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30 juillet 2016 6 30 /07 /juillet /2016 13:09

Une loupiote fragile dans l'obscurité...

Kurt VONNEGUT Jr : Nuit noire

Enfermé dans une geôle de Jérusalem, Howard Campbell Junior revient sur sa vie, son œuvre, et surtout son passé d'espion.

Il est surveillé par quatre matons qui se relaient toutes les six heures, et, s'ils ne sympathisent pas, il parlote toutefois avec certains d'entre eux. Et il rédige ses confessions sur une vieille machine à écrire allemande. La nuit il prononce quelques mots, des prénoms féminins, Helga, sa femme, et Resi, la jeune sœur de celle-ci.

Son crime, avoir été la plume et la parole sur une radio allemande, la langue de la propagande nazie, vitupérant contre les Juifs, les Noirs, l'ennemi en général, et prônant les vertus aryennes. Il était l'homme qui propageait l'endoctrinement insufflé par Goebbels. Mais comment lui, l'américain de naissance, nazi de réputation, apatride par inclination, en est-il arrivé à mettre son talent au service des idées hitlériennes ?

Né à Schenectady, en 1912, dans l'état de New-York, Howard Campbell junior est le fils d'un ingénieur de la General Electric. A l'âge de onze ans il suit ses parents, son père ayant été assigné dans un poste à Berlin. Et c'est ainsi qu'il passe son adolescence dans une atmosphère trouble, connaissant la montée du nazisme. Il devient homme de théâtre et ses pièces sont jouées avec succès. Il fait la connaissance d'Helga, elle-même comédienne, fille du chef de la police de Berlin. Un amour fou les lie et ils se marient. Il n'est pas particulièrement attiré par les idées nazies, mais un jour de 1938 il est contacté par les services de renseignements américains.

C'est ainsi que débute sa carrière d'espion. Il doit, lorsqu'il déclame son texte à la radio, véritable ode au nazisme, fustigeant principalement les Juifs et donc tout ce qui touche à la finance, il doit tousser, émettre de petits bruits, et autres interruptions qui semblent anodines. Mais ces manifestations sont en réalité des messages cachés que seuls peuvent décrypter le service de renseignements. Seulement le major Wirtanen, l'homme qui l'a contacté, qu'il a surnommé Ma bonne marraine la Fée, est inconnu des services américains lorsque Berlin est occupée par les Alliés en 1945.

Howard Campbell est extradé aux Usa où il trouve un petit logement dans Greenwich, tandis qu'Helga est portée disparue, morte en Russie. Helga qui n'a jamais connu ses activités d'espion. Et de 1945 jusqu'en 1961 Howard Campbell va vivre, sous son nom, et faire la connaissance de ses voisins, dont George Kraft, dont ce n'est pas l'identité réelle, et avec lequel il joue aux échecs. Le docteur Epstein, qui le soigne pour un petit bobo au doigt et dont la mère se demande s'il n'est pas le Howard Campbell de sinistre réputation.

Un beau jour il reçoit dans sa boîte aux lettres une missive émanant de l'American Legion, ainsi qu'un journal, le White Christian Minuteman, dirigé par le Révérend Docteur Jones, qui cumule les fonctions de docteur en chirurgie dentaire, et dont le cheval de bataille est la composante d'une haine envers les Juifs, les Noirs et les Catholiques. L'une des formules chocs de sa profession de foi réside en cette phrase lapidaire : La Croix-Rouge met du sang noir dans les veines des Blancs.

Jones et ses séides, dont le Führer Noir ne tarissent pas d'éloges sur les prises de positions antérieures d'Howard Campbell jr et quelques temps plus tard, il rend visite à l'ancien espion en compagnie d'une femme sensiblement âgée, ses cheveux en attestent quoique son visage reste avenant, et qui se présente comme étant Helga. Helga est de retour. Un choc dans la vie d'Howard.

 

Constamment sur le fil du rasoir, ce récit dans lequel le narrateur tente d'expliquer ses faits et gestes, ses prises de position, laisse un goût amer et en même temps explique que des Français pouvaient tout à la fois collaborer et résister, être dans la lumière tout en étant dans l'ombre.

Il montre également que les Etats-Unis, qui se veulent le chantre de la démocratie peuvent aussi constituer un foyer fasciste à travers les nombreuses associations du Nord qui, tout comme le Ku Klux Klan dans le Sud, prêchent pour la suprématie de la race blanche. Les conseils qui sont largement distillés aux autres nations, européennes, africaines ou asiatiques devraient être déjà appliqués à l'intérieur même du pays.

Ce roman écrit en 1961, révisé en 1966, n'a aucune perdu de sa force et de son ambigüité, les hommes politiques actuels le prouvant largement semant dans l'esprit naïf de certaines personnes l'ivraie.

Première édition : Le Sagittaire. Collection Contre-Coup N°7. 1976.

Première édition : Le Sagittaire. Collection Contre-Coup N°7. 1976.

Les éditions Gallmeister rééditent ce roman le 18 août 2016, dans une nouvelle traduction de Gwylim Tonnerre, sous le titre originel de Nuit Mère. Une réédition fort bien venue de ce roman majeur dans l'œuvre de Kurt Vonnegut Jr, mais une nouvelle traduction s'imposait-elle ? Serait-ce à dire que Michel Pétris avait failli, que des coupures de texte avaient été honteusement pratiquées ? Que les éditeurs précédents également avaient absous cette pratique ? Il faudrait comparer les deux textes, ce que je ne ferai pas, n'étant pas anglophile et donc ne pouvant lire ce roman dans la version originale afin de me faire ma propre opinion.

Réédition Editions Gallmeister. Nouvelle traduction de Gwylim Tonnerre. Parution 18 août 2016. 248 pages. 10,50€.

Réédition Editions Gallmeister. Nouvelle traduction de Gwylim Tonnerre. Parution 18 août 2016. 248 pages. 10,50€.

Kurt VONNEGUT Jr : Nuit noire (Mother night - 1961/1966. Traduction de l'américain de Michel Pétris). Série Domaine étranger N°2011. Editions 10/18. Parution février 1989. 286 pages.

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commentaires

Sibylline 30/07/2016 22:12

Youpi! Je dirais même plus: Youpi. On ne l'avait pas.
;-)

Oncle Paul 31/07/2016 16:53

J'ai de la chance alors, car c'est le seul Kurt Vonnegut que je possède....

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