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14 octobre 2016 5 14 /10 /octobre /2016 06:12

Enfin mise en lumière...

Yvan MICHOTTE : Louise des ombres.

A bientôt trente ans, Louise a des envies, pourtant elle n'est pas enceinte.

Quoi que cela se pourrait car elle sort avec Julien, même s'ils n'habitent pas ensemble. Mais ces envies, ou plutôt cette envie, est de tout ordre familial. Elle n'a pas connu son père et elle décide de retrouver sa trace, ses origines. Elle sait qu'il s'est donné la mort en 1999, au pied du phare de la Roque près de Quillebeuf-sur-Seine, en Normandie.

Sa mère, avec laquelle elle ne correspond qu'épisodiquement, ne veut pas parler de cet épisode de sa vie, et elle détourne à chaque fois la conversation téléphonique. Louise s'est rendue sur place, en compagnie de Joshua Pastorius, un détective, mais ils ont été reçus fraîchement par les autochtones, surtout par ceux qui entretiennent le cimetière. Faut dire que Louise avait mis du cœur pour les rendre colériques en piétinant la tombe. Une forme de défoulement pour cacher son désarroi.

Louise rentre à Paris, mais cette quête du père lui tient trop à cœur et elle retourne à Quillebeuf retrouver des traces de son père, Jacques Verdier. Par les voisins et ses rares amis, elle apprend qu'il était capitaine d'une drague, ces bateaux qui nettoient les fonds du fleuve pour permettre aux navires de remonter la Seine. Mais qu'il possède aussi un lourd passé, ayant été condamné pour meurtre au début des années 1980. Et puis il y a cette histoire de navire, une épave du XVIIIe siècle, qu'il aurait découverte en draguant les fonds de Seine, et qui aurait renfermé un trésor.

Seulement il semblerait que les recherches de Louise indisposent une ou plusieurs personnes. Sa chambre d'hôtel est visitée, ses affaires éparpillées et déchirées, une inscription sur le miroir de la salle de bain lui ordonne Tire-toi d'ici salope sinon bientôt ce sera ton tour. Ton tour de quoi ? De finir peut-être comme les animaux qui nagent dans le lavabo. Des têtes de rats, des souris déchiquetées.

 

 

Agathe, bientôt trente ans elle aussi, est journaliste, rédigeant de petits articles dans le Le Havre Libre,, un quotidien régional et comme de bien entendu elle doit couvrir des événements aussi importants que des inaugurations, les repas des représentants du Troisième âge et la galette des Rois ou le Noël chez les pompiers. Pigiste payée à la ligne, il faut en écrire pour toucher le minimum vital.

Un soir elle est contactée par son rédacteur en chef. Un incendie s'est déclaré au Polaris, une boîte de nuit. Elle doit couvrir l'événement. L'homme qui a déclenché l'incendie est retrouvé dans les décombres. Mort évidemment. C'est le commissaire Garrot, une figure locale immuable qui dirige l'enquête.

 

Pastorius et Louise décident de se plonger dans les archives du Havre Libre et à l'époque cette histoire de meurtre, en réalité une algarade, un crime à caractère raciste, dont Verdier fut l'accusé à cause d'un témoin inopiné, a été couvert par Garrot, alors jeune inspecteur de Police. Garrot aurait tout fait, selon l'article journalistique, pour faire tomber Verdier. Et qu'il se déplace pour l'incendie du Polaris laisse Agathe songeuse.

C'est ainsi que Louise et Pastorius font la connaissance d'Agathe, une perle en son genre et que tous trois vont s'atteler à remonter le temps et enquêter sur les deux affaires, l'accusation contre Verdier puis son décès par suicide, et l'incendie criminel de la boîte de nuit. Deux affaires qui possèdent un point commun. Non, plusieurs puisqu'une famille havraise, possédant des pions dans diverses affaires commerciales, dont le Polaris, mais également des entreprises d'Import-export s'immisce dans cette intrigue et que le commissaire Garrot mouille sa chemise dans des enquêtes dont il pourrait fort logiquement se passer.

 

Louise est bipolaire et Pastorius ne tient droit que grâce à l'alcool qu'il ingurgite, pour autant ils forment un couple d'enquêteurs tenant la route. D'autant que Pastorius conduit une Jaguar, mais qu'il est un ancien marin, voire pirate. Mais c'était avant qu'il raccroche. Louise est costumière à l'Opéra Garnier et elle professe envers la peinture, plus particulièrement Georges de La Tour et son tableau Le Tricheur à l'as de carreau, un vif intérêt.

Malgré leurs défauts, ou au contraire grâce à ces travers, variations d'humeur chez Louise, dipsomanie chez Pastorius, ces deux personnages emportent l'adhésion, voire l'empathie du lecteur. Sans oublier Agathe qui se révélera une alliée précieuse.

Yvan Michotte nous propose donc des aller-retour entre Quillebeuf-sur-Seine et Le Havre, plus quelques randonnées à Honfleur et dans le Nord-Cotentin. Peu à peu on découvre les différentes personnalités des personnages, parfois il faut attendre presque jusqu'à la fin de l'histoire, avec des prolongements logiques. La mère de Louise a eu une aventure avec Verdier, aventure concrétisée par la naissance de la jeune femme, et ce sont les conditions dans lesquelles elle a connu le marin qui forment cette intrigue peu banale. Puis la désaffection du marin envers cette amante passagère, désaffection expliquée dans des lettres qui seront remises à Louise.

Il reste toutefois quelques ombres au tableau, notamment comment Louise a connu Pastorius, et pourquoi a-t-elle attendu si longtemps pour s'enquérir de son géniteur ?

Le premier réflexe du lecteur est d'être dubitatif au début de sa lecture. Et au fur et à mesure qu'il progresse, il est conquis. En effet, Yvan Michotte a assimilé les trucs et astuces de grands feuilletonistes et romancier du début du XXe siècle, en incorporant à son récit retournements de situation en nombre, faux-semblants, substitution d'identité et autres thèmes qui firent des succès durables. Les épisodes s'enchainent inexorablement jusqu'à un final... renversant !

Un roman prometteur et un auteur à suivre.

Yvan MICHOTTE : Louise des ombres. Enquêtes normandes. Editions Le Cargo imaginaire. Parution 16 septembre 2016. 314 pages. 19,00€.

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commentaires

Alex-Mot-à-Mots 14/10/2016 09:02

L'auteur a su habillement recycler de vielles recettes, alors.

Oncle Paul 14/10/2016 14:46

Les thèmes empruntés par la littérature policière, mais pas que, se résument aux doigts des deux mains, et encore. L'amour, la jalousie, la haine, l'appât du gain sous toutes ses formes, la quête du père (ou de la mère), la recherche d'identité, le jumeau ou sosie... Après c'est le traitement qui en est fait qui renouvelle l'intrigue, ou non.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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