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27 octobre 2016 4 27 /10 /octobre /2016 13:34

Ou contrariées ?

Olivia CATTAN : Identités contraires.

Quadragénaire, mariée, trois enfants, Sarah Keller est journaliste dans un journal dirigé par son ami Georges. Tout pourrait aller pour le mieux dans le meilleur des mondes, sans les petits incidents inhérents à la vie familiale.

Par exemple sa grande, Laura, dix-sept ans, qui rechigne comme ce jour-là à garder les jumeaux de neuf ans, car Sarah a rendez-vous avec Georges, son patron. Ou David, son mari, avec lequel les relations ne sont plus aussi amoureuses qu'au début de leur mariage. Tout ça par la faute d'un ami (un ami ? Est-ce vraiment le rôle d'un ami ?) qui a signalé avoir vu Sarah embrasser un ancien petit ami qu'elle avait perdu de vue après l'avoir quitté d'un commun accord.

Donc ce jour-là, Sarah doit effectuer un entretien avec Adrian Shek, un architecte de renommée internationale, malgré son âge et sa maladie. Enfin, pas vraiment une maladie, mais un syndrome. Il est autiste Asperger.

Tout en se rendant sur les lieux où ils doivent déjeuner, Sarah compulse son ordinateur afin de mieux connaître l'homme et son parcours chaotique. Adrian Shek est né en Tchécoslovaquie, a perdu sa sœur jumelle dans un accident de voiture, a suivi brillamment des études et son syndrome autistique a été décelé tard. Plus quelques autres petites informations.

Munie de ce maigre bagage, Sarah parvient en retard au rendez-vous mais ce n'est pas grave. Il est absorbé à écrire sur son cahier rouge, une occupation qui requiert toute son attention. Ils conversent, Adrian s'étend volontiers sur son syndrome, la soirée s'éternise, Sarah est presque subjuguée, même si elle est déboussolée par certaines impulsions ou refus de la part de son interlocuteur. A un certain moment Shek reçoit un appel téléphonique auquel Sarah ne comprend rien, l'échange oral étant en langue étrangère, et l'homme s'en va, contrarié apparemment. Il oublie sur la banquette son carnet rouge.

Sarah, curieuse comme une journaliste, hésite puis elle ouvre le carnet. Le lit. Elle est stupéfiée. Les trente premières pages lui sont consacrées. Des articles de presse qu'elle a écrit, des photos d'elle récupérées sur Internet. Et plus loin une série de lettres et de chiffres, des dates.

Le lendemain elle en parle à son mari, mais celui-ci, comme à son habitude, détourne la conversation, ne la prend pas au sérieux. C'est vrai qu'il a un métier autrement plus enrichissant : il est le directeur d'une société de comptabilité et commissaire aux comptes. Il est débordé et elle doit conduire les jumeaux à l'école.

Alors que Samuel, l'un des deux garçons, s'apprête à traverser la rue, une voiture s'élance, elle retient le gamin et le rétroviseur du véhicule la percute. Rien de grave, heureusement, mais Sarah est légèrement traumatisée. D'autant que plus tard elle comprend la signification des lettres, des chiffres et des dates inscrites dans le carnet.

Elle est invitée à manger chez Shek et une scène violente se produit, alors que sa servante sert le café. Elle appelle Georges afin de lui rendre compte de sa mission, mais il écourte la conversation, un nouveau pigiste se présentant à lui. Un beau gosse d'après Georges qui préfère les hommes. Peu après Georges est découvert assassiné. L'inspecteur Eric Mose est chargé de l'enquête. Une enquête que va prendre également à son compte Sarah car elle se rend compte qu'elle est au cœur de la cible, mais ne sait pas qui se trouve en face d'elle.

 

Un roman qui démarre tout doucement, banalement presque, mais qui s'emballe rapidement. Car l'auteur joue sur la mystification, les faux-semblants, la manipulation, les chausse-trappes envers les divers protagonistes et bien entendu envers le lecteur. Un exercice difficile dont se sort admirablement Olivia Cattan.

De même elle ne s'étend pas trop, elle ne s'appesantit pas sur le syndrome dont est affligé Adrian Shek. Elle décrit cette maladie, si tant et autant on peu appeler ceci une maladie, un dérèglement nerveux peut-être, un trouble du développement. Et cet autisme dont fait preuve Shek l'a servi dans sa vie professionnelle.

De France en Albanie jusqu'en Israël avec des incursions en Argentine, le lecteur part à la suite de Sarah, remonte le fil du temps, découvre des faces cachées d'une histoire dont Sarah n'est pas le seul personnage principal. Si elle partage la tête d'affiche avec des personnages parfois inattendus, elle reste un pion isolé malgré son entourage. L'auteur sait manier les fils de ce qui pourrait être une marionnette, mais une marionnette qui comme Pinocchio prend peu à peu sa liberté de mouvement et découvre une vie insoupçonnée.

Identités contraires est un grand roman humain qui ne laissera pas indifférent, et le syndrome d'Asperger n'est qu'une des composantes du drame qui se joue tout le long des pages de ce roman.

Olivia CATTAN : Identités contraires. HC éditions. Parution le 13 octobre 2016. 272 pages. 19,00€.

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