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3 juin 2016 5 03 /06 /juin /2016 14:28

En mai, fait ce qu'il te plait... Une bonne petite insurrection estudiantine par exemple, comme en 1968.

Patrick RAYNAL : Une ville en mai.

C'est dans ce contexte de révolte que Frédéric est de retour dans sa bonne ville de Nice, après un séjour de dix ans en Afrique. Il était parti parce qu'entre lui et son ex-épouse, le torchon brûlait. Et s'il revient, c'est à cause de l'appel au secours épistolaire de Domi. Leur fille Sophie a disparu. Depuis trois mois !

Il serait peut-être temps de s'inquiéter !

Frédéric réaménage dans son vieil appartement puis il téléphone à Domi qui a trouvé un compagnon, Jérôme, un bellâtre sur lequel elle peut passer ses nerfs. Car elle a toujours été comme ça Domi, les nerfs à fleur de peau, et au moindre incident, à la moindre contrariété, elle monte comme le lait sur le feu, et même plus vite.

Et bien entendu leur rencontre débute en terrain miné, la discussion est vive et animée mais Frédéric parvient toutefois entre deux échanges ping-pong à obtenir quelques renseignements. En plus de ceux qu'il possède, car depuis quelques années Sophie correspondait avec son père. Ce que sa mère ignore. Elle lui avait même envoyé un cliché d'elle en bikini, et c'est (c'était ?) un sacré brin de fille.

Selon Domi, Sophie fréquentait un garçon en particulier, un nommé Thomas, en deuxième année de sociologie et qui est à la tête d'un mouvement estudiantin contestataire. Le coup de massue (comme le général) pour Frédéric qui ne s'attendait pas à ce que sa fille fréquente les communistes, terme générique pour tout ce qui de mouvance d'extrême-gauche. D'ailleurs c'est pour cela que Sophie et sa mère se sont engueulées et que Sophie a fini par claquer la porte.

A part le prénom de Thomas, Domi ne peut lui fournir plus de renseignement, alors Frédéric se résout à demander à un sien ami de fouiller et de lui apporter des éléments concrets afin d'entamer des recherches. Pancrazi, un ancien des RG, accède volontiers aux désidératas de Frédéric. Et c'est ainsi que le père frustré va remonter peu à peu le parcours de Sophie. Thomas non n'a pas de nouvelles de Sophie depuis quelques temps, de même que la colocataire de Sophie.

Dans l'enceinte de l'université de Nice, tenue par Thomas et ses amis, un drame vient de se dérouler. Le cadavre d'un professeur d'obédience d'extrême-droite a été retrouvé sur la plage. Sophie serait-elle à l'origine de ce meurtre ? Qu'est-elle devenue ? Est-elle encore vivante ou morte ? Autant de questions et d'autres qui se greffent les unes aux autres qui jalonnent le parcours d'enquêteur que s'est dévolu Frédéric. Un père qui découvre que sa fille, sa chère Sophie, possède des zones d'ombre et des ambigüités qu'il a du mal à cerner.

Et entre les diverses mouvances politiques, communiste, trotskiste, maoïste, ou encore marxiste-léniniste à laquelle Sophie appartenait, plus la résurgence de l'extrême-droite qui n'a jamais cessé d'exister mais prend de plus en plus d'importance, le lecteur qui n'a pas connu ces troubles qui enflammaient aussi bien Paris que la province découvre un pan de l'histoire de cette seconde partie du XXe siècle qui aura marqué toute une génération et dont les soubresauts sont encore prégnants à plusieurs titres.

 

Dans cette ambiance de révolte, de contestation, se déroule une affaire de disparition et d'un père aux abois. L'épilogue ne joue pas sur le sensationnel, au contraire, et pourrait paraître frustrant si justement Patrick Raynal ne s'était résolu qu'à raconter une histoire policière.

Mais c'est un peu de sa jeunesse qu'il dévoile, lui qui a passé une partie de son adolescence à Nice, fréquenté la faculté de Nice où il obtient une maîtrise de lettres modernes et qu'il milita activement dans un des mouvements d'extrême-gauche, la Gauche Prolétarienne.

C'est donc tout un pan de cette épopée qu'il nous narre, et il est amusant de constater qu'avec l'âge la façon d'aborder ces groupuscules a fondamentalement évolué. Mais tous les contestataires de cette époque ne possèdent plus la même foi, et l'on pourrait citer Daniel Cohn-Bendit qui était surnommé Dany le Rouge, Jacques Sauvageot, Alain Geismar dont les parcours ont évolué politiquement et professionnellement.

A noter, et pour revenir au roman, qu'apparaît la figure de Corbucci dit Corbu, un détective privé dont Patrick Raynal narrera quelques aventures dans Corbucci, recueil de nouvelles chez Albin Michel et Dead girls don't talk nouvelle numérique chez SKA.

 

Patrick RAYNAL : Une ville en mai. Editions de l'Archipel. Parution 11 mai 2016. 268 pages. 18,00€.

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