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16 mars 2016 3 16 /03 /mars /2016 10:21

Et il y a de quoi !

Jean-Paul NOZIERE : Maman, j'ai peur.

Les vacances en compagnie des parents, très peu pour Grégoire. Il a assez suivi ses géniteurs durant leurs déplacements estivaux pour aspirer à un peu de liberté, d'air frais, même en ce chaud mois de juillet.

Seulement ce qu'il n'avait pas prévu dans sa petite tête d'adolescent de seize ans, c'est qu'il ne verra pas Julia comme il l'escomptait. Il se faisait une fête de la revoir et patatras, elle doit accompagner ses parents en Toscane. La tuile.

Alors, faut bien l'avouer, il commence à s'ennuyer ferme dans la petite station thermale de Boriro-les-Bains. Bien sûr il peut se rendre à Dijon, en compagnie de sa sœur qui est tout juste majeure et possède son permis de conduire, mais cela ne remplace pas la présence tant souhaitée de Julia. Il est tellement malheureux que lorsqu'il aperçoit Tintin, son ami âgé de vingt-deux ans en train de vaquer à des occupations qui lui sont chères, il préfère l'éviter.

Avant de suivre Grégoire jusque chez lui, et assister à un épisode qui va marquer ses vacances et sa vie, penchons-nous sur le cas de Tintin. Car le jeune homme est un cas. Vingt-deux ans, ancien gendarme, il n'aura effectué que six mois de présence chez les représentants des forces de l'ordre pour intempérance. Il soigne sa dipsomanie à Boriro-les-Bains, station thermale spécialisée dans toutes sortes d'affections et généralement réservée aux représentants du quatrième, voir cinquième âge. Et pour passer le temps, Tintin découpe dans les journaux nationaux et régionaux les articles consacrés aux faits-divers, articles qu'il collationne précieusement dans des classeurs.

Pendant ce temps, Grégoire est parvenu en vue de la maison de ses parents. Les vitres d'une fenêtre ont été brisées pourtant il ne règne aucun désordre dans les pièces du bas. A l'étage, dans la chambre de ses parents, s'étale un déballage de fringues, pis que dans un vide-grenier. Cela le laisse coi, et s'avançant il entrevoit une gamine tentant de se cacher derrière l'amas de vêtements.

Elle s'exprime dans un sabir dans lequel surnagent quelques mots de français. Elle a réalisé le désastre seule, a quatorze ans et s'appelle Anca Marcovic. Et elle profite d'un moment d'inattention de Grégoire pour s'enfuir.

Envolée, Julia. Enfouie dans les limbes de la mémoire, Julia. Effacée d'un coup de gomme amoureux, Julia. Car oui, Grégoire est tombé amoureux de la petite voleuse. Il sait que ces filles sont des esclaves du vol, exploitées par des individus peu scrupuleux, en provenance de l'Est et plus particulièrement de Roumanie, mais il ne pensait pas que l'une d'elle se serait perdue dans la région. Et que les quatorze ans annoncés comportent sûrement quelques mois supplémentaires.

Il faut d'abord ranger les affaires dans les penderies, et constater qu'Anca, si elle se prénomme bien ainsi, n'a rien volé, n'en a pas eu le temps. Donc inutile de prévenir les gendarmes. Et les parents non plus, superflu de leur annoncer ce qu'il s'est déroulé durant leur absence et de gâcher leur voyage en Irlande.

Il convainc sa sœur Eloïse de l'aider dans sa démarche, c'est-à-dire de retrouver Anca, et demande de même à Tintin de l'aider. Un ancien gendarme, ça peut avoir des relations, même s'il n'a que six mois d'expérience et est sur la touche.

 

Une enquête qui peut s'avérer dangereuse, Grégoire et ses complices vont bientôt s'en apercevoir. Mais cela permet aussi à Grégoire de cerner le problème, le secret de Tintin. Quant à Eloïse, si elle accepte, elle veut toutefois garder une marge de manœuvre et de liberté afin de consacrer un peu de son temps à son petit copain. La vie privée doit être respectée, il n'y a pas de raison. Mais le principal est bien de retrouver Anca, de l'aider à s'affranchir de la tutelle d'individus qui profitent de certaines situations, ou les provoquent, afin de se constituer un magot conséquent sur les dos de gamins perdus affectivement et socialement.

 

Parallèlement à cette intrigue, nous suivons le parcours de Téréza Marcovic. Marcovic, c'est ce qu'elle doit dire aux policiers si elle se fait arrêter. Et tricher sur son âge également.

Téréza écrit son parcours, depuis sa naissance, ou ce qu'elle en sait, près de ses parents, de sa famille, comment elle a été amenée à quitter son village natal, Mitru au sud de la Roumanie, à venir en France dans la voiture d'un passeur, et ses différentes pérégrinations et mésaventures. Tout ça parce que sa famille croule sous les dettes d'usuriers qui méprisent les gitans, les tziganes, même dans leur propre pays.

 

Ancré dans un paysage social qui n'est pas sans rappeler un épisode qui s'est déroulé il y a quelques années dans le Sud de la France, le réseau Hamidovic pour ne pas le citer, Maman, j'ai peur s'adresse en principe aux adolescents. Mais il s'agit bien de montrer la réalité sous ses angles les plus noirs, tout en gardant cette part d'humanisme qui devrait toujours guider la vie de tout un chacun. Ne pas porter de jugements hâtifs, ne pas se laisser aller à des préjugés engendrés et colportés par des adultes qui eux-mêmes forgent leurs opinions sur des faits relatés sans véritable profondeur d'analyse, et souvent avec une bonne dose de suppositions non avérées.

Ce roman garde une grande part d'innocence propre aux enfants, aussi bien ceux qui sont les bannis de la vie que ceux qui n'ont rien à demander parce qu'ils ont tout, amour, tendresse et confort matériel. Une opposition entre deux mondes narrée avec pudeur par Jean-Paul Nozière qui explore avec justesse et force l'univers des enfants dans le monde pervers des adultes.

 

Jean-Paul NOZIERE : Maman, j'ai peur. Editions Thierry Magnier. Parution 10 février 2016. 272 pages. 14,50€ version papier. 10,99€ version numérique.

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commentaires

Alex-Mot-à-Mots 17/03/2016 13:56

Un auteur jeunesse que j'apprécie.

Oncle Paul 17/03/2016 16:19

Moi aussi et je me demande si je ne le préfère pas lorsqu'il écrit pour les adolescents que lorsque ses romans sont destinés aux adultes...

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  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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