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1 juin 2016 3 01 /06 /juin /2016 08:10

Je viens de recevoir
Mes papiers militaires
Pour partir à la guerre
Avant mercredi soir.
Monsieur le président
Je ne veux pas la faire
Je ne suis pas sur terre
Pour tuer de pauvres gens.

 

Patrick S. VAST : Insoumis.

Insoumis, ce n'est pas être déserteur, mais presque.

En cette fin de juin 1961, selon certaines rumeurs, la guerre d'Algérie, ou les événements d'Algérie comme il était bon de la nommer pudiquement, touche à sa fin. Une décision qui n'est pas encore entérinée.

Jean Boitel, dont le voisin vient de décéder dans le Djebel, n'a pas du tout envie de partir de l'autre côté de la Méditerranée dans un conflit qui ne le concerne en rien et de terminer comme ce voisin, juste un nom sur une plaque. Son statut de soutien de famille n'a pas été reconnu. Et puis il y a Noëlle. Noëlle Damour de son si beau nom complet. Ils ne sont pas fiancés, mais presque. Alors lorsque son ancien professeur de français, monsieur Ménuge, lui propose de le cacher jusqu'à ce qu'il puisse partir se réfugier en Suisse, il n'hésite pas. Il prévient Noëlle et il se terre dans la maison des Ménuge, près du canal.

A Béthune à cette époque, il n'y avait pas que le bourreau qui officiait comme catcheur sur les rings, il y avait aussi les appelés fiers de porter le costume. Et ceux-là ils ne se gênent pas pour brocarder Jean Boitel, l'insoumis, et importuner Noëlle, surtout en ce soir de bal du 14 juillet 1961. La jeune fille doit retrouver Jean dans son refuge, mais elle ne sait pas qu'elle est suivie par trois individus mal intentionnés.

Les adieux sont tendres mais Noëlle n'a pas de temps à perdre et repart à vélo. Un homme vient chercher Jean qui doit convoyer par la même occasion une valise. L'un des trois individus éméchés veut entrer afin de s'en prendre à Jean mais l'inconnu l'abat de deux balles. Le mort était un militaire imbu de son uniforme. L'un de ses compagnons affirme que c'est l'insoumis qui a tiré. Noëlle sait que c'est faux, mais elle ne peut avancer de preuves.

Jean est convoyé jusqu'à Paris, seulement ses déboires ne sont pas terminés. Il est d'abord hébergé chez une famille d'Algériens, mais ceux-ci sont abattus chez eux. Jean peut s'enfuir et il est recueilli par une prostituée qui le confie à une concierge, laquelle le cache dans une pièce secrète qui avait servi à dissimuler des Juifs sous l'Occupation. Il y vivra quelques années, apprenant par la télévision qu'il est recherché pour le meurtre d'un appelé et condamné à mort par contumace. Mais il devra à nouveau fuir et gagnera le Gers, muni de faux papiers établis au nom d'un soldat du contingent.

Pendant ce temps Noëlle se morfond, n'ayant pas de nouvelles de son amoureux. Elle se mariera même avec celui qui a établi un faux témoignage, car il exerce sur elle un chantage.

A une soixantaine de kilomètres de là, alors que se déroulaient les événements qui ont amené Jean Boitel à devenir un paria recherché pour meurtre, Irène pleure son fiancé. Il dirigeait un petit commando qui est tombé en embuscade. Quatre de ses compagnons sont retrouvés morts, mais Philippe Orval a disparu, probablement enlevé par les fellaghas. Elle espère son retour un jour.

 

Nul doute que de ce roman à l'intrigue qui narre quarante années d'histoire, remémorera quelques souvenirs aux lecteurs sexagénaires. Les années d'insouciance pour les uns, de troubles pour d'autres.

Les groupes de musiciens de rock fleurissent un peu partout, certains ne vivant que le temps de deux ou trois disques, la jeunesse s'amuse tandis que les anciens regrettent le bon temps de l'Algérie Française. Pas tous évidemment. Les avis sont partagés, mais partir pour le front pour la plupart signifie accomplir un devoir nécessaire pour garder les départements français d'Algérie, encouragés par les anciens. Et tandis que tous ont encore en mémoire que les Résistants défendaient leur patrie lors de l'Occupation, peu comprennent que les Algériens veulent se débarrasser de la tutelle des coloniaux français. Des nostalgiques de la France colonialiste. C'est aussi l'arrivée massive de ceux qui sont surnommés les Pieds-noirs, qui, pour certains gros propriétaires fonciers, se retrouvent démunis en arrivant en Métropole et remontés contre le gouvernement.

C'est pudiquement que Patrick S. Vast raconte cette histoire d'amour et de fuite, d'attentes et de recherches, de résurrection presque et de désillusions. Dans une atmosphère où les petits plaisirs se trouvent au pied de la porte, que la révolution sexuelle n'a pas encore détruit les tabous, que le chômage existait peu, que la richesse était surtout dans les cœurs, les mois se passent sans heurts visibles mais les revendications pointent le bout de leur nez. Et si l'auteur recense les faits marquants c'est bien pour remettre l'Histoire dans son parcours et souligner l'évolution des mœurs dans un sens qui ne correspond pas à des idées utopiques. Quarante années passent avant que le dénouement trouve sa justification.

Pourtant, malgré les démêlés subis par le héros, Jean Boitel et les dommages collatéraux qui ont touché Noëlle et quelques autres, on peut se dire qu'on vivait une époque formidable, malgré le service militaire et les soubresauts belliqueux. Mais il est vrai que les préoccupations des adolescents différaient de celles des adultes. Et le ressenti de lecture sera différent selon l'âge du lecteur, adolescent mature, quadragénaire senior ou vétéran sexagénaire, lequel a vécu de l'intérieur toutes les transformations et les événements décrits.

 

La chanson Le Déserteur de Boris Vian a été reprise par Les Sunlights en 1966.

Patrick S. VAST : Insoumis. Editions Aconitum. Parution le 2 mai 2016. 192 pages. 15,90€.

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commentaires

Alex-Mot-à-Mots 02/06/2016 10:04

Il serait intéressant d'avoir les avis de toutes ces classes d'âge.

Oncle Paul 02/06/2016 13:06

Oui, mais l'auteur les recueillera-t-il lors de ses séances de dédicaces.

pascal varalli auteur 01/06/2016 14:08

Voila un ouvrage que je m'en vais lire très vite. Sujet, époque, sixties, tout me plait. Merci Oncle Paul pour ce nouveau judicieux conseil.

Oncle Paul 01/06/2016 14:43

Et merci à Patrick S. Vast d'avoir écrit ce roman qui m'a replongé dans mon adolescence....

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