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17 août 2016 3 17 /08 /août /2016 14:11

Quoi de neuf, docteur ?

E. W. HORNUNG : Docteur Crime

Alors qu'il s'apprête à franchir le seuil de sa maison sise à Portman Square, un quartier huppé londonien, l'honorable Topham Vinson, secrétaire d'Etat au ministère de l'Intérieur, entend  un jeune homme crier son nom. L'inconnu lui raconte qu'il lui rapporte sa montre qu'un aigrefin indélicat lui a subtilisé alors que celui-ci lui demandait une aumône.

En réalité John Dollar, tel est le nom de cet inconnu qui ramène cet objet familial portant les armes des Vinson, est le chapardeur et ce n'était qu'un subterfuge pour entrer en contact avec le secrétaire d'état. Il avait écrit pour demander un entretien, mais comme il n'a jamais eu de réponse, il n'a trouvé que ce moyen quelque peu illégal pour expliquer son projet de devenir Docteur Crime, c'est à dire de démontrer que le crime est parfois la résultante d'une maladie et qu'il espère bien, par une pathologie qu'il a mise au point, guérir ses semblables qui sont atteint de ce penchant. John Dollar narre alors ce qui l'a amené à devenir le médecin des criminels.

Durant la guerre des Boers, en Afrique du Sud, il a été atteint à la tête, d'ailleurs il en porte encore des séquelles sous la forme d'une plaque de métal du diamètre d'une pièce d'argent, et il s'en est remis physiquement et mentalement. Mais moralement, un défaut subtil s'est glissé dans son inconscient, détruisant justement son sens moral. Il s'est tourné vers de nombreux docteurs londoniens, mais tout ce qu'ils ont réussi à faire, c'est de puiser dans son portefeuille. S'il est aujourd'hui guéri de ce défaut, c'est grâce à un docteur étranger, et il souhaite distribuer ses nouvelles connaissances auprès des criminels afin de les amender.

Le crédo de John Dollar, alias Docteur Crime, tient en ces quelques lignes, parlant des criminels et déclarant à son interlocuteur Topham Vinson :

En les sauvant d'eux-mêmes pendant qu'ils peuvent encore être sauvés; en ce sens que la prévention n'est pas seulement préférable à la guérison, mais qu'elle est un principe vital de la thérapeutique moderne dans tous les sens du terme. Et pour ce faire, nous devons quel qu'en soit le prix conserver les bonnes personnes en dehors des prisons...

Ce à quoi le secrétaire d'état rétorque :

Les prisons, mon cher Dollar, existent pour le bien de ceux qui n'y séjournent jamais et non de ceux qui insistent pour y entrer.

Ecrits il y a cent ans, ces propos démontrent la modernité de ce roman et les solutions envisagées pourraient être, parfois, appliquées de nos jours.

 

Sa mission l'amène à rencontrer Lady Vera Moyle qui s'est fait remarquer lors d'une manifestation de suffragettes. Elle et ses compagnes ont défilé et elle affirme avoir cassé une vitrine, celle d'un bijoutier. Or c'est un pauvre hère qui a été arrêté, coupable du meurtre d'un policier. L'homme clame son innocence et elle n'est pas persuadée qu'il soit véritablement coupable. Docteur Crime va donc être obligé de sortir de prison l'individu qui est promis à la peine de mort.

Cette affaire, plus ou moins résolue, Croucher, l'homme en question, est hébergé dans la clinique de l'aliéniste, mais un de ses amis vient le chercher un soir.

Puis le Docteur Crime se rend en Suisse, où il retrouve le psychiatre qui l'a soigné. De sa chambre il aperçoit un jeune homme, doué pour la luge, un sport dont il est devenu le héros, trafiquer en bas de l'immeuble le matériel. Le jeune homme est le protégé de Scart dont il dépend. S'inscrit alors une histoire de fausse ordonnance, que John Dollar démontre avec brio. Puis retour à Londres où Croucher et Scart vont se retrouver sur le chemin du Docteur Dollar. Entre temps l'aliéniste, transformé en détective amateur, aura dénoué quelques autres affaires, mais se sera également épris de Lady Vera Moyle, laquelle n'est pas indifférente à son charme.

 

Publié sous forme de feuilleton, en huit épisodes, entre mai 1913 et mai 1914, ce roman semble décousu, pour peu que l'on pense lire des nouvelles indépendantes dont le Docteur Crime est le personnage principal.

Des non-dits, des sous-entendus, comme si le lecteur se devait de faire sa propre opinion, et découvrir la face cachée du crime ou du criminel. Mais dans le dernier épisode, Le Second couteau, tout se délie et ce qui était dissimulé devient évident. Tous les protagonistes se retrouvent mis en scène, non pas pour une reconstitution, mais à cause d'événements provoqués et ce qui était confus devient lumineux, ou presque. Car soit il s'agit d'une fin ouverte, soit l'auteur pensait-il écrire une suite aux aventures du Docteur Dollar, mais à mon avis, il manque un petit quelque chose. Mais ceci n'est pas grave, car l'ensemble se tient malgré tout, et comme je l'ai déjà précisé, la tonalité de ce roman, tout en finesse psychologique, est terriblement moderne, en ce qui concerne les coupables, ou présumés coupables, et leur traitement sur des indices erronés ou par manque de preuve. Jusqu'à preuve du contraire, justement, il faut se méfier des apparences.

 

E. W. HORNUNG : Docteur Crime (The Crime Doctor - 1914. Traduction Alice Ray). Collection Baskerville N°32. Editions Rivière Blanche. Parution août 2016. 260 pages. 20,00€.

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commentaires

Alex-Mot-à-Mots 18/08/2016 11:30

De la finesse psychologique, j'adore. Allez hop, noté.

Oncle Paul 18/08/2016 15:34

Bonne lecture alors...

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