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8 octobre 2016 6 08 /10 /octobre /2016 06:30

Les grands espaces,

comme un Far-West stratosphérique*...

Louis THIRION : Dans les espaces déjantés.

Durant de longues années il fut de bon goût pour les chroniqueurs spécialistes ou spécialisés, de critiquer négativement la production populaire du Fleuve Noir.

Trop populaire, justement. Pas assez élitiste. Production trop abondante et présence trop importante dans les points de distributions, trop envahissante même. Et naturellement cette production ne pouvait qu'être décriée, jugée comme mauvaise, écrite par des tâcherons n'ayant aucun talent. La jalousie certainement qui animait ces chroniqueurs qui pour certains ne se firent un nom que par leurs articles virulents, ayant du mal à percer eux-mêmes en littérature. Vaste débat récurrent...

Heureusement, depuis quelques années, le vent a tourné, et les avis, s'ils ne sont pas encore dithyrambiques, ne sont pas toujours négatifs, reconnaissant à certains romanciers (pas tous quand même) un véritable talent et une imagination débordante et sans faille. Il faut avouer que souvent les pensées politiques influaient (influent encore) les critiques selon les opinions des uns et des autres.

Heureusement, écrivais-je, le venta tourné et des maisons d'éditions, des petites structures indépendantes ont osé bravé les sentences, et ont tiré de l'oubli volontaire dans lequel les avait plongé la désaffection du Fleuve noir vis à vis de ses collections phares, virant ses auteurs comme de vulgaires serpillères. Rivière Blanche, la première, bientôt suivie par les éditions Critic, se sont attachées à redonner des couleurs aux anciens pourvoyeurs de textes du Fleuve, publiant inédits et rééditions, découvrant également de nouveaux talents dignes de leurs prédécesseurs.

 

C'est ainsi que Louis Thirion figure au catalogue de Rivière Blanche et depuis peu à celui de Critic, malheureusement quelques années après sa disparition. Une forme de reconnaissance tardive mais bienvenue, car si la valeur n'attend pas le nombre des années (déjà lu quelque part !) le talent lui est éternel.

Dans ce volume trois romans qui ont marqué la production torrentielle du Fleuve Noir, et comme le premier de cette trilogie a été publié en juin 1968, on peut supposer une relation de cause à effet.

Les Stols (Anticipation N°354), Ysée-A (Anticipation N°427) et Sterga la Noire (Anticipation N°456) sont suivis d'une postface signée Roland C. Wagner, un article paru en 1995 dans Le feu aux étoiles aux éditions Destination Crépuscule.

Admirateur fervent de Louis Thirion, Roland C. Wagner (décédé le 5 août 2012) connaissait l'œuvre de celui qu'il considérait comme son maître et il en parlait avec passion.

Après une analyse rapide de la collection Anticipation jusqu'en 1968, année qui vit la parution du premier roman de Louis Thirion, avec la présence de nombreux auteurs français qui ont marqué de leur empreinte cette vénérable institution littéraire et qui ont pour noms Gilles d'Argyre (Gérard Klein), Kurt Steiner (André Ruellan), Pierre Barbet, Stéphan Wul... Roland C. Wagner s'attarde sur le cycle de Jord Maogan, six romans dont seuls trois ici sont réédités.

Les Stols :

Après la deuxième guerre atomique qui opposa les Etats-Unis à la Chine, et comme jamais deux sans trois, une troisième guerre est déclarée entre les Etats-Unis, toujours eux, et l'Union Soviétique. Mais celle-ci se déroule dans l'espace et les Terriens ne sont guère affectés par cet affrontement. Toutefois, le 12 juin 2009, d'étranges événements se déroulent dans le laboratoire de Savhanah Flood, dans l'Arizona.

Le vaisseau intersidéral du commodore Jord Maogan a été capturé et il se retrouve sur Stol IV, la dernière planète habitable de la Galaxie. Les Stols, qui sont en phase de dégénérescence, ont décidé d'envahir la Terre et de se fondre dans les Terriens, qui deviendraient une sorte de coffre-fort susceptibles de garder leurs souvenirs et leur personnalité. Les Stols auraient alors cannibalisé les humains dont ils auraient accaparé l'enveloppe préalablement vidée à l'aide d'une mousse verte de leur composition.

Jorg Maogan échappe à cette vampirisation grâce à une Stol, Sane Mac Kinley. Mais une grande partie de la population terrienne est déjà atteinte par cette intrusion corporelle et mentale.

 

Dans Ysée-A, on retrouve Jord Maogan en l'an 2370. Sa mission, explorer Cirva à des fins d'adapter ce monde et le terraformer. Mais il tombe sous le contrôle psychique d'un Tulg nommé Oen-Vur, dont l'apparence est celle d'un œuf lumineux. Oen-Vur et sa compagne Ysée-A ont dormi quelques milliards d'années sur Gmour, devenue Cirva. Une bagatelle en comparaison du temps écoulé depuis le Big-bang. Ysée-A, elle, s'est fondue dans le corps de Solène, une biologiste Stol. C'est le début d'une histoire incroyable ponctuée de scènes délirantes. D'ailleurs Roland C. Wagner, dans son article, met en parallèle Ysée-A et l'univers littéraire de Van Vogt de par sa dimension et son souffle.

Enfin avec Sterga la Noire, Jord Maogan n'est plus le héros omniprésent, puisqu'il n'apparait qu'au premier et dernier chapitre. Le héros négatif est le puissant consortium Mac Dewitt.

 

L'univers de Louis Thirion, bousculant les codes établis, est à fois empreint d'humour et d'une forme nouvelle d'inspiration : l'écologie et le gaspillage des ressources naturelles. Louis Thirion reste le précurseur de ces thèmes, qui depuis ont connu différentes variations de traitement, mais aborde bien d'autres sujets comme l'exploitation de l'homme par l'homme. Des romans qui étaient novateurs pour l'époque, même si le space-opera n'est pas loin, et qui aujourd'hui prennent toute leur signification, l'exploration, l'exploitation et l'asservissement des planètes en moins, mais cela ne saurait tarder.

Les côtés déjantés, ou décalés, de certaines scènes font penser à des feuilletonistes et écrivains du début du XXe siècle dans leurs romans d'anticipation comme Arnould Galopin, Jean de La Hire ou René-Marcel de Nizerolle alias Marcel Priollet. Mais la rigueur en plus et les approches sous-jacentes signalées plus haut car Louis Thirion était scientifique de formation, notamment dans la recherche biologique moderne.

 

Stratosphérique est un mot devenu à la mode depuis qu'un journaliste sportif l'a employé en natation, qualifiant le temps réalisé de stratosphérique. Encore une imbécilité de plus à mettre à son actif, mais on en entend tellement à la télévision de nos jours !

 

Louis THIRION : Dans les espaces déjantés. Réédition de trois titres parus précédemment au Fleuve Noir. Editions Critic. Parution le 19 novembre 2015. 472 pages. 25,00€.

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