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25 août 2016 4 25 /08 /août /2016 07:15

Les dossiers provoquent parfois des dos sciés...

Georges SIMENON : Les dossiers de l'Agence O.

La Cité Bergère, une ruelle qui prend naissance rue du faubourg Montmartre et se termine dans la rue Bergère, abrite le Palace, un grand music-hall réputé où défilent de nombreux artistes.

Face à l'établissement, un salon de coiffure. Et au second étage de l'immeuble abritant l'échoppe du figaro, une plaque annonce la présence de l'Agence O. Les lieux ne sont guère reluisants, mais les clients ne s'attardent pas sur la propreté ou le décor.

Une jeune femme appuie sur la sonnette et c'est un garçon de bureau qui ne paie pas de mine qui l'invite à entrer dans l'antichambre miteuse. Elle veut le directeur.

Elle est reçu par Joseph Torrence, ex-inspecteur de la police judiciaire, reconverti comme détective. L'Agence travaille surtout avec des assurances, résolvant des affaires de vol, ou d'arnaques, voire de meurtres.

Joseph Torrence est un colosse débonnaire, à la quarantaine bien soignée et bien nourrie.

La jeune femme se présente comme étant Denise Etrillard, de la Rochelle. Son père, qui doit se rendre à l'agence dans l'après-midi, est notaire dans la cité surnommée la Porte océane.

Ce qu'elle ignore cette gente demoiselle qui tamponne ses yeux avec un mouchoir, c'est qu'elle est surveillée au moyen d'une glace sans tain, dans une autre pièce, par Emile, un homme d'apparence jeune et roux.

Ce qu'elle ignore également, c'est que Torrence n'est que la devanture avantageuse de l'Agence, le véritable patron étant Emile qui préfère se cantonner dans un rôle subalterne. Emile qui se déplace toujours avec un appareil photographique, et qui dit Patron à Torrence devant les clients ou toute autre personne susceptible d'assister à leurs conversations.

L'édification d'Emile est rapidement faite. Dans son réduit il dispose de nombreux annuaires et Bottins, et d'indicateurs des Chemins de Fer. Ce qui lui permet de vérifier les assertions de la dénommée Denise, assertions qui sont fausses.

Alors il décroche le téléphone intérieur et ordonne à Barbet, le garçon de bureau, dont ce n'est pas le véritable nom et au passé chargé d'habile détrousseur, d'un seul mot : chapeau. Ce qui signifie que Barbet doit suivre la demoiselle lorsque celle-ci va quitter le bureau.

Un rite quasiment immuable lorsqu'une affaire se profile et que l'agence est chargée de résoudre, quel que soit le solliciteur des compétences de l'Agence O.

Ce trio d'enquêteurs masculins ne serait pas complet sans une présence féminine, même intermittente. Il s'agit de mademoiselle Berthe, la secrétaire, qui parfois aide Emile dans ses enquêtes.

Sans oublier une figure tutélaire, celle du commissaire Maigret. En effet Torrence fut l'un des adjoints du célèbre commissaire, pensionnaire du 36 Quai des Orfèvres. Et inévitablement quelques tics, quelques habitudes, des routines se sont imposés à Torrence.

Maigret travaillait volontiers à la bière, ou au gros rouge. Torrence, qui a été son élève pendant si longtemps, travaille indifféremment à tout ce qui se boit, et le bon feu de bûches ne lui vaut rien, ni le fauteuil profond dans lequel il s'enlise (La cabane en bois).

Serait-ce à supposer que Maigret a pris sa retraite ! Mais pas de souci il reviendra dans d'autres aventures, et d'ailleurs ce n'est pas notre propos.

Incidemment, le docteur, à qui l'hôte, chez qui Torrence s'est rendu pour une enquête, propose :

Un goutte d'armagnac, docteur ?

Le docteur répond :

C'est un remède que nous ne mettons pas souvent sur nos ordonnances, mais que nos malades prennent sans nous consulter.

