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6 octobre 2016 4 06 /10 /octobre /2016 07:39

La forêt qui murmurait à l'oreille du gendarme...

Patrick ERIS : Les arbres, en hiver.

Une semaine parfois c'est long, surtout lorsqu'on attend un événement, de préférence heureux.

Une semaine, ce n'est rien comparé à une espérance de vie de, soyons modeste, soixante-quinze ans. Cela ne représente qu'une semaine sur près de quatre-mille que nous serons sur Terre, et quelques fois dans la Lune.

A sept ans, le narrateur s'est perdu dans les bois, dans le Jura, une semaine à déambuler et vivre en osmose avec l'air, les plantes, les animaux, une communion qui pourrait ressembler à celle qu'a pu enregistrer Mowgli, l'enfant de la jungle de Rudyard Kipling ou Greystoke, le Tarzan d'Edgar Rice Burroughs. Lorsqu'il a été retrouvé et ramené à ses parents, l'enfant a ressenti comme un manque, un vide. Il avait perdu ses amis qu'il s'était forgé durant une semaine.

Les années passent. L'enfant grandit, vieillit, va à l'école, obtient ses diplômes, et entre à la gendarmerie, comme son père, et obtient de rester sur place chez lui dans le Jura. Mais il est différent, ne se sentant pas à l'aise en compagnie, solitaire avec ancré dans l'esprit sa forêt qui lui manque. Il y retourne parfois afin de se vivifier le cerveau.

A la gendarmerie de Clairvaux-les-Lacs, les effectifs sont réduits, Garonne a pris sa retraite deux mois auparavant et il n'a pas été remplacé, réduction du budget oblige. Il ne reste donc que Caro, une autochtone comme lui, et Serge. Le Scooby Gang.

 

Un horrible crime vient d'être découvert dans une petite ferme des environs. C'est un voisin intrigué par une fumée annonçant un début d'incendie qui a prévenu la maréchaussée. La scène de crime est comme une représentation pour le Musée Grévin. Quatre personnes, le père, la mère et les deux adolescents, un garçon et une fille, égorgés, habillés normalement et attachés sur leurs chaises devant la table de la cuisine.

Ce n'est pas le premier massacre ainsi perpétré. Une semaine auparavant, près de Saint-Claude, le préposé à la distribution du courrier, en langage clair le facteur, a découvert une famille, deux adultes et un ado attachés et placés devant la table de la salle à manger. Les coups de couteau assenés ne se comptent plus, ou alors il faut du temps.

Mais qui peut s'intéresser à ces deux faits divers d'hiver, qui se sont déroulés dans un coin perdu de la province française ? Sûrement pas les médias car sévit un jeu à la télévision qui accapare l'attention de la population. Un jeu débile de téléréalité avec des concurrents pas très futés, et cela fait des années que ça dure. Et pour donner du piment à ce jeu, les téléspectateurs peuvent parier sur l'un ou l'autre des rivaux, et naturellement l'appât du gain entretient l'intérêt dans les chaumières, dans les cafés, à la télé, dans les journaux.

Seul le journaliste local suit la progression de l'enquête par les gendarmes livrés à eux-mêmes, car les autorités compétentes et la capitale ont d'autres préoccupations en tête. Economiser dans tous les domaines étant le maître mot. Les ordinateurs rament sauf lorsqu'ils se plantent, le véhicule de fonction devrait être à la retraite depuis longtemps, et la caserne, comme bien d'autres, est insalubre. L'avantage est de pouvoir vivre chez soi, et faire taire les mauvaises langues (si, si , ça existe !) qui considèrent que le logement gratuit était un privilège éhonté et exorbitant.

Il faut au gendarme et ses deux collègues essayer de dénicher le lien entre ces deux, non trois, drames. Car un nouvel assassinat de groupe est signalé près de Macon. Les modalités ne sont pas tout à fait les mêmes, le meurtrier ayant employé une arme à feu à la place du couteau, tout de même moins bruyant.

