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27 mai 2016 5 27 /05 /mai /2016 15:15

Lorsque l'assassin défie le temps...

Michel BUSSI : Le temps est assassin.

Le 23 août 1989, alors que Clotilde, alias Clo, consigne dans un carnet ses petits secrets et rêvasse, elle est happée par la main par son père qui est pressé. Tout le monde en voiture. Paul, le père, est nerveux, Palma, la mère, à côté de lui est non moins nerveuse, et derrière les deux gamins, Nicolas statique et Clo qui déplore avoir oublié son précieux carnet sur le tronc d'arbre sur lequel elle était assise. Papa conduit vite, trop vite et l'accident est inévitable. La voiture défonce une barrière et plonge dans la mer en dessous du ravin. Lorsque Clo sort de son étourdissement, elle est hospitalisée et la seule survivante. Elle n'a que quinze ans.

Vingt sept ans plus tard, Clo revient sur le théâtre de cet accident, au camping des Euproctes, celui où elle passait ses vacances avec ses parents, situé sur la presqu'île de la Revelatta, non loin de Calvi. Elle est mariée avec Franck, qui connait ses antécédents familiaux, et ils ont une gamine, Valentine, dite Valou, du même âge que Clo lors de cet été funeste.

Ce n'est pas vraiment un pèlerinage qu'effectue Clo, mais presque. Car à quelques kilomètres de là, à la bergerie d'Arcanu, vivent encore ses grands-parents. L'accident dont ont été victimes ses parents et son frère lui taraude toujours l'esprit. Son père n'avait pas braqué le volant, il avait foncé tout droit dans les barrières de protection de la corniche de Petra Coda. Et la moindre des choses, c'est bien de déposer un bouquet de fleurs à l'endroit où la voiture a dévalé le ravin. Quelques minutes de recueillement, c'est peu, et pourtant c'est déjà beaucoup pour Valou et Franck.

Le camping des Euproctes est dirigé par Cervone Spinello, le fils de l'ancien directeur. Cervone, qu'elle n'aimait guère à l'époque faisait partie de la petite bande qu'elle formait avec quelques autres adolescents. Elle va retrouver d'autres compagnons, filles et garçons, qu'elle fréquentait plus ou moins à l'époque. Ils ont vieilli, comme elle, ils ont changé, comme elle, certains ont disparu de la circulation, d'autres se sont fait un nom et sont devenus plus ou moins célèbres. Les souvenirs affluent.

Dès les premiers jours, quelque chose ne tourne pas rond. D'abord une lettre l'attend à l'emplacement de la caravane que ses parents louaient. Une lettre non signée mais c'est l'écriture de sa mère, Clo en est sure. Et le contenu est une forme de prière. Elle doit se tenir le lendemain sous le chêne vert de la bergerie d'Arcanu, lors de sa visite chez Cassanu et Lisabetta, ses grands-parents. Et Valou, sa fille, devra être présente également. Une mauvaise blague, sans aucun doute, pourtant comme le ver dans le fruit, cette missive la perturbe. Et alors qu'elle désire prendre ses papiers dans le coffre où elle les a déposé, elle s'aperçoit qu'ils ont disparu. Un coffre fermé par une combinaison.

Peu à peu, le drame s'installe, d'abord diffus. Selon un ancien gendarme en retraite, qui aurait participé à l'enquête, l'accident ne serait pas dû à un défaut de maîtrise de la part du conducteur mais à un acte de sabotage. A la bergerie, Orsu, qui travaille au camping, a appelé son chien Pacha. Comme celui qu'elle possédait lorsqu'elle jeunette. Un vieil Allemand, habitué du camping, aujourd'hui veuf, mais dont le fils fréquentait la petite bande, est un passionné de photographie. Et depuis des décennies il entasse les clichés dans des cartons. Lorsque Clo lui demande si elle peut regarder celles de l'année 89, il accède à se demande sans rechigner. Hélas, le carton est vide, les photos se sont envolées, volées.

Valou manque se casser les os lors d'une sortie organisée, alors qu'elle devait plonger dans la mer, attachée par une corde, afin de ne pas se fracasser sur les rochers et laisser emporter par les eaux. Le mousqueton lâche, probablement saboté D'autres événements se précipitent, et le drame qui couvait se transforme en tragédie, ou du moins ça y ressemble. Clo reçoit d'autres messages de sa mère, ou d'une personne qui s'est substituée à elle.

 

Tel Pénélope qui le jour tissait sa tapisserie et la nuit la défaisait, la détissait afin de prolonger le temps, Michel Bussi construit son histoire en habillant la trame de son histoire avec des épisodes, des événement, des personnages, des sentiments, puis il détricote ce qu'il a patiemment assemblé pour reprendre et offrir de nouvelles images sur une toile tout en gardant l'esquisse originelle, les fils étant entremêlés de façon différente mais toujours dans un décor identique.

Un jeu de miroir habilement développé car l'histoire des jours qui ont précédé l'accident qui ont coûté la vie des parents de Clo ont été consignés dans le carnet qu'elle trimbalait partout avec elle. Un carnet qui était resté abandonné sur le tronc d'arbre à la bergerie alors que son père l'entraînait de force. Un carnet qui n'a pas été perdu pour tout le monde et qu'un lecteur inconnu lit, ou relit, avidement, laissant parfois transparaître ses sentiments mais pas son identité.

Comme dans une galerie des glaces où l'image se déforme quelque peu, à cause des souvenirs de Clo qui ne sont pas forcément le reflet de la réalité, le lecteur vit intensément les quelques jours entre l'arrivée de Clo et sa petite famille dans la presqu'île de la Revelatta, et les événements qui se sont déroulés vingt-sept ans auparavant. Tout s'imbrique et se détache en une succession inexorable d'épisodes qui vont crescendo.

La magie Bussi opère une fois de plus, plus intéressante dans la puissance d'évocation que dans son roman précédent, Maman a tort, dans une construction implacable, à l'égale de Nymphéas noirs, et qui marque le lecteur. Un suspense qui oblige le lecteur à ne reposer le livre qu'une fois le mot fin apparait et qui réconforte.

Cela nous change d'une production actuelle où tout est basé sur des histoires répétitives de banlieues, de marlous de banlieues, de drogue, de casses mal ficelés, de délinquants minables, le tout dans un style déplorable et une écriture bâclée qui se veulent être modernes mais qui ne sont que le mépris de la langue française.

 

Michel BUSSI : Le temps est assassin. Editions Presses de la Cité. Parution 4 mai 2016. 544 pages. 21,50€.

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