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12 juin 2016 7 12 /06 /juin /2016 15:35

Hommage à Robin Cook né le 12 juin 1931.

Grenoble 1987

Grenoble 1987

Grâce aux Mystery Writers of América, ( Polar de la table - Encrage édition ) nous apprenons, mais fallait-il s'en étonner, que les auteurs de romans policiers ne négligent point les plaisirs de la chair.

Disons les plaisirs de la table afin de ne point offusquer les lecteurs prudes que la moindre connotation sexuelle, ou assimilée telle, dans un article dérangerait. Afin de nous imprégner de la saveur subtile de cette cuisine littéraire, délices de nos temps morts, rendons visite chez l'un de nos maîtres-queux, Le Rouge-gorge cuisinier britannique qui sait si bien nous mitonner de bons petits plats, à ne pas confondre avec le Rouge-gorge américain à la gastronomie par trop clinique. Lire l'un des romans de notre Rouge-Gorge, c'est comme entrer dans une gargote dans laquelle le cuistot serait affublé d'un béret en guise de toque. Je vous invite toutefois à vous attabler avec moi et à étudier le menu ensemble : cuisine concrète, cuisine métaphorique et si vous n'avez pas trop de haut-le-cœur, cuisine cannibale en dessert. 

Le premier plaisir de la table commence par la découverte des ingrédients : Deux jeunes types de couleur passèrent d'un pas vif, chacun fouillant joyeusement dans le filet à provisions de l'autre (BS), prélude à un bon repas même si celui se révèle frugal. Aussi ne faut-il point croire l'enquêteur lorsqu'il déclare: cette affaire me préoccupe trop. J'en perds le boire et le manger (mdf), ce n'est que pure figure de rhétorique. La preuve, quelques pages plus loin, il avoue: Je me dis que je ferais aussi bien de manger mais les réserves congelées de son réfrigérateur ne l'inspirent guère: le contenu ne me semblait guère ragoûtant. Dès lors il ne faut plus être surpris si la plupart du temps, lors d'une enquête, le protagoniste préfère emmener ses témoins, ses indicateurs ou ses collègues au restaurant, même si la constitution du menu crée problème ou que le sens olfactif est agressé: De plus l'atmosphère de l'établissement, avec sa musique rock et ses odeurs de mauvaise cuisine, le rebutait (MAV). Alors que le directeur de l'agence de sécurité voudrait imposer un repas composé d'un minestrone et de mouton (et surtout pas d'agneau !), son employé préfère commander en entrée des huîtres accompagnées de vodka, dédaignant le mouton qui lui rappelle l'école et le rationnement d'après guerre.

Au cours d'un autre repas cet agent de la sécurité déguste à nouveau des huîtres, saupoudrées de poivre et arrosées de Pouilly fumé, et s'étonne qu'on leur propose au mois d'avril de la perdrix (SQE). Que voilà un fin limier ! Les restaurants ne sont pas les seuls endroits à servir de la cuisine sélecte ou délicate: En 1986, je déjeunais à Scotland Yard. Ce fut un bon repas. Au menu, des gambas (MV). Plus que le menu, ce sont l'endroit et les circonstances qui font apprécier la tortore. Je le savoure, ce repas. C'est exaltant, de déjeuner pour des prix fous dans les aéroports, avec les avions qui vont et viennent derrière les grandes glaces panoramiques se dit en aparté le petit truand issu de la bourgeoisie tandis que son compagnon, l'ami Carême, dissèque un chouia de saumon (CA). Quand au régime pénitentiaire, les avis sont partagés. Le Bourdon préfère le petit déjeuner - œuf poché sur un toast, pain de seigle et café instantané - à l'invite d'une étreinte avec Jenny, s'écriant avec emphase mon premier repas correct depuis presque deux ans. Ce qui sous entend que s'il n'a pas toujours mangé à sa faim en prison, il n'a pas été privé sexuellement (BS). La cantine pénitentiaire n'est pas forcément une punition: en attaquant de bon cœur son pâté en croûte surgelé, le psychiatre analyse les pulsions de l'assassin en série, ce qui n'entame en rien son appétit (MAV).

