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24 novembre 2016 4 24 /11 /novembre /2016 06:57

Sur la route 66
Personne ne t’attend la bas
Plus d'musique bars désertique
Y a qu'des fantômes que tu ne vois pas

(Eddy Mitchell)

Sophie LOUBIERE : White coffee.

La page de la route 66, avec ses multiples cadavres retrouvés et son tueur en série mis hors course, semble tournée. Lola est rentrée à Nancy après avoir risqué sa vie et celles de ses enfants, sauvée par Desmond Blur, criminologue et accessoirement apparenté à David Owens, le tueur. Entre Desmond et Lola s'est forgée une histoire d'amour mais elle est retournée chez elle, afin de faire le point et de soigner ses blessures, morales et physiques, tandis que Desmond a repris ses cours et ses conférences.

Et Pierre Lombard, son mari, qu'est-il devenu ? Elle ne le sait pas. Elle ignore qu'il a été emprisonné, pour complicité avec David Owens. Mais Pierre est relâché, aucune preuve ne pouvant lui être imputée. Peut-être que s'il avait gardé son carnet où il notait tout ce qui s'est déroulé durant les années vécues en compagnie du tueur, ses confidences et bien d'autres choses encore, n'aurait-il pas eu maille à partir avec le FBI, mais il avait transmis ce fameux cahier à Lola en France.

Le FBI ne possède pas le moindre début de preuve pour inculper Pierre Lombard, d'ailleurs il clame son innocence, s'érigeant en victime, et il est extradé vers son pays d'origine. Ce qui n'empêche pas les deux agents du FBI de continuer de sillonner la route 66 et les points d'ancrage de David Owens et de Pierre Lombard afin de récolter des renseignements complémentaires sur les deux hommes et leur degré de connivence.

Pierre Lombard de retour à Nancy est contacté par un ami, qui est également un opportuniste, afin qu'il écrive un livre narrant ses tribulations américaines. Lola a tenu un certain temps un blog qu'elle alimentait à partir des écrits de Pierre, des extraits du fameux carnet. Gaston, le fils, est tout heureux de retrouver son père. A neuf ans, il s'agit bien d'un manque d'affection qu'il veut combler et Pierre y est sensible. Il va même jusqu'à emménager dans leur ancienne maison, mais la cohabitation avec Lola est difficile, tandis qu'Annabelle, née d'un premier mariage, est plus sceptique. Mais comme elle adore son petit frère, ce qui n'empêche pas les chamailleries, elle se résigne.

Là-bas, aux Etats-Unis, Desmond est pressenti pour une série de conférences à l'université de Chautauqua dans l'état de New-York. Or d'étranges phénomènes se produisent dans cette paisible cité.

Par exemple un homme se promène la nuit tenant une ampoule rouge dans la main et l'habitant se demande s'il ne s'agit pas du fantôme de Thomas Edison. Ou encore une femme emprunte des livres à la bibliothèque alors qu'elle est sensée être décédée depuis deux ans. Sans oublier l'orgue de l'amphithéâtre qui joue du Liszt tout seul, une façade du Women's club barbouillé de graffitis d'insultes, le chat crucifié d'un couple, la disparition inquiétante des écureuils du parc, une femme sans tête retrouvée dans Bischop's Garden, et bien d'autres choses encore.

C'est à la demande du président du Chautauqua Institution que Desmond va s'atteler à cette tâche peu commune. Ses conférences ont recueilli un joli succès, et comme il était parti précipitamment sans se prêter à la traditionnelle séance de dédicaces de ses œuvres, après un court séjour de remise en forme, il revient enquêter tout en cultivant par téléphone son jardin secret, sa relation avec Lola.

Et sur la route 66, que se passe-t-il de neuf ? Patty, la serveuse du Bagdad Café et veuve de David Owens a retrouvé cachée dans un tiroir d'un meuble de la chambre de Desmond une enveloppe contenant un bracelet aux perles bleues. Elle le remet au shérif, qui est secrètement amoureux de la belle sexagénaire, et celui-ci pense que cette affaire pourrait rebondir. D'autant que des restes de cadavre sont découverts dans le désert de Mojave.

 

Ce roman est la suite de Black coffee, publié chez le même éditeur et réédité chez Pocket, mais point n'est besoin d'avoir lu le premier de la série avant d'entamer White coffee. Disons que c'est mieux pour comprendre toute l'affaire dans ses détails, mais pas indispensable.

Sophie Loubière nous entraîne dans une histoire comportant plusieurs nivaux, aux multiples rebondissements, qui s'imbriquent les uns dans les autres. L'auteur nous tricote son intrigue comme une écharpe aux nombreux fils de couleurs qui se positionnent en strates, sans vraiment empiéter les unes sur les autres mais tout en offrant une sorte d'arc-en-ciel de couleurs.

Le parcours nancéien de Lola et de ses enfants, celui de Pierre qui retrouve une gloire éphémère en devenant animateur d'une émission télévisée musicale, lui qui fut un des membres d'un ancien groupe ayant connu un relatif succès, l'enquête de Desmond à Chautauqua, les événements qui continuent à se produire sur la route 66, tout est autant de stations de croix dans une histoire complexe mais éblouissante.

La tension monte car les relations entre Gaston et son père indisposent Lola, le garçon étant attiré par ce baroudeur dont il a été privé durant de longues années. Et le drame couve.

Et quelques chapitres sont placés comme de petits dessins dans cette longue écharpe, des chapitres sous forme de nouvelles qui pourraient être lues indépendamment, s'intégrant en souplesse dans le récit sans le perturber mais qui sont comme des entractes. Ainsi les relations téléphoniques entre Lola et Desmond qui remplacent une fusion charnelle à distance entre les deux amants et révèle un érotisme léger. Cela sent le vécu.

Sophie LOUBIERE : White coffee. Editions Fleuve Noir. Parution le 13 octobre 2016. 624 pages. 21,50€. Disponible en version numérique : 15,99€.

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commentaires

Boris 25/11/2016 01:03

Je ne suis pas de ton avis : j'ai lu ce roman (j'ai accepté un SP pour voir un roman de Sophie Loubière) sans avoir lu le premier et ça m'a nettement handicapé : il a fallu beaucoup de temps pour que le récit (malgré le court résumé du début) passe à autre chose que rappeler ce qui s'était passé avant. J'ai passé mon temps à me dire : "Ça doirt être bien Black Coffee". j'en ai parlé à Sophie Loubière à lamballe et elle m'a dit que l'attachée de presse aurait dû m'envoyer les deux volumes à la fois. Du coup, je lui ai acheté Black coffee et vais pouvoir remettre les choses dans le bon ordre.

Oncle Paul 25/11/2016 15:23

Moi non plus Boris, je n'ai pas lu Black Coffee, mais je ne me suis pas senti perdu. Sophie Loubière intègre ses ingrédients petit à petit et elle maîtrise parfaitement son sujet en obligeant le lecteur à continuer. Elle est subtile et machiavélique à la fois, car le lecteur un peu perdu va se précipiter sur son premier opus. Coup double...
Amitiés

Alex-Mot-à-Mots 24/11/2016 12:30

Merci de précision, je n'aurais pas reconnu Monsieur Eddy.

Oncle Paul 24/11/2016 14:23

Il est vrai que sans la voix, ce n'est pas facile...

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