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19 septembre 2016 1 19 /09 /septembre /2016 09:30

Une nuit à Bangkok

Et le monde vous appartient

Les bars sont des temples

Mais les perles ne sont pas gratuites.

One night in Bangkok. Murray Head.

 

Christophe SEMONT : Une danse avec le diable.

Les adversaires et les lieutenants, à la mort du chef du clan Sukapatana, pensaient pouvoir s'annexer le trafic dont celui-ci était le détenteur. Mais l'héritière, Dao Sukapatana, la fille du défunt, une femme déterminée, mentalement et psychiquement, s'est imposée aux prétendants, parfois avec la manière forte. Et elle sait qu'elle peut compter sur son adjoint Khim Pao et deux tueurs à sa solde et entièrement dévoués, Alisa Keerati et Pawalit Timkul, intraitables et ne se posant pas de questions sur la finalité de ses exigences.

La dernière mission en date, dont ils sont sortis maîtres avec l'aide de quelques hommes, récupérer une cinquantaine de kilos d'héroïne quasiment pure.

 

Prachya Srimonju, cinquante-six ans et capitaine de police de Bangkok, peut s'estimer satisfait. Il a grimpé un à un les échelons de la hiérarchie, mais cela ne suffit pas à son bonheur. Car la solde qu'il perçoit chaque mois est maigre en comparaison à ce que peuvent percevoir les truands et les hommes politiques corrompus dans l'exercice de leurs petites magouilles. Alors en compagnie de son adjoint, le sergent Piak Chaiyon, il propose aux tenanciers de bar et de bordels, leur protection, contre monnaie sonnante et trébuchante, bien entendu. Ce jour-là, il est obligé de s'adjoindre lors de sa tournée une jeune recrue, un stagiaire pas encore perverti. Le jeunot est prié de rester dans le véhicule de fonction, tandis que Srimonju et Chaiyon mettent la pression sur le patron d'un restaurant. Le restaurateur est rétif et les ennuis physiques commencent à lui tomber sur le râble (même si le lapin n'est pas au menu du jour) afin qu'il comprenne qu'il a besoin de protection. Le jeunot assiste à cette échauffourée et Chaiyon lui indique que son avenir dépend de son silence. Mais il existe une fracture dans la vie de Srimonju. Il vit avec sa jeune sœur Pumwaree qui est aveugle. Elle se débrouille seule, mais ne sort uniquement que dans la maison avec jardinet qu'ils habitent.

 

Petchai Nakprasitte est un boxeur raté. Son père misait beaucoup sur lui, des espoirs déçus, mais il pariait sur ses adversaires. Petchai n'a pas réussi une carrière dans cet art martial mais il ne s'est pas laissé abattre et il est devenu propriétaire du Snakes and Dragons, aimable établissement destiné aux détentes masculines. Officiellement, c'est un bar, officieusement un bordel et Petchai est à la tête d'une petite équipe de jeunes femmes qui se prostituent volontairement. Souvent par obligation financière, mais un statut accepté.

Parmi les jeunes femmes qui constituent son cheptel, Mai Lek, une mère dont la fille Chintara a été accidentée et qui depuis végète dans un hôpital. Mai Lek est confiante, nul doute que sa fille va guérir, mais les soins coûtent cher.

 

C'est par l'une de ses protégées que Petchai apprend que le clan est en possession d'une très grosse quantité d'héroïne. Justement, lorsqu'on parle du loup il pointe sa queue, Khim Pao, du clan Sukapatana, lui rappelle incidemment que son père, joueur invétéré, devait une grosse somme à l'héritière du clan, et que lui, le fils, doit rembourser, sinon, les ennuis vont lui tomber dessus comme un nuage de sauterelles sur un champ de blé mûr. Et comme un problème n'arrive jamais seul, le corps d'une de ses protégées est retrouvé par un de ses employés au fond de son établissement. Il décide d'en informer la police et Prachya Srimonju en profite pour lui proposer, sinon imposer, sa protection.

Et Petchai se trouve placé en haut du triangle dont les deux autres angles sont constitués par le clan d'un côté, et le capitaine de police et son fidèle adjoint de l'autre.

Un sacré méli-mélo qui va devenir un affrontement général, aussi violent que la boxe thaïlandaise mais dont les protagonistes ne respecteraient pas les règles. Petchai ne savait pas qu'en informant Prachya du meurtre de l'une de ses protégées qu'il mettait les doigts dans un engrenage infernal qui allait dégénérer en guerre de tranchées avec nombreuses victimes à la clé.

 

Dans les années 1980, le gros reproche qui était fait à l'encontre de Gérard de Villiers était que ses romans comportaient une grosse dose de violence et d'érotisme. Ce qui n'empêchait pas les ventes au contraire. Seuls les critiques vertueux s'élevaient contre l'accumulation de ces deux ingrédients. Depuis, pratiquement tous les auteurs de romans noirs et d'aventures utilisent ces condiments et cela apparemment n'importune plus personne. Au contraire, les critiques et blogueurs spécialisés font leurs choux gras de ce genre de roman. Et insidieusement, le lecteur, qui aurait pu effectuer des critiques négatives dans les années 1980, se délecte à la description de scènes érotiques et violentes. Les temps changent ma brave dame.

Christophe Sémont, comme bien d'autres, a amalgamé ces recettes, se les appropriées et il nous propose un roman noir et dur non dénué de tendresse par moment, d'humanisme parfois, d'émotion également, les moments de tendresse et de misérabilisme alternant avec les scènes d'action.

Un roman exotique placé dans un pays qui attire le tourisme pour la beauté de ses paysages mais également pour des raisons sexuelles. Et dont le propos, le thème, le lieu diffèrent totalement du premier ouvrage de Christophe Sémont, Soleil noir, dont l'action se situe en Argentine.

Une danse avec le Diable est un roman beaucoup plus ambitieux, même si la barre était déjà placée haut dans Soleil noir, et le pari est réussi. Maintenant il ne reste plus qu'à Christophe Sémont à continuer et à réaliser la passe de trois.

Christophe SEMONT : Une danse avec le diable. Thriller. Editions Critic. Parution le 2 septembre 2016. 242 pages. 17,00€.

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commentaires

Alex-Mot-à-Mots 19/09/2016 14:10

Murray Head, ça ne nous rajeunit pas....

Alex-Mot-à-Mots 20/09/2016 09:25

C'est trop gentil. J'étais née, mais pas bien vieille....

Oncle Paul 19/09/2016 17:07

C'était en 1984 ! T'étais même pas née...

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