Pat Hawes, un truand de plus grande envergure a droit à un met plus raffiné dans sa geôle: On m'a dit que vous aviez des blancs de caneton rôtis avec de la sauce au poivre vert à dîner ce soir (MAM). Un traitement de faveur auquel les Bobbies de Sa Très Gracieuse Majesté ne peuvent prétendre puisqu'ils apaisent leur faim dans des endroits pas toujours recommandables. Dans l'arrière salle, il y a un bar... où on sert une tambouille assez infecte à une bande de rapers (policiers), tandis que dans la grande salle, "MM. Copewood  et Cream, fournisseurs attitrés des gars du bâtiment en calibres et autres bidules... trônent avec leur suite à une table près du comptoir, où ils balancent des bouts de tournedos à un clébard hargneux(CA). Piètre considération envers les forces de l'ordre, les chiens étant mieux considérés que les policiers. Les mauvaises langues diront peut-être que ceux-ci n'ont que ce qu'ils méritent, je leur laisse l'entière responsabilité de leurs propos.

Manger est un acte qui procure des sensations fortes, mais c'est également un besoin, un dérivatif ou une excuse. A question piège le conférencier ne peut que prétexter un rendez-vous urgent : Malheureusement, j'ai un déjeuner (CVM). Pourquoi malheureusement s'interroge le personnage principal, et nous avec.

La cuisine est considérée comme un lieu béni, une pièce privilégiée, la chaleur et l'humanité de la cuisine (MV). La préparation des repas se révèle une excellente thérapie dans la mésentente conjugale. Mrs Durell, afin de reculer l'échéance des invectives de son mari, préfère s'éloigner sur la pointe des pieds pour aller faire réchauffer le dîner de son mari. Elle avait besoin de ce cours répit dans la cuisine pour se préparer à affronter l'instant où, une fois le repas terminé, il la sermonnerait au dessus des assiettes sales, s'échauffant jusqu'au moment où il serait suffisamment furieux pour la taper au dessus de la table" (BS). Une façon comme une autre de mettre en pratique cette locution: la paix des confiseurs. Attendrissant, non !

Dans le même registre, assistons à une autre scène de ménage, haute en couleurs, et qui nous livre la composition du menu familial: Tu te rappelles quand elle s'est mise à balancer de la vaisselle ? Elle a tout de suite choisi l'artillerie lourde. Elle a commencé par un plat énorme, celui qu'on prenait pour servir le rôti quand on avait des invités (MAV). Un plat dont le protagoniste se souvient avec nostalgie puisqu'il s'agissait d'un cadeau de mariage. Ensuite la soupière, pleine, est invitée à participer aux ébats puis j'avais pris des éclaboussures quand les patates avaient volé, j'avais eu droit au saladier en plus, et aux betteraves sur le devant de ma chemise (MAV). Ce que déplore le récipiendaire de légumes, ayant été dans l'obligation de jeter sa chemise à la poubelle, les tâches de betteraves étant du plus mauvais goût vestimentaire.

Aller au restaurant permet de mieux faire connaissance, et alors l'exotisme est de rigueur. Notre Rouge-gorge a toujours en mémoire ce déjeuner à Madrid en compagnie d'un poète, et le menu, calmars à l'encre, s'avère comme une aimable entrée en matière (MV). L'exotisme culinaire draine les affamés, ou tout simplement les esthètes de la bouffe. Le lecteur en aurait l'eau à la bouche mais le Rouge-gorge, s'il nous précise les hauts lieux de la gastronomie étrangère - un restaurant chinois (DS), une jaffe à l'indienne (CA), un tranquille bistro français (MAV), la Lumière de l'Inde (MDF)...- il omet de nous narrer par le menu icelui. Pour se remonter le moral, avant une opération chirurgicale délicate, un médecin radié propose à sa femme un repas de gala: Je me rappelle que ce furent des huîtres pour commencer, puis du rosbif, des pommes de terre et une salade verte, ainsi que deux très bonnes bouteilles de vin (CVM). Le lendemain régime perfusion.

Si comme vous avez pu le remarquer les huîtres ont une place de choix dans l'assiette anglaise de notre Rouge-gorge, les aliments roboratifs ne manquent pas toutefois et la diversité est de rigueur. Les tables de formica étaient assiégées par les chauffeurs de camion qui mangeaient viande, purée et deux légumes (MDF). Si ceci vous semble peu explicite sachez que les protagonistes du Rouge-gorge se montrent souvent plus prolixes: son plat principal: du corned-beef et des cornichons (MDF), nous commandâmes un oeuf double, une saucisse, des tomates et des frites, du pain et de la margarine (CVM), du boudin blanc et mon plat préféré de panais frits (MV), en poussant ma saucisse, en ramassant mes petits pois (CVM).

