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14 septembre 2016 3 14 /09 /septembre /2016 09:57

Un roman de politique fiction qui n'est pas tout à fait une fiction mais est résolument politique...

Marek CORBEL : En proie au labyrinthe. Volume 1 La lutte.

13 février 2016.

Arno et Julie attendent l'arrivée des copains puis l'heure de la manifestation organisée par le Collectif. Le rassemblement des mécontents doit partir de la Bastille et rejoindre la place de la République où ils se trouvent.

Arno, d'origine italienne, habitant dans l'Oise, connait le marasme comme la plupart des diplômés. Avec une maîtrise d'histoire en poche, il est réduit à travailler comme chauffeur-livreur pour une boîte de la Plaine Saint-Denis. Ce qui ne l'empêche pas de s'imprégner d'un ouvrage de Curzio Malaparte. Julie est vendeuse de produits de luxe et son salaire, c'est vraiment pas du luxe. Alors vendre des sacs de marque pour vivre chichement dans une cité à Goussainville, il y a de quoi regimber. Dans le petit groupe, il y a aussi Adeeb, l'instigateur du Collectif, ou encore Geneviève, la trésorière qui travaillant à la Mairie de Paris est en colère car l'édile ne veut pas embaucher sa fille, malgré ses nombreux bagages.

Ils se sont connus quelques années auparavant, alors que des tracts étaient distribués à la Gare du Nord pour réclamer l'embauche de cheminots et la réfection des rails de chemin de fer. Les retards ne se comptent plus, ça rouspète, et les patrons des entreprises sont prompts à montrer la porte de sortie pour accumulation de prises de service tardives des pauvres voyageurs qui n'y peuvent rien. Le Collectif a gagné sa bataille pour réhabiliter le Transrégional.

Mais en ce 13 février, la manifestation a un tout autre but. Il s'agit de protester contre la décision gouvernementale de baisser le salaire minimum. Et ça, ça ne passe pas du tout.

 

Pendant ce temps, à Bruxelles, Jan Herrero de La Pena, le président du Cartel, doit prononcer une allocution à la télévision. Mais auparavant deux personnalités politiques françaises demandent à être reçues. Un ancien secrétaire général adjoint de l'Union du rassemblement républicain de droite et un ancien ministre social-démocrate congédié (viré) depuis deux ans. Cet Espagnol qui dirige le Cartel d'une main ferme, veut obliger certains pays européens à opérer des réformes en profondeur afin de résorber leur déficit. Et la France est l'une de ces nations en état de crise. Le président Govin a remplacé le président Akni, mais pour autant rien n'a évolué, ou en pire. Le président actuel ne veut pas se laisser monter sur les pieds par le Cartel, et encore moins se faire commander, de se voir imposer des décisions qui sont contraires à sa politique. Mais en coulisses, les tractations sont âpres, et la NSA, en la personne du Colonel Ted Winsley, tente de contrer l'emprise du Cartel.

 

Quelques semaines auparavant, le capitaine Girod qui avait été affecté aux archives du 36 Quai des Orfèvres après un différent avec son supérieur, Langlois dit L'Angle, se voit muté à la BOPMO, un acronyme rébarbatif. Il est en délicatesse avec son fils Thomas depuis sa séparation d'avec sa femme, ce qui le ronge. Il retrouve avec un certain plaisir et comme Chef Madame Raymonde, qui elle aussi avait purgé une peine de placard. Faut préciser que Langlois était le protégé d'Akni, lorsqu'il était président de la République, mais que depuis l'élection de Govin, les chaises musicales ont fait leur œuvre. Tellement bien que Langlois, après avoir été convaincu de corruption, s'est suicidé. Seul point noir dans cette mutation, celle de son adversaire le commandant Daumal dans le même service. Faut dire que le dernier mot revient tout de même à la commissaire Béhar, alias Madame Raymonde, et les embrouilles entre collègues ne doivent pas dégénérer dans le service.

 

Et en ce 13 février, alors que la révolte gronde, tous les éléments se mettent en place pour l'affrontement.

Un climat délétère entretenu en sous main par Herrero de La Pena et ses deux adjoints, Enzo Van Den Huyghen et Ernst Waldman qui s'étaient résignés à faire élire Govin.

Le Président Govin, malgré ses talents indéniables de rassembleur, n'a pas fait prendre clairement position à sa majorité afin de consolider le traité d'intégration.

