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20 mars 2016 7 20 /03 /mars /2016 08:45

Faites l'amour et pas la guerre ou l'art de s'envoyer en l'air !

Jan THIRION : La grande déculottée.

Cela commence à bien faire. Ils étaient partis pour trois semaines, maximum, et les mois s'éternisent.

Les hommes du front en ont marre et ils se prennent la tête. A l'arrière, les autres, les civils, eux aussi en ont marre. Ah, si c'étaient eux qui étaient là-bas, du côté de Souain, dans les tranchées, sûr que ce serait tranché depuis longtemps.

Marcaillou, vingt-six ans et quatre mois. Dans la fleur de l'âge comme ses compagnons d'infortune. Ceux qui restent, les valides. Mais une rumeur enfle, un espoir fleurit, il paraitrait qu'elle s'approche. Elle était là-bas, il n'y a pas si longtemps, et puis là pas plus tard que... Mais si, là voilà, trois véhicules verts s'arrêtent, des hommes en descendent, au garde-à-vous, cela prêterait à rire.

Les pioupious n'ont même pas eu le temps de se décrotter les vêtements et les godillots. Ils ne sont pas présentables et pourtant ils sont tous là, à présenter armes à la capitaine Pubis. Mon Dieu, qu'elle est belle, pensent-ils tous, certains avec d'autres mots mais tous avec admiration.

Elle passe en revue les hommes alignés devant elle dans la tranchée bombardée. Parfois des éclaboussures de terre voltigent, mais ce n'est rien. Tous sont obnubilés par sa beauté, et son courage. Elle doit remplir une mission, choisir un adjoint.

Marcaillou, contre toute attente, et à sa grande surprise, est désigné comme celui qui va remplir l'office auprès de la capitaine Pubis. Quoi, il ne sait pas, entre les rumeurs et le réel, c'est plus qu'une tranchée, c'est un gouffre. Alors il suit ceux qui accompagnaient la capitaine vers une destination inconnue, traversant le camp où tous les pioupious sont en train de ranger, nettoyer, démonter, armes et véhicules.

Dans une guitoune un bac d'eau l'attend. Il doit procéder à des ablutions qui ne sont pas du luxe. Puis il est invité à se rendre sous une autre tente, celle de la Capitaine pubis, où l'attend un repas fin (pour l'époque, car roboratif et chaud) et le lit de la capitaine.

Mais quel est le dessein de la Capitaine Pubis en choisissant un jeune mâle fougueux et en manque ?

Il est temps maintenant de s'intéresser au parcours de Célestine Pubis, parcours amoureux entamé par des plaisirs solitaires non dénués de conséquences. Car ses transports amoureux, seule ou en compagnie, se traduisent toujours par des manifestations étranges et sismiques. Et la locution coup de foudre prend ici toute sa signification sous la plume de Jan Thirion. Alors pourquoi ne pas utiliser ses dons orgasmiques pour la Patrie ?

 

Jamais trivial, tout est en pudeur et en retenue (si l'on peut dire !), La grande déculottée est un conte grivois, moral, tournant la guerre en dérision, ce qui n'est pas dérisoire, usant d'un humour caustique, d'une ironie mordante, prônant une guerre en dentelle, avec parfois des accents oniriques.

Ce qui pourrait être une bluette est en réalité un réquisitoire contre la guerre et toutes les vicissitudes qu'elle engendre. Ode à l'amour, charnel, et surtout à l'encontre des soldats qui ont l'honneur de se trouver au premier rang des combats, sans compensation, alors qu'à l'arrière les militaires en chausson se prélassent dans les divans des belles respectueuses.

Jan Thirion nous propose une utopie qui malheureusement ne jamais se réalisera. On ne pourra que le regretter. Ce serait trop beau si un jour cela pouvait se réaliser. Et s'il revisite la Grande Guerre, Verdun, Amiens et autres endroits où le courage des soldats était à la hauteur de l'incompétence de leurs chefs, c'est bien pour leur rendre hommage, mais également au rôle parfois méconnu de certaines femmes qui savaient remonter dans l'ombre le moral des troupes.

 

Vous pouvez faire votre marché, sur le site des éditions SKA. La visite est gratuite, pas comme au Salon du Livre de Paris.

 

Jan THIRION : La grande déculottée. Novella numérique. Collection Culissime. Edition Ska. Parution mars 2016. 227 pages. 3,99€.

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commentaires

jeanne desaubry 25/03/2016 18:03

Hélas, Jan nous a quittés. Cette fantaisie hors norme a disparu. Même cette tristesse fond devant la lecture de ces mots si vifs et si légers... capable d'alléger, oui, même les horreurs de la guerre. Un certain éditeur lui a demandé s'il n'avait pas "honte"... quelle connerie ! Il en faudrait mille comme
lui pour répondre à la barbarie qui accable le monde.

Oncle Paul 25/03/2016 18:08

J'approuve entièrement ce que tu écris... Un esprit vif et iconoclaste qui m'a fait penser un peu à Marcel Aymé et La Jument verte...

Alex-Mot-à-Mots 21/03/2016 15:12

Une lecture pour cette année de centenaire de la bataille de Verdun.

Oncle Paul 21/03/2016 15:22

Oui, avec un certain sourire et la fleur au fusil....

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