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3 décembre 2016 6 03 /12 /décembre /2016 13:40

Bon anniversaire à Barbara Abel, née le 3 décembre 1969.

Barbara ABEL : L'innocence des bourreaux.

Il se fait comprendre quand il veut, Joachim Fallet, jeune drogué en manque et désargenté. Les rares clients de la supérette et le caissier sont stupéfaits et interloqués à cette annonce brutale qui les dérange alors qu'ils déambulent dans les travées.

En ce vendredi midi, il n'y a guère de chalands dans le magasin sis dans un quartier résidentiel. C'est ce qui a poussé Joachim, affublé d'une cagoule, à entrer et braquer le caissier. Il lui faut de l'argent au plus vite afin de s'acheter sa dose.

Une quadragénaire et son gamin de quinze ans, qu'elle a eu du mal à emmener avec elle, lui arrachant sa manette de jeu vidéo et balançant son téléphone portable avant de l'entraîner. Théo n'était pas emballé pour rendre visite à son papy, qui ne se souvient même pas de son nom et l'oublie aussitôt le seuil franchi. Non, Théo aurait préféré rester chez lui les yeux rivés sur son écran à s'abrutir devant un jeu de massacre. Elle l'a traîné presque de force et installé dans la voiture. Pour l'heure il n'est pas encore dans le magasin, il est assis à la place du mort, attaché sur le siège avant du véhicule.

Une vieille dame impotente, posée sur un fauteuil roulant conduit par une sexagénaire, son aide familiale, dame de compagnie, femme de ménage infirmière intermittente. La vieille dame est du genre acrimonieux, toujours à critiquer négativement tout ce qui constitue son quotidien, et surtout à houspiller son accompagnatrice.

Un couple adultère qui vient de passer un bon moment entre les draps défaits d'un hôtel proche. Eux aussi ont la mine défaite d'ailleurs. Et adultère pas trop. Lui il est marié, elle est célibataire. Adultère à moitié donc. Il a fourni à son patron un prétexte fallacieux pour justifier son absence, elle avait une liste de courses à acheter, et ils en ont profité pour comparer leur anatomie et plus si affinité.

Une jeune mère de famille, qui vit seule avec son gamin de trois ans, est descendu précipitamment de chez elle afin de palier un manque d'ingrédients, laissant son gamin scotché devant des dessins animés.

Et puis le caissier qui a remplacé au débotté sa collègue malade, enceinte paraît-il de ses œuvres, le résultat de l'unique fois où ils se sont retrouvés ensemble dans le même lit.

Huit personnes donc face à un homme en manque et surtout face à une arme à feu. Dévaliser la caisse, demander à tous ceux qui sont là, tétanisés, de vider leurs poches, de balancer leurs portefeuilles, et attendre le bon vouloir du braqueur qui se demande maintenant ce qu'il va faire de ses otages. Baisser le volet roulant afin d'empêcher d'autres clients d'entrer, et puis les attacher, et enfin prendre la poudre d'escampette. C'est sans compter sur l'impondérable, ce grain de sable qui n'était pas invité dans cette petite réunion.

D'abord la dame de compagnie qui rend l'âme en même temps que son cœur qui lâche, et d'autres incidents qui bientôt vont transformer le braquage en drame. Surtout quand l'ado, qui trouve que sa mère n'est pas assez rapide et étonné de voir le volet roulant s'abaisser, s'invite dans cette supérette-partie, prenant de revers le voleur surpris.

 

Avec brio Barbara Abel nous délivre un suspense implacable, décrivant tout d'abord les affres de ce drogué en manque, déclencheur de drames, puis revenant quelques moments en arrière afin de nous présenter les différents protagonistes de cet début d'après-midi mouvementé. Avec toutefois quelques cachoteries de bon aloi qui entretiennent le suspense.

Et le lecteur pourrait, à juste raison, penser que cette histoire va se clore avec l'arrivée salutaire de la cavalerie, gyrophares bruyants en guise de trompettes de la victoire. Eh non ! Car Barbara Abel, en romancière perverse (c'est un peu fort comme vocable mais c'est bien pour démontrer tout le talent de conteuse déstabilisante qui l'anime), nous offre une vie après la vie, un enchaînement inéluctable de scènes tragiques teintées parfois d'humour noir.

Car certaines victimes de ce braquage, ou ce qu'il en reste, ne réagissent pas selon des critères bien définis. Les moralisateurs et les technocrates peuvent toujours édicter leurs consignes à respecter lors d'un hold-up, on ne sait jamais quelle sera notre réflexe dans ce genre de situation particulière, le subconscient et le caractère inhérent à chaque individu réagissant parfois différemment à ce qui est programmé.

Un roman beaucoup plus sensible et percutant, à mon avis, Que derrière la haine et Après la fin, dont les prologues dévoilaient trop l'épilogue, ôtant de ce fait le sel de l'intrigue et la montée en puissance du suspense.

Barbara ABEL : L'innocence des bourreaux. Réédition Pocket Thriller. Editions Pocket. Parution 13 octobre 2016. 352 pages. 6,95€.

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