C'est le journaliste ami du gendarme qui met le doigt sur le lien existant entre ces trois affaires. Du moins le suppose-t-il. Mais le tueur n'apprécie pas que l'on s'occupe de ses petites affaires de meurtres en série.

 

Patrick Eris nous propose deux pistes de lectures dans ce roman. L'appel de la nature, l'appel de la forêt, symbole cher à Jack London, qui scande la vie du gendarme, lequel se rend dans ce refuge boisé afin de se ressourcer, de réfléchir, de se recomposer, de communier en paix.

Mais également Patrick Eris, dans ce roman légèrement anticipatif, la date n'est pas précisée, dénonce la déliquescence, la dégénérescence de la société plus passionnée par un jeu de téléréalité que par les affaires graves qui la secoue.

Les moyens octroyés pour enquêter sont réduits au strict minimum. L'on ne peut même pas parler de portion congrue, puisque la définition de portion congrue est quantité de ressources versées mais qui est à peine suffisante pour vivre. Dans ce cas, les ressources financières et les aides en logistique et en matériel sont réduites à néant.

Laisser pourrir pour ensuite obtenir sans trop de remous ce qui a toujours été le but du jeu est une vieille tactique à laquelle les politiciens sont rompus.

L'auteur aborde également un sujet d'actualité, touchant de nombreuses communes françaises. La Poste et son désengagement dans le courrier. Il n'y a qu'à lire les compte-rendu dans les quotidiens locaux actuellement.

Ce facteur que les décideurs des villes voudraient voir supprimé au nom de la modernité.

Et bien entendu le problème de l'information mâchée, formatée, est abordé.

La forêt est la parabole du silence, de la quiétude, de la paix, de la sérénité, du retour vers des choses moins frelatées que la politique (par exemple). Le gendarme y retourne souvent avec en tête les variations Goldberg qui lui permettent de se déconnecter d'une réalité trop anxiogène.

 

Retrouvez les avis de deux amis, spécialistes qui plus est...

Patrick ERIS : Les arbres, en hiver. Meurtres en série dans le Jura. Collection Zones Noires. Editions Wartberg. Parution le 3 octobre 2016. 214 pages. 12,90€.

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commentaires

Patrick 16/11/2016 16:16

Bonjour Paul
merci pour cette critique , j'ai dévoré ce roman passionnant ....
Amitiés ...:)

Oncle Paul 16/11/2016 20:49

Bonjour Patrick
Je vois que ce roman ne t'a pas Eris...sé , cela me fait plaisir, surtout pour l'auteur...
Amicalement

PIERRE FAVEROLLE 08/10/2016 10:45

Salut Paul, bientôt en lecture chez moi, celui là. C'est un auteur dont tu parles beaucoup et il est pour moi inconnu dans mes tablettes. Je ne voudrais pas passer à coté, tout de même ! Amitiés

Oncle Paul 09/10/2016 18:56

Bonjour Serge
La série Blade a eu mauvaise presse car elle était chapeautée par Gérard de Villiers. Pourtant il y a eu d'excellents petits romans signés Nadine Monfils, Paul Couturiau, Yves Bulteau, et précédemment encore Richard D. Nolane, et j'en oublie. Amitiés

Serge 31 09/10/2016 00:10

Bonjour Paul (et Pierre)
Et il est un des derniers auteurs de la défunte série Blade...
Amitiés.

Oncle Paul 08/10/2016 14:34

Bonjour Pierre
En effet je suis Thomas Bauduret depuis 1987, alors qu'il signait Samuel Dharma au Fleuve Noir pour des romans publiés dans les collections Espionnage et Anticipation. A l'époque c'était le plus jeune auteur du Fleuve. Depuis il a changé d'alias devenant Patrick Eris mais il a gardé son nom de Thomas Bauduret pour les traductions.
Alors bonne lecture et à bientôt
Amitiés

Alex-Mot-à-Mots 06/10/2016 15:07

Le héros me fait penser à Armand Gamache.

Oncle Paul 06/10/2016 15:30

Peut-être, mais je n'ai lu aucun roman de Louise Penny. Une lacune de plus à inscrire dans la colonne Déficit Livresque....

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