Un casse-croûte peut aussi bien faire l'affaire: Ce dont j'avais soudain envie, c'était d'acheter des sandwichs au pâté de foie (SQE). Il y en a qui dégustent avec un plaisir gourmand : d'une main il tenait le sandwich œufs jambon..., puis a léché le gras de jambon sur ses doigts, qu'il a essuyé sur son jean (SQE), d'autres font la fine bouche il était dans un pub, mangeant du bout des lèvres un sandwich au poulet (BS).

Le mariage des nourritures spirituelles et terrestres des rayons de livres couvraient deux des murs, une cuisinière était placée contre un autre mur, et il y avait des casseroles sur un égouttoir (CVM) parfois nous propose des élans lyriques: Ne dis pas de bêtises, répondit Monica, en décollant avec dextérité l'oeuf cuit au fond de la poêle et en le faisant voler comme un papillon éclatant dans une assiette chaude (BS). Ce qui est fort bien envoyé et nous facilite la transition vers la cuisine métaphorique. Mais auparavant posons une question dont la gravité n'échappera à personne : comment devient-on criminel ? Normalement, un criminel agit toujours selon le même scénario - répétitif, stupide. Il commence par piquer une boîte de haricots au supermarché, puis il passe au vol avec voies de fait, et continue à grimper l'échelle jusqu'au jour où il commet un meurtre" (MAV).

Reims 1985

Reims 1985

Vous allez en avoir du crime, du bien saignant, de la belle entrecôte maison (CA). Voilà qui nous promet une entrée savoureuse en matière culinaire. Les locutions ayant pour référence la flore et la faune comestibles sont légions et s'il n'y prenait garde, l'indigestion guetterait le lecteur affamé. Après une Crème anglaise et une Bombe surprise qui nous glacent d'effroi, extirpons de notre filet garni quelques expressions dont notre Rouge-gorge est friand. Au hasard de la cueillette, voici: ramène ma fraise, te presser le citron, ne me cours pas sur le haricot, ce n'est pas nos oignons, lui coller une châtaigne (MDF). Un premier chapitre qui ressemble à un étal de marchande de quatre saisons.

Nous passerons rapidement sur mon lapin, mon chou, comment s'appelle ton pigeon sans oublier les inévitables poulets et des pots de vin qui font passer le tout, pour mieux nous concentrer de tomate (ça m'a échappé !) sur quelques situations épicées. Très souvent, Mrs Durrell - sans poursuivre jusqu'au bout la comparaison malheureusement - assimilait son mari à une cocotte-minute (BS). Un mari qui la néglige sexuellement, alors elle se raconte des salades et rêve à des aventures érotiques. La métaphore est hardie parfois, mais oh combien expressive: Le seul détail choquant, c'était le sperme; au moment de partir, j'ai trouvé que sa présence heurtait l'œil, comme la trace d'une limace qui aurait rampé sur une feuille de laitue (MAV). Si au restaurant vous êtes confrontés à de tels débordements baveux dans votre assiette, n'en concluez pas pour autant que le cuistot se montre lubrique envers les marmitons. Et lorsque vous dégusterez avec béatitude des huîtres, (nous y revenons, mais sachez que ces bestioles, les rares animaux que l'on mange vivants, sont considérés comme aphrodisiaques) méditez cette phrase profonde: Il secoua la tête; elle tremblota comme une huître au bout de la fourchette d'un pochard (MDF).

