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14 juin 2016 2 14 /06 /juin /2016 16:07

Ce ne serait pas bête !

Nicholas BLAKE : Que la bête meure...

Six mois après le drame qui a coûté la vie à son fils Marty, alors âgé de huit ans, Franck Cairnes, auteur de romans policiers sous le pseudonyme de Felix Lane, décide de rédiger son journal destiné à un lecteur inconnu. Et il débute sa narration ainsi :

20 juin 1937. Je vais tuer un homme. Je ne connais ni son nom, ni son adresse, ni son aspect physique. Mais je vais le trouver et le tuer.

Marty a été renversé par un chauffard, il est décédé, et les recherches effectuées par la maréchaussée n'ont rien donné. Alors Felix, car c'est sous ce nom que notre romancier a décidé d'enquêter, va se substituer aux policiers et retrouver l'automobiliste indélicat qui n'a pas daigné s'arrêter alors qu'il savait pertinemment qu'il avait percuté quelqu'un.

Il raisonne comme l'auteur de romans policiers qu'il est et à force de suppositions, de déductions, arrive à la conclusion que l'homme est en accointance avec un garagiste, ou garagiste lui-même, car son véhicule ayant été endommagé, il a dû le faire réparer en catimini afin de ne pas laisser de trace auprès des enquêteurs. C'est par hasard qu'en franchissant un gué, pensant que l'homme aurait pu se débarrasser des pièces endommagées dans la rivière, qu'il trouve un témoin. L'homme a aperçu un couple avec une voiture à l'avant cabossé. Une piste se profile, le témoin ayant reconnu la femme, actrice de cinéma.

Tandis qu'il essaie de remonter la piste, Felix Lane reçoit des lettres anonymes l'accusant de ne pas avoir su s'occuper de son gamin. Ce qui le chagrine fortement, car il faisait tout pour pallier l'absence de la mère décédée quelques années auparavant.

Lane contacte son agent afin qu'il puisse s'introduire dans les milieux du cinéma, prétextant qu'il a besoin de s'instruire pour planter les décors de son nouveau roman. La pêche est fructueuse puisqu'il fait la connaissance de Lena, actrice jouant dans des seconds rôles. Elle lui apprend que sa sœur est mariée avec un garagiste, dans un petit village du comté de Gloucester où lui même vit. Ce ne sont pas les quelques dizaines de kilomètres qui le séparent de ce village qui font obstacle.

Ses relations avec Lena deviennent assez intimes. Il s'installe dans une auberge du village puis il s'arrange pour être invité chez George Rafferty, le garagiste. L'homme est violent, contrairement à son associé Harrisson Carfax, tandis que sa femme, Violet, la sœur de Lena, est une femme effacée. Sa mère est directive et son fils Phil subit les remontrances du père et de la grand-mère, toute incartade, minime qu'il soit, étant sujette à rebuffade, voire plus. Felix est attiré par la fragilité de Phil et propose même de lui donner des cours de rattrapage.

Felix Lane étudie le comportement de Rafferty afin de parvenir à la conviction que celui-ci est bien le chauffard ayant pris la vie de son fils Marty. Puis il envisage de se débarrasser du bonhomme lors d'une partie de pêche en canot sur la rivière. Seulement il ne peut mener à bien son projet. Le soir même, Rafferty décède d'un empoisonnement. Et Felix jure qu'il n'est pas coupable, possédant même un alibi.

 

Ce roman divisé en trois partie, avant, pendant et après, c'est à dire la recherche du chauffard, la perpétration du meurtre ou plutôt l'essai manqué, puis l'enquête sur le décès par empoisonnement de Rafferty. Et l'entrée en scène Nigel Strangeways, détective amateur renommé et sa femme Georgia qui a déjà participé à quelques-unes de ses enquêtes ainsi que de l'inspecteur Blount de Scotland Yard.

La première partie, écrite à la première personne puisqu'il s'agit d'un journal allant du 20 juin au 21 août, narre l'enquête de Felix Lane concernant le meurtrier de son fils. Une histoire de vengeance décrite en direct par le principal intéressé, principalement psychologique et déductive. La deuxième partie étant l'essai de perpétration du meurtre envers le garagiste, la troisième étant du domaine du roman policier classique cherchant à découvrir le coupable dans l'empoisonnement du garagiste, à moins qu'il s'agisse tout simplement d'un suicide maquillé. Le tout sur fond de manipulation et de machiavélisme.

Première édition : Collection de l'Empreinte N°152. Editions de la Nouvelle Revue Critique. Parution 1938. 256 pages.

Première édition : Collection de l'Empreinte N°152. Editions de la Nouvelle Revue Critique. Parution 1938. 256 pages.

Publié en 1938 dans la collection de l'Empreinte, ouvrage de référence pour la rédaction de cet article, ce roman a été adapté en 1969 au cinéma par Claude Chabrol avec dans les rôles principaux, Michel Duchaussoy, Caroline Cellier, Anouk Ferjac et Jean Yanne.

 

La Collection de l'Empreinte proposait en outre en fin de volume une chronique d'échecs signée François Le Lionnais, ingénieur chimiste, mathématicien épris de littérature, doublé d’un écrivain passionné de sciences, fondateur en 1960 de l'Oulipo, Ouvroir de Littérature Potentielle, qui donnera naissance plus tard à l'Oulipopo, Ouvroir de Littérature Potentielle Policière.

Suivaient ensuite un concours de problèmes policiers et bien entendu la solution au problème précédent. Ce concours était doté de cinquante prix, le premier étant un magnifique lampadaire (c'est du moins ce qui est annoncé), le deuxième étant de 300 francs de livres à choisir dans le catalogue des éditions de la Nouvelle Revue Critique et ainsi de suite. Sachant que ce roman valait 7,50 francs, cela équivalait à 40 ouvrages pour le gagnant en deuxième position et 8 ouvrages pour ceux arrivés entre la vingt-sixième et cinquantième position. A noter que les participants à ces concours envoyaient leur réponse de toute la France mais également de Belgique, de Suisse, du Portugal, du Maroc, de Tunisie, d'Indochine...

 

Une canne à pêche est une baguette munie d'un hameçon à un bout et d'un imbécile à l'autre.

Réédition collection Un Mystère 3e série. N°34. 1969.

Réédition collection Un Mystère 3e série. N°34. 1969.

Voir également les avis enthousiastes de Claude dans Action-Suspense et de Pierre dans BlackNovel1.

Nicholas BLAKE : Que la bête meure... (The Beast Must Die - 1938. Traduction de Simone Lechevrel). Collection Bibliomnibus Polar. Editions Omnibus. Parution 12 mai 2016. 224 pages. 13,00€.

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commentaires

Sibylline 20/06/2016 20:00

Jean Yanne fascinant dans ce rôle !

Oncle Paul 20/06/2016 20:07

Un rôle à contre-emploi !

Pierre FAVEROLLE 14/06/2016 20:47

Quel roman, mais quel roman ! Je ne risque pas de l'oublier de sitôt ! Merci pour le lien. Amitiés

Oncle Paul 15/06/2016 09:44

Un excellent roman fort bien construit et qui démontre que point n'est besoin de scènes de violence ou de sexe pour attirer le lecteur. Hélas de nos jours, bon nombre d'auteurs se sentent obligés de faire ce qui était reproché à Gérard de Villiers dans ses SAS...
Amitiés

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