Herrero de La Pena s'est également attaché les services de trois grosses pointures de l'économie française : Darbot, dit le maçon, premier groupe de BTP européen, contrôlant une dizaine de journaux régionaux; Ramon, qui pilote un des premiers conglomérats mondiaux d'aérospatiale et qui s'est diversifié dans l'édition et quatre chaines de télévision qu'l dirige d'une main de fer. Sans oublier Viguer qui perpétue la tradition familiale de l'armement sous toutes ses formes et poursuit l'emprise croissante sur la presse dite d'opinion. Darbot se justifie auprès de Herrero de La Pena en lui déclarant :

De toute façon, on a rempli notre part du job. L'extrême-droite, la guerre des sexes, la diversité, l'islam on a usé tous les sujets et titres jusqu'à la corde. Il (Govin) n'a même pas été foutu de faire passer la baisse du salaire minimal, durant les trois années ni d'augmenter certaines exonérations, comme il nous l'avait promis les yeux dans les yeux.

Govin doit rendre des comptes à de La Pena, et se justifie comme il peut.

Vous savez, monsieur Herrero, le pays est à bout. Le conseil national du parti se présente comme houleux. L'extrême-droite prospère... J'ai fait ce que j'ai pu.

Et lorsque je vous aurai présenté ce personnage selon une rapide description physique, vous aurez toutes les clés en mains pour mettre des noms réels sur ces personnages fictifs.

La touche d'humour de Christian Govin ne seyait guère à l'embonpoint du président français. Ce crétin trouvait le moyen de faire de l'esprit. La face guillerette du chef d'état blanchit... Govin, levant ostensiblement son goitre naissant...

 

Politique-fiction uchronique, ce roman a été publié en version numérique en2014 et les événements se déroulent en 2016. Or la version papier parait justement fin 2016, et les événements sont donc devenus obsolètes.

Peut-être eut-il mieux valu placer l'action dans une dizaine d'années plus tard, afin de pouvoir se projeter plus facilement dans le temps.

Mais l'auteur a voulu se placer au plus près des échéances électorales et si certaines décisions n'ont pas été prises, la crise européenne existe et la Loi Travail a remplacé la proposition romanesque de l'abaissement du salaire minimum.

Le propos principal est bien de démontrer les tractations en coulisses des dirigeants européens, nul n'est besoin de remplacer Herrero de la Pena par un patronyme espagnol existant, et des décisions politiques prises en totale contradiction avec les programmes de campagne électorale.

Marek Corbel est diplômé de l'Institut d'Etudes Politiques de Toulouse, et cela se ressent dans le contexte décrit par le roman, dans ses analyses également. Et le lecteur, qui comme moi ne s'intéresse guère justement à la politique politicienne, surtout lorsqu'elle est commentée par les médias, peut se trouver parfois largué. Pour autant, il ne s'agit pas d'indifférence mais de lassitude et il ne faut pas assimiler cette désaffection vis à vis des partis à l'engouement provoqué par certaines thèses et réduire le tout comme cet antifasciste de salon, ne sachant pas de quoi il parlait, enseignant ou profession libérale vraisemblablement, dont l'appréhension de cette province en proie au labyrinthe du délitement économique, se résumait à une approche assez sommaire, finalement : des émissions de téléréalité consacrant le côté débile léger de ces familles nombreuses  au chômage depuis des lustres. L'alcool, la misère, autant d'éléments qui permettaient d'expliquer le vote crypto-nazi, dans ces terres reculées.

 

Un livre intéressant à plus d'un titre, qui nous aide à nous y retrouver dans les arcanes, dans le labyrinthe, voire la jungle des politiques européennes, pour ne pas dire internationales.

Marek CORBEL : En proie au labyrinthe. Volume 1 La lutte. Editions La Liseuse. Parution version papier 20 juin 2016. 252 pages. 17,99€.

Parution en version numérique 5 novembre 2014. 2,99€.

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commentaires

Alex-Mot-à-Mots 15/09/2016 14:47

Le propos colle donc à la réalité.

Oncle Paul 15/09/2016 14:58

Oui, et le deuxième un peu moins, heureusement. Mais pour savoir quoi, il faut attendre la mise en ligne de mon billet....

pascal varalli 14/09/2016 12:37

C'est déjà aujourd'hui le retour tant attendu de Marek Corbel. Lisez ce 1er opus, parce que le 2ème est en vente libre et que le complot politique se noirci encore plus. OK c'est ardu ( un peu ) mais on est en pleine actu. Et le 3ème va nous bouleverser tout ça. A lire les yeux fermés... Hé hé...!

Oncle Paul 14/09/2016 15:10

Je suis en train de lire le deuxième volume intitulé La Tourmente, effectivement c'est légèrement ardu, parfois même tordu, comme nos hommes (sans oublier les femmes) politiques. Quant au n°3, comme il est prévu pour 2017... les bouleversements sont au programme mais dans quel sens ?

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