Tout aussi parlant, si l'on peut dire, ce cadavre qui se repose à la morgue: elle gisait, à demi tournée sur le flanc, comme un mets raffiné sur un lit de glace à un dîner mondain (DS). L'avantage d'une chambre froide, c'est de conserver à la viande sa fraîcheur. Un peu de chaleur et de suite, elle se déprécie, s'avarie : Ses yeux, littéralement frits dans leurs orbites, ressemblaient à des boulettes de chair de poissons (DS). Heureusement tout ne se réduit pas à cette symphonie macabre culinaire et les images suggestives s'appliquent surtout aux vivants: Elle braqua sur moi un index dépourvu de vernis à ongle; il ressemblait à une saucisse coincée dans une persienne métallique (DS), de profil son visage sans lèvres était aussi tranchant qu'un hache viande (CVM), sa grande paluche, grosse comme un jambon (CA). Même les vénérables monuments historiques n'échappent pas aux comparaisons culinaires: Car une bâtisse extravagante, encore plus folle que Château-Branlant, se dresse devant nous dans la nuit. Elle est gigantesque; c'est la Tour de Londres qu'on aurait un peu aplatie et étalée pour la faire refroidir comme un pudding au riz (CA).

La véritable cuisine se prépare au commissariat: on va commencer à le mettre sur le gril (MAV), puis je les ferais cuisiner a toutes les sauces (MAM) et afin de leur donner du goût, je les presserai jusqu'à ce que les citrons jutent (MAM). Il parait que dans ce cas le suspect ou le présumé coupable se met plus facilement à table. Le savoir faire, le tour de main sont indispensables, mais pour réaliser une préparation qui a de la gueule, il faut avoir toute sa tête et ne pas se fier uniquement à l'enseigne ou à la réputation: Les grands chefs sont comme des poulets à qui l'on a coupé la tête (MAM).

Rien ne remplace la diplomatie dans une conversation et les mises au point s'avalent plus facilement lorsque l'engueulade est tempérée : Tu n'es vraiment qu'un con, je te l'ai toujours dit, et tu mérites ce qui t'arrive, comme une côtelette de porc mérite sa compote (CVM).

 

La cuisine du Rouge-Gorge ou Le Rouge-Gorge Cuisinier.

Si les Français se délectent de viandes en sauce, les Britanniques préfèrent les viandes bouillies. Notre Rosse - beaf, saignant, adapte à sa manière cette dernière préparation que les images d'Epinal ont contribué à populariser, dans la version cannibale, avec au milieu de la marmite tribale un missionnaire desséché entouré de futurs dégustateurs hilares. Il faut d'abord disposer d'une grande quantité d'eau, de grandes casseroles, d'un réchaud à gaz, d'une baignoire pour récolter le sang, et de quelques sacs plastiques pour entreposer la viande bouillie (MAM). Mais auparavant le cadavre doit être découpé dans les règles de lard, comme si on avait devant soi un cochon engraissé. Décrochez toute cette délicate, cette incroyable dentelle de chair, détachez le cœur d'un seul coup, découvrez les tissus derrière la peau, enlevez les cotes, mettez a nu la colonne vertébrale, ôtez la longue enveloppe de muscles tendus sur les os auxquels ils sont accrochés. Un instant d'arrêt pour faire bouillir les scalpels - puis d'un mouvement incurve, audacieux mais habile, plongez dans le crâne trépané, dans le cerveau, et extrayez en l'art si vous le pouvez. Mais vous aurez du sang plein les mains a moins que vous ne le recueilliez préalablement dans des bouteilles, et tout cet art des morts, vous pouvez le saler, mais dans de la saumure - un plat pour vous engraisser quand votre tour viendra (MDF). Cela demande toutefois un certain doigté, un tour de main que l'on n'acquiert qu'après une longue pratique. Pour les pressés, les impatients, ou les malhabiles voici une méthode de découpage moins raffinée et plus expéditive: Un bon couteau et un aiguisoir, un marteau également pour briser les os, comme ça tout rentrera dans les casseroles. Tu aiguises le couteau et tu tranches la colonne vertébrale en deux ou trois endroits, aux vertèbres. Tu coupes la tête, les pieds et les mains. Tu fais sauter les dents également. Tu attends que tout cuise (MAM). Le résultat  n'est pas toujours appétissant. La chair est grise et la peau du visage avait disparu lors de la cuisson; les orbites avaient été vidées (MAM). C'est peut-être pour cela que le meurtrier cuistot a  transvasé le résultat dans des sacs en plastique. Mais des égouts et des odeurs, ça ne se discute pas. Des coups et des douleurs non plus d'ailleurs.

