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5 octobre 2016 3 05 /10 /octobre /2016 08:26

Une famille décomposée...

Cicéron ANGLEDROIT : Qui père gagne.

Détective privé, d'argent mais pas d'ambition ni de femmes, Cicéron Angledroit est tout surpris que le commissaire Saint Antoine lui confie une mission.

Ce n'est pas vraiment un ami, tout juste un copain, une relation privilégiée qui lui amène parfois des affaires que ses hommes ne peuvent résoudre, mais là, que le commissaire Saint Antoine lui demande d'enquêter sur la vertu de sa femme, il en reste comme deux ronds de flan notre sympathique Burma de banlieue.

Saint Antoine entretient des soupçons sur la fidélité de sa quinquagénaire d'épouse qui travaille au service relationnel de la mairie. Cicéron ne peut refuser, et il s'attelle à la tâche, pas trop difficile ni compliquée. Il suit la dite gente dame qui effectivement se rend dans des hôtels, le Grabhôtel à Rungis, le Break and Baise d'Alfortville, mais il se rend bien vite compte que ces démarches ne sont effectuées que pour permettre à des personnalités en déplacement de trouver un hébergement. Pour le reste, ceci ne le regarde pas, le commissaire non plus et l'honneur de l'épouse est sauf.

Cicéron n'a jamais connu son père. Un appel téléphonique émanant de Paul Automne, un vieil ami de la famille, va lui donner l'occasion de démontrer ses talents et le plonger dans des affres propres à lui faire tourner le ciboulot. Paul Automne chantait dans les cabarets, un répertoire qui allait de Brel à Perret, mais il a raccroché son micro depuis quelques années. Paul qui venait de temps à autre chez lui, quand il était gamin, et longtemps Cicéron a même cru qu'il était son père. Et puis, les années passant, ils se sont perdus de vue.

Paul Automne, qui est près de l'hiver, lui annonce qu'il est dans la merde (en français dans le texte et sans en changer un mot), mais ce qui tourneboule Cicéron, c'est que le vieil homme l'appelle mon fils. Pourtant il n'est pas curé. L'âge ou l'émotion peut-être. Rendez-vous est pris pour le lendemain dans la matinée. Toujours à l'heure Cicéron, mais c'est pour tomber sur le commissaire Saint Antoine et constater la présence de voitures de police, gyrophares en action.

Paul Automne ne dira pas ce qui le turlupinait. Il est mort d'un excès de courants d'air, une trentaine de balles dans le corps, plus deux dans la tête et le cœur, au cas où. Ce ne peut être un suicide. Donc la thèse du meurtre est privilégiée. Double effet qui secoue, vous savez comme dans la pub pour un soi-disant bonbon, c'est lorsque Cicéron apprend que Paul Automne ne s'appelait pas ainsi mais tout bonnement Angledroit, comme lui. Et ce n'est pas une coïncidence. Automne n'étant qu'un nom de scène. Cicéron hérite donc d'un père, mort.

Comme il est reconnaissant pour toutes les bontés qu'avait pratiquées le chanteur en retraite, Cicéron va enquêter sur le meurtrier, en marge du commissaire Saint Antoine, mais aidé par ses amis, Momo et René.

Débute une histoire tragi-comique, avec quelques scènes croquignolettes dont il serait dommage que je vous en révèle la teneur. Sachez toutefois qu'un autre cadavre va être découvert, que des photos prises à Créteil vont intriguer le commissaire et Cicéron, séparément tout en trouvant ensemble dans le même lieu, et les mettre sur la piste d'objets pieux made in China et autres aventures plus ou moins épiques.

