licences est différent selon les catégories de ces moyens de transport. Mais ceci est une autre histoire.

Jean-Christophe PORTES : L'affaire de l'Homme à l'Escarpin. Une enquête de Victor Dauterive. Editions City. Parution le 9 novembre 2016. 432 pages. 19,00€.

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commentaires

Yv 08/12/2016 18:31

Salut Paul, une série qui a bien débuté et qui continue sur les mêmes bons arguments. Il me plaît bien ce petit Victor...
Amicalement,

Oncle Paul 08/12/2016 18:43

Bonjour YV
Oui, à moi aussi il me plait bien. Il est jeune, il a le temps de vivre encore de nombreuses aventures périlleuses, palpitantes à souhait pour le lecteur, et ce qui ne gâche rien, qui proposent un regard neuf sur la Révolution
Amicalement

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