Certains assassins affamés préfèrent la viande crue: Je découvris que le meurtrier avait léché et mangé de petits morceaux du corps de la jeune femme (DS). Après il ne lui reste plus qu'à quitter les lieux. Le tueur se sentait obligé de partir - non par raison de sécurité, mais pour préserver la précieuse saveur de son copieux dîner et emporter ce succulent souvenir en regagnant la nuit froide de la rue (DS). Oui mais voilà, à se montrer trop gourmand le repas pèse sur l'estomac, ce précieux banquet tourna soudain à l'aigre. A peine avait-il décidé de s'en aller que le festin trop riche dont il s'était repu, et toutes ses sauces épaisses, lourdes et gorgées de sang, se mirent brusquement à bouillonner dans ses tripes, lui soulevant l'estomac (DS). Un véritable gâchis, le sang de la fille avait perdu son bouquet, son parfum frais et épicé (DS).

Les bouchers utilisent un artifice pour rendre à la barbaque un moelleux, une tendreté factice, mais le morceau de viande déchiquetée ainsi passée à la torture, en perdant son jus, devient insipide, fade. En un mot, il se ramollit. Un tueur psychopathe invente un matériel, compromis entre le vélo et l'attendrisseur du boucher, qu'il expérimente sur son appendice génital. Mais les résultats ne s'avèrent guère probant, lacérant son organe qui rétrécit, au grand dam de ses partenaires dans des joutes érotiques avortées. Il ne restait pratiquement plus rien de son phallus, sinon quelques lambeaux écarlates (DS). Simple remarque à l'attention du traducteur : le phallus étant l'emblème de la virilité et désignant un membre en érection, il aurait mieux valu employer le terme de verge. Ce qui entraîne frustration, désillusion et malgré tout un intérêt d'ornithologiste confronté à un spécimen inconnu: Ton drôle de petit oiseau est vraiment minuscule, tu ne trouves pas ? (DS). Réflexion quelque peu déplacée puisque c'est la jeune femme qui le cherche. Enfin, avec un peu de bonne volonté, elle parvient à dénicher sa proie: J'en ai vu de toutes sortes, mais le tien est pratiquement inexistant. C'est à peine si je parviens à le trouver, tu vois, je le cherche (DS). 

 

Ingérer autant d'aliments sans se désaltérer est impensable, et notre Rouge-gorge possède une cave dans laquelle l'éclectisme voisine parfois avec la banalité des libations. Le vin y est présent, chichement mais de qualité. Un Mauzac 76, du Pouilly fumé figurent sur la carte, mais préférence est donnée aux liquides d'origine britannique, alcoolisés ou non. Le thé est servi à profusion, ainsi que le whisky et le gin (quoique cette boisson soit un dérivé du genièvre néerlandais). Le gin est employé dans la préparation de cocktails, thé ou gin-tonics. Le haut-de-forme est ainsi baptisé parce que le gin est versé par dessus le tonic, si bien que la première gorgée est de l'alcool pur (BS). La bière, le café instantané et à petites doses le jus de fruits ont également droit de cité. Plus insolite le cidre, boisson ingurgitée par Billy le tueur (MAM). Ce qui nous amène tout naturellement à conclure cet article par une note poétique extraite du Cidre:

                        Orage, odes et espoirs, ô vieille soif ennemie

                        N'ai-je donc tant vécu que pour boire cette lie?

 

*****

 

Je ne mange pas moins de bon appétit parce que je parle à ma nourriture pendant que je me nourris. Plus vous avez besoin de nourriture, plus vous devez la traiter intelligemment, sinon qu'il n'existe pas de nourriture intelligente... Ce que je veux dire, c'est qu'on ne peut tolérer que la nourriture courre en  hurlant sur l'assiette - il est logique de la tuer d'abord. Ensuite vous pouvez lui parler. Mais il est évident que vous ne devez pas vous attacher à votre nourriture si vous voulez pouvoir la couper en morceaux. (Le mort à vif)

 

Article paru dans la revue Polar Hors Série d'octobre 1994.

 

 

BS : Bombe surprise

CA : Crème anglaise

MDF : On ne meurt que deux fois

MAV : Le mort à vif

SQE : Le soleil qui s'éteint

CVM : Comment vivent les morts

DS : J'étais Dora Suarez

MAM : Les mois d'avril sont meurtriers.

MV : Mémoire vive

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Published by Oncle Paul - dans Hommage
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