 

Bien entendu, ce roman fait insensiblement penser à l'écriture san-antonienne, mais pourtant il ne s'agit ni d'une parodie, d'un pastiche, ou d'un ouvrage apocryphe. Juste un hommage. Cicéron Angledroit fait de l'Angledroit, même s'il affiche ouvertement ses références livresques. Ainsi, outre le commissaire Saint Antoine, notre détective-narrateur a une petite fille, Elvira Angledroit (Vous avez remarqué le jeu de mot ?), dont la mère est partie et qui est élevée par sa grand-mère, c'est à dire la mère de Cicéron. Une de ses voisines se prénomme Félicie, aussi, quant à ses deux compères, René et Momo, ce sont presque les fidèles reproductions de Bérurier et de Pinaud. Presque car si René est un adepte dipsomane de la bouteille sous tous goûts et couleurs pourvue que son contenu soit alcoolisé, il est employé à l'Hyperpascher comme ramasseur de chariots. Momo, manchot depuis un attentat, vend Le Belvédère, journal des SDF, à la sortie du magasin et il réfléchit plus qu'il parle.

Cicéron vit et travaille surtout en banlieue sud de Paris, dans le Val de Marne principalement. Il aime les femmes qui le lui rendent bien. Ne parlons plus de son épouse, mais de Brigitte la pharmacienne, qui le convie à d'agréables passe-temps, de Monique qui est enceinte des œuvres charnelles de Cicéron mais vit avec Carolina, ayant une tendance déclarée mais non prohibée à sacrifier au rite de Lesbos. Et puis il ne faut pas oublier Vaness' R'messa, l'adjointe de Saint Antoine, qui démontre à notre héros qu'on peut prendre son pied avec justement ce bout extrême de membre inférieur délicatement manipulé (ou pédiculé puisque manipulé c'est avec la main).

 

Cicéron ANGLEDROIT : Qui père gagne.

Cicéron Angledroit pratique l'humour avec sérieux et inversement proportionnel. Il existe entre lui et le lecteur une connivence de bon aloi qui n'est pas sans rappeler son illustre prédécesseur en littérature. Il s'amuse à évoquer certaines personnalités publiques et à déformer les propos, jouant avec les mots et les situations, surtout lorsque c'est René qui s'exprime. Et comme les grands esprits se rencontrent, tout comme Frédéric Dard, il apprécie Céline, mais aussi Léo Malet (avec un seul L, malgré ce qui est noté en quatrième de couverture et même si avec deux L on s'envoie mieux en l'air). Et il ya bien une légère corrélation avec Burma chez Angledroit, celui de la tendresse et du goût de la liberté, un petit côté ronchon parfois et naïf à la fois. Seulement Angledroit ne boit pas ou rarement, le plus souvent du café sans sucre, il ne fume pas, il ne parle pas pour ne rien dire mais il baise* la vie et les deux mains de ses amies complices et compagnonnes.

Un remède à la morosité dont il faudrait user plus souvent, car ne nuit pas grave à la santé.

* Dans le sens de donner une bise, embrasser étant le plus souvent employé mais dont le sens primaire est tenir dans ses bras. Je ne voulais pas vous laisser croire à une quelconque salacité dans mes propos.

 

Pour illustrer certaines de mes assertions dans l'antépénultième paragraphe :

Comment qu'elles ont pu faire ? Elle a dû se faire faire une infécondation vitrée.

Par exemple, vous connaissez Christiane Boudin, la député intégriste ?
Oui, bien sûr...
Eh ben il lui a inculqué (verbe choisi) la sodomie. Ça vous étonne, hein ?
En effet !
Mais c'est inutile de le mentionner dans votre article. Et Micheline Amiot-Larry, vous voyez qui c'est ?
Oui, l'ancienne ministre.
C'est ça ! Eh ben, elle, il l'a fait se prostituer dans le bois de Meudon. Avec une perruque, elle ne voulait pas qu'on la reconnaisse. Voilà, c'était ça, Paul ! Un artiste, un conceptuel, un visionnaire !

Du même auteur, dans la même collection :

Cicéron ANGLEDROIT : Qui père gagne. Les enquêtes de Cicéron N°5. Editions du Palémon. Parution le 9 septembre 2016. 256 pages. 10,00€.

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