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2 août 2016 2 02 /08 /août /2016 11:00

Sans lunettes et sans fusil...

Richard MARSH : La femme dans la voiture

Sortant du Climax Club de Londres, vers les deux heures du matin, le colonel Overton raconte à son compagnon de soirée, John Baird, un épisode dont il a été le témoin un peu plus d'une heure auparavant.

En effet il a vu, alors qu'il passait dans Piccadilly, une femme frappant un homme d'un coup de couteau dans le dos. Un événement passé inaperçu jusqu'à ce qu'elle disparaisse dans la foule.

Mais Baird est intrigué par une automobile stationnée de l'autre côté de la rue. Il l'a déjà remarquée une heure plus tôt. Un homme était au volant, semblant dormir. Tout à coup, une jeune femme s'est levée de l'intérieur, l'a dévisagé comme si elle voyait un spectre, puis s'est précipitée dans une ruelle.

Juste à ce moment, un taxi arrive, s'arrête au niveau du véhicule stationné, une femme en sort, se précipite vers l'auto, ramasse quelque chose puis remonte dans le taxi qui s'éloigne à grande allure.

Le chauffeur dort toujours, mais en réalité, les deux hommes vont bientôt s'en rendre compte, il est mort. Il a été assassiné. Baird est persuadé connaître cette jeune femme mystérieuse. D'autant qu'il ramasse subrepticement un mouchoir qu'il examine plus longuement et minutieusement chez lui. L'initiale E est brodée dans un coin. E comme Eleanor, qu'il a fort bien connue quelques années auparavant. Depuis il a parcouru le monde et au bout de cinq ans il est revenu en Angleterre. Eleanor s'est mariée avec le comte de Ditchling, notablement plus vieux qu'elle.

L'inspecteur Hextall de Scotland Yard, procède aux premières investigations et le docteur Leach donne son verdict : l'homme a bien été assassiné mais le plus étonnant c'est qu'il a reçu deux balles, qu'il a été apparemment égorgé mais que son corps comme ses vêtements sont déchiquetés. un collier d'animal est découvert ainsi que d'autres objets. L'homme se nomme Andrew Tozer et il est à bord d'une Rolls-Royce appartenant au comte de Ditchling.

Débute alors une enquête touffue à laquelle participent chacun de leur côté l'inspecteur Hextall et Baird.

Tout semble mener à la comtesse Ditchling, qui interrogée par son mari revenant de Londres, tergiverse alors qu'elle vient le chercher à la gare d'Exeter. Baird retrouve Pauline, la jeune sœur d'Eleanor, toute gamine lorsqu'il est parti et qui depuis est devenue une fort belle et avenante jeune fille. Et qui est cet Andrew Tozer dont ce n'est pas le véritable patronyme ? Bien d'autres personnages, féminins et masculins, se révèlent être le reflet d'eux-mêmes dans une glace déformante. Et pourquoi Eleanor ingurgite-t-elle un poison qui la laisse sans connaissance, affolant sa sœur Pauline, laquelle en informe Baird ?

 

Touffue, complexe, cette intrigue est pourtant méticuleusement concoctée, et les différents épisodes narrés minutieusement. Ainsi le parcours d'une voiture est décrit avec précision par Lewis Kohn, autre inspecteur de police, mais tout ceci n'apporte rien de probant selon Hextall.

Ce qu'il s'est passé, s'il s'est bien passé quelque chose, nous ne pouvons que le supposer; plus nous avançons dans cette enquête, plus les événements nous apparaissent comme inexplicables.

Et comme Hextall n'est pas un policier borné et imbu de lui-même, il déclare peu après :

Mais si les faits sont bien tels que vous les avez décrits, l'objectif de cette manœuvre nous échappe encore. Il se pourrait bien que j'ai pris cette affaire par le mauvais bout.

Si la narration de cette intrigue est fortement ancrée dans son époque, certains épisodes pouvant prêter à sourire, le fond en lui-même était novateur. Bien entendu l'emploi des technologies modernes auraient pu dénouer cette affaire plus rapidement, mais la voiture, en général, joue un rôle fort important, sinon primordial dans cette enquête.

Un roman dont les dialogues sont habilement construits, comme savaient le faire les romanciers à cette époque, parfois un peu longuets j'en conviens, mais dénués de la boue vulgaire qui englobe souvent la production actuelle.

Un roman qu'apprécieront les amateurs d'histoires complexes, bien construites, à l'énigme toujours présente et au suspense psychologique indéniable.

A lire également de Richard Marsh :

 

Richard MARSH : La femme dans la voiture (The woman in the car - 1915. Traduction de Charles Giraudeau, revue et complétée par Jean-Daniel Brèque). Première parution Le Figaro du 2 septembre 1915 au 29 octobre 1915. Collection Baskerville N°30. Editions Rivière Blanche. Parution avril 2016. 352 pages. 25,00€.

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