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10 juin 2016 5 10 /06 /juin /2016 07:11

Reine des neiges un jour, Reine des neiges

toujours...

Max OBIONE : Reine des neiges et autres gens d'ici.

Ce titre pourrait faire penser à un film d'animation, à un conte féérique, à un monde merveilleux, c'est tout le contraire.

Max Obione aime à se plonger dans le quotidien ordinaire des petites gens, des sans-dents, des sans avenir, des exclus de la normalité, traquant le sordide derrière les portes closes ou étalé de l'autre côté du soleil. Ce qui n'exclue pas l'amour, l'amitié, l'humanisme, le rêve, l'espoir, même si celui-ci possède un goût de frelaté. Et ce n'est pas parce que ce sont des défavorisés de la nature qu'il faut attenter à leur dignité, à leur honneur, à leur intégrité.

Ainsi dans Le petit légume, la narratrice n'accepte pas qu'un homme recueilli par sa mère afin qu'il se repose, dénigre son grand-frère. A dix ans, on sait quand quelqu'un se moque des autres, et que cet individu soiffard et sans gêne traite Jean-Mi de Petit légume, cela la révolte. Ce n'est pas parce que Jean-Mi est couché dans une caisse, qu'il possède deux nageoires en guise de bras et de mains, qu'il ne peut s'exprimer qu'avec les yeux, qu'il faut lui manquer de respect.

Reine des neiges, c'est la vieille dame qui s'assied tous les jours à la même place dans le bus, étalant autour d'elle ses cabas. Elle est assurée de s'installer au même endroit car l'odeur qui se dégage d'elle n'est pas recensée par les parfumeurs de Grasse. Pourtant la narratrice n'hésite pas à lui parler et lui faire narrer son aventure, le pourquoi de Reine des neiges.

Ankylose pourrait être une nouvelle mouture du Blé en herbe, ou au livre Le Rouge et le Noir que le jeune narrateur est en train de lire, car la copine de maman qui vient passer quelques jours chez eux, au Havre, le rejette après l'avoir dessalé dans l'eau de mer. Ce n'est pas parce que Josiane travaille à l'ORTF, qu'elle est considérée comme une traînée par sa mère qui a les idées qui ne descendent jamais en dessous de la ceinture, qu'elle doit se moquer de lui.

Le pied de Jeanne n'est pas une histoire bancale mais l'aventure d'une jeune femme devenue détective privée à la suite d'un accident lorsqu'elle était policière. Elle se fait draguer par un homme portant beau sur lui dans une boîte de nuit. Elle n'est pas une danseuse accomplie, pourtant il l'invite à échanger leur salive et plus si affinité. Et ce n'est pas la jambe artificielle de Jeanne qui va l'empêcher de prendre son pied.

Entre hier et aujourd'hui, Max Obione nous présente sa ville d'adoption, Le Havre. Ainsi dans Momo au présent, nous sommes en 1951, lorsqu'Auguste Perret visite un chantier de la reconstruction d'après-guerre. Et que certains en profitent pour faire leur blé en chapardant du ciment.

Canon, c'est peut-être la mère qui l'est, physiquement, mais c'est surtout son travail. Elle est femme-canon dans un cirque. Quant à sa fille, elle est obligée de supporter son frère qui est toujours dans son dos.

Un groupe rock auditionne des candidats afin de remplacer au pied et à la voix levés leur chanteur défaillant. Big Dicky Joe, le dernier à se présenter, semble être le bon, et ce qui les étonne, c'est que pour eux c'est un parfait inconnu alors qu'il possède de nombreuses références.

Un vieux danseur cire consciencieusement sa paire de chaussures, des Carlito, vestiges d'un passé de gala. Il formait avec Maddy, son épouse, un couple de danseurs renommés qui écumait les concours, jusqu'à Las Vegas. C'était le bon temps décrit dans Fin de Maddy.

 

Treize nouvelles qui mettent en scène surtout des femmes, soit comme protagonistes principales, soit comme seconds rôles indispensables. On le sait, le poète l'a chanté, la femme est l'avenir de l'homme. Dans la vie comme dans la mort. Alors, sordides, ces histoires, oui, mais poignantes, tristes, dans lesquelles l'humour noir féroce, caustique, dilue la désespérance, la pitié et la compassion. Une joie de vivre factice, et pourtant une grande envie de vivre... autre chose.

Max OBIONE : Reine des neiges et autres gens d'ici. Nouvelles. Collection Cappucinos. Editions des Falaises. Parution mai 2016. 140 pages. 12,00€.

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commentaires

Boris 11/06/2016 17:19

Voir aussi le billet de Patrice Lebrun : http://www.blog813.com/tag/le%20billet%20de%20patrice%20lebrun/

Boris 11/06/2016 18:38

Pas grave si l'un avait précédé l'autre, votre style est tout à fait différent... ^ ^

Oncle Paul 11/06/2016 17:46

Oui, je l'ai vu, heureusement j'avais déjà rédigé ma chronique qui d'ailleurs a été publiée le même jour

Alex-Mot-à-Mots 10/06/2016 13:47

Je ne te sens pourtant pas pleinement convaincu.

Oncle Paul 10/06/2016 14:03

Si au contraire... C'est peut-être la conclusion qui te fait penser cela ?

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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