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9 novembre 2016 3 09 /11 /novembre /2016 13:14

Pour quelques sushis de plus...

Dominique SYLVAIN : Kabukicho.

Et des sushis, pardon, des soucis, Yudai n'en manque pas.

Gérant du Café Château, un bar dans Kabukicho, le Pigalle tokyoïte, Yudai est également hôte de bar pour femmes esseulées. Principalement Akiko, prostituée qui aime retrouver Yudai sa journée terminée. Elle s'accroche au jeune homme qui lui préfère Kate, l'Anglaise, hôtesse elle aussi mais au Club Gaia.

Il se débarrasse d'Akiko mais il s'inquiète. Kate n'a pas répondu à ses messages, de plus elle est en retard à leur rendez-vous. Plus qu'en retard d'ailleurs, puisqu'elle ne vient pas. L'autre souci de Yudai se manifeste en la personne de Namba, un des collecteurs du clan Itami. Namba est un ancien sumo qui s'est reconverti comme Yakusa et il vient rappeler, arguments frappants à la clé, que Yudai doit de l'argent à Itami, son boss, argent que ne possède pas Yudai.

Sanae, la mama-san du Club Gaia, s'alarme de la défection de Kate, habituellement ponctuelle. Elle s'en étonne auprès de Marie, la Française qui travaille depuis trois ans pour elle. Marie et Kate sont colocataires dans le même studio en banlieue et elles s'entendent bien. Pour l'heure, Marie a autre chose à penser en rentrant chez elle. Malgré le désordre qui règne dans la pièce, une tradition chez Kate, Marie s'installe devant son ordinateur et relit le tapuscrit qu'une agent littéraire a apprécié et doit placer auprès d'un éditeur parisien.

Elle reçoit un appel téléphonique de James Sanders, le père de Kate, qui est mort d'inquiétude. Un message accompagné d'une photo lui est parvenu et il ne comprend pas. Sur le cliché Kate repose les yeux fermés. Elle semble morte. Et une inscription précise : elle dort ici. James Sanders demande à Marie de se renseigner auprès des hôpitaux, ce qu'elle fait mais en vain. Il décide de se rendre à Tokyo le plus rapidement possible.

Entre temps Marie déclare la disparition de Kate au commissariat de Kabukicho, auprès du capitaine Yamada et de son jeune adjoint Watanabé. Yamada est un vieux de la vieille, qui n'a jamais failli. Et depuis trente ans qu'il est en place à Kabukicho, il en a traité des affaires plus ou moins louches. Seul problème, il a perdu quelque peu les pédales depuis son coma provoqué par un accident du travail. Il ne réagit plus aussi rapidement. Watanabé, son adjoint, est un arriviste qui rêve de prendre du galon le plus vite possible, et ses méthodes n'entrent pas dans le cadre de la douceur et du respect envers les témoins, pour lui tous présumés coupables.

La petite phrase accompagnant le cliché représentant Kate titille Yamada. Elle dort ici. Quasiment la même phrase qu'un tueur en série utilisait pour signer ses forfaits quelques années auparavant. Seulement l'homme a été arrêté et il ne pourra plus récidiver, ayant été exécuté par pendaison en début d'année. Un imitateur ? Dans ce cas l'affaire est grave, très grave, car cela laisse supposer d'autres crimes, si crime de sang il ya eu, évidemment.

James Sanders et Marie d'un côté, Yamada et Watanabé de l'autre, essaient de remonter la piste du tueur, car malheureusement ce statut est avéré, confirmé par la découverte du corps de Kate.

 

Grâce à Dominique Sylvain, qui a longtemps vécu au Pays du Soleil Levant, nous découvrons un Japon loin des clichés que souvent nous nous sommes forgés, ou inventés, ou qui nous ont été assenés.

Ainsi, à James Sanders qui croit fermement que sa fille se prostituait, Marie répond qu'elle est (ou était) hôtesse de bar, ce qui est profondément différent. Une hôtesse de bar se contente de faire la conversation, sachant écouter leur partenaire du table d'un soir ou d'habitués, boire évidemment puisque les rencontres s'effectuent dans des bars. Mais elles ne sont pas obligées de coucher. Une énorme différence culturelle avec la civilisation occidentale.

Si Kabukicho est un quartier sulfureux, cela reste un endroit calme même s'il se réveille la nuit, secret, sans effervescence. Les hôtes ou hôtesses sont aimables et les clients en général guère agressifs. Les hôtesses et hôtes de bar ne couchent pas, à de rares exceptions près, et lorsqu'ils s'adonnent à quelques plaisirs charnels tarifés, souvent il s'agit de particuliers qu'ils fréquentent de longe date. Comme Marie avec l'architecte naval qui l'emmène sur son bateau et lui offre des bijoux.

Tout ceci n'est là que pour entretenir une ambiance, une atmosphère, un décor dans lesquels les yakusas prennent leur place, mais sans véritablement empiéter sur l'intrigue.

Les plus importants pour l'auteur, ce sont les personnages qui déambulent dans cette histoire, en sont les éléments principaux. Ils sont à double facette, ou plutôt comme des meubles d'apparence banale mais comportant en leur sein des tiroirs secrets. Et lorsque Dominique Sylvain les ouvre, peu à peu, ils mettent au jour des éléments en trompe-l'œil.

Manipulations, mensonges, faux semblants se révèlent progressivement et le lecteur se trouve plongé dans une intrigue diablement maîtrisée.

Une incursion dans un exotisme qui n'est pas de façade mais propose au lecteur une intrusion dans un pays au charme indéniable, pour peu qu'il ne se contente pas d'être un touriste promené par un guide qui ne lui montre que les aspects positifs d'une ville mais cherche à en découvrir les aspects cachés.

Un autre avis d'expert ? Rendez-vous chez l'ami Pierre sur Black Novel 1 :

D'autres chroniques sur les romans de Dominique Sylvain ? Voyagez ici :

Dominique SYLVAIN : Kabukicho. Editions Viviane Hamy. Parution le 6 octobre 2016. 286 pages. 19,00€. Disponible en version numérique : 12,99€.

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commentaires

Valérie 09/11/2016 21:19

J'attendais justement un avis sur les blogs, le tien est le premier que je lis.

Oncle Paul 11/11/2016 15:03

Mais ce ne sera pas le dernier, car ce roman est excellent...

PIERRE FAVEROLLE 09/11/2016 20:47

Salut Paul, Merci pour le lien, même si je m'élève contre le titre d'expert ! Tout juste suis-je un amateur avide de partager. Ceci dit, ce roman m'a énormément plu car tout est écrit en subtilité, douceur et respect. Un voyage touristique fait par ses personnages, avec une sacrée bonne histoire. Du grand art ! Amitiés

Oncle Paul 11/11/2016 15:02

Bonjour Pierre
J'ai peut-être fait un peu fort mais je le pensais. Et quant à ce que tu écris, je suis entièrement d'accord avec toi.
Amitiés,

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