Un toubib de la vieille sans aucun doute !

Si Maigret est omniprésent sans l'être physiquement, un ancien collègue de Torrence va participer à une enquête dans laquelle l'Agence O est impliquée. Lucas a monté de grade, il est devenu commissaire, mais il est toujours aussi petit (on ne se refait pas) et toujours aussi inquiet, et l'intrusion de Torrence l'exaspère. Il n'aime pas se faire monter sur les pieds, même par un ancien collègue, surtout lorsque celui-ci ne fait plus partie de la maison.

La maison. La fameuse Tour pointue !

Le grand et solide Torrence n'était jamais aussi radieux que quand il venait faire un tour à la "maison". Et la "maison", pour lui, c'était celle des débuts, c'était ce Quai des Orfèvres où il avait été quinze ans durant, comme inspecteur de la Police judiciaire, le bras droit du commissaire Maigret.

Pour les collègues, Torrence avait mal tourné, puisqu'il était devenu détective privé. Pour la majorité des gens, il avait fait fortune, puisqu'aussi bien il était, en titre tout au moins, le grand patron de l'Agence O, la plus sérieuse, la plus connue, la plus illustre des agences de police privée.

C'est la nostalgie qui guide les pas de Torrence dans ces lieux poussiéreux, alors qu'une rafle dans le quartier de Barbès-Rochechouart, haut lieu de la pègre, vient de porter ses fruits en la présence d'une soixantaine d'hommes de tout âge, de tout poil, de toute couleur, nus comme des vers.

Et qu'il trouvera incidemment un client, un avocat qui déguisé en clochard pour des raisons professionnelles.

Et tout comme dans certains Maigret, ou dans les nouvelles qui composent le Petit Docteur, Torrence porte-parole d'Emile, se montrera humain. Les enquêtes sont résolues, mais les fautifs ne sont pas forcément remis à la police et à la Justice pour des raisons d'humanisme.

Les quatorze nouvelles qui composent ce recueil ont été écrites en juin 1938, soit immédiatement après celles du Petit Docteur, et ont été publiées en 1941 dans la collection Police-Roman avant d'être réunies en volume en 1943 aux éditions Gallimard.

Seule la première nouvelle changera de titre, La jeune fille de La Rochelle devenant La cage d'Emile.

Sommaire :

  • La Cage d’Émile
  • La Cabane en bois
  • L’Homme tout nu
  • L’Arrestation du musicien
  • L’Étrangleur de Moret
  • Le Vieillard au porte-mine
  • Les Trois Bateaux de la calanque
  • Le Fleuriste de Deauville
  • Le Ticket de métro
  • Émile à Bruxelles
  • Le Prisonnier de Lagny
  • Le Docteur Tant-Pis
  • Le Chantage de l’Agence O
  • Le Club des vieilles dames
Réédition du 30 septembre 1964. Gallimard. 568 pages.

Réédition du 30 septembre 1964. Gallimard. 568 pages.

Douze de ces nouvelles ont été adaptées par Marc Simenon pour une série télévisée franco-canadienne en 1968.

Les interprètes principaux en furent :

Jean-Pierre Moulin: Emile.

Pierre Tornade : Torrence.

Michel Robin : Barbet.

Marlène Jobert : mademoiselle Berthe.

Et au fil des épisodes, apparaissent : Serge Gainsbourg, Chantal Goya, Jean-Roger Caussimon, Noël Roquevert, Pierre Mondy, Pascale Roberts, et bien d'autres dont vous pouvez retrouver la liste ci-dessous :

 

Première édition Gallimard. Les Simenon Policiers. Avril 1943.

Première édition Gallimard. Les Simenon Policiers. Avril 1943.

Georges SIMENON : Les dossiers de l'Agence O. Collection Folio Policier N°807. Editions Folio. Parution 8 juillet 2016. 704 pages. 8,70€.

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