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22 février 2016 1 22 /02 /février /2016 10:56

Un cimeterre pour un cimetière...

Jean MAZARIN : Handschar.

Sarajevo. 5 février 1994. Entre Serbes, Croates et Bosniaques, les divergences, souvent religieuses et politiques, se résolvent par armes à feu interposées. Des tireurs d'élite sont embusqués sur les toits des habitations.

En temps de guerre comme en temps de paix, les langues se délient l'heure de la mort venue. Ainsi Djamila sentant sa fin prochaine déclare dans son dernier souffle à Farid Karaïlo que son père a été assassiné, lors de la Seconde Guerre Mondiale, par Mustapha Nuvjak. Or Mustapha Nuvjak est un héros local. Il ne peut y croire mais Djamila possède une preuve détenue dans une boîte.

Karaïlo profite de sa position de snipper pour abattre Mustapha. Seulement un homme, un ancien policier, déduit par les balles retrouvées dans le corps qu'il s'agit de quelqu'un de chez eux. Il prévient Laïk, le petit-fils de Mustapha, qui parle parfaitement le français sert comme interprète, le lançant sur la piste du Handschar. Le jeune homme décide de se venger et se rend au siège de la milice Handschar. Il apprend auprès d'un vieux milicien que le Handschar est venue en aide aux Bosniaques afin de résister aux offensives serbes. Mais le soldat lui avoue également que lui, Salem Meho, son grand-père Mustapha Nevjak et le père de Farid Karaïlo, Osman Karaïlo, étaient amis, comme des frères, durant l'autre guerre, alors que les Allemands envahissaient le pays.

Enfin il apprend que l'assassin est effectivement Farid Karaïlo et il l'abat sans tergiverser. Seulement un témoin a vu Laïk sortant de chez Karaïlo et il doit s'enfuir. Grâce à une adresse fournie par son père il sait qu'il va trouver refuge chez un nommé Cambérac à Villefranche-de-Rouergue, France.

 

A Villefranche-de-Rouergue, dans le même moment, les policiers et les gendarmes sont sur les dents. Un second cadavre, voire un deuxième, a été retrouvé dans une ravine près de la cité. Si le premier cadavre était celui d'une étrangère, cette fois il s'agit d'une payse. Un suspect est rapidement appréhendé, un Hongrois dépendant à la Légion Etrangère. Il possédait dans ses affaires un briquet appartement à la morte. Le présumé coupable se défend, prétendant qu'il venait retrouver une certaine Wanda qui vend ses charmes à Paris. Evidemment il s'agit d'un prénom d'emprunt. De toute façon il ne dira rien de plus, car il se pend dans sa cellule. C'est dans cette ambiance délétère que Laïk arrive, muni de papiers en bonne et due forme, ou presque, afin de connaître l'histoire dans laquelle son grand-père, Karaïlo père et Meho étaient impliqués.

 

Février 1943. Les trois hommes, Karaïlo, Nuvjak et Meho, comme bien d'autres ayant écouté l'appel du grand Mufti de Jérusalem, se sont engagés dans la 13e division de la Waffen-SS Handschar. Ces musulmans bosniaques étaient partis avec la ferme intention, après avoir subi un entraînement prodigué par les officiers Allemands, de revenir en Bosnie combattre les communistes, les partisans titistes dirigés par le chef communiste Tito, mais également les Oustachis, mouvement séparatiste croate, antisémite, fasciste et antiyougoslave. Ces combattants d'un nouveau genre sont encadrés également par des imans qui les exhortent à la discipline. Justement cette discipline de fer et les outrages, les violences, les exactions déshonorantes pratiquées par les officiers et sous-officiers allemands à leur encontre bientôt leur insuffle l'idée d'une mutinerie.

 

L'emblème de la 13e division Waffen-SS Handschar

L'emblème de la 13e division Waffen-SS Handschar

C'est cet épisode que narre Jean Mazarin, alternant récit d'une histoire vraie mais méconnue qui s'est déroulée sur le sol français en 1943, et les meurtres enregistrés cinquante ans plus tard dans la même ville aveyronnaise.

Bien sûr les noms ont été changés, des situations et des événements, notamment ceux qui se déroulent en 1994, sont pure fiction, mais l'histoire de la 13e division de montagne de la Waffen-SS Handschar est, elle, réelle, de même que la mutinerie qui se produisit en septembre 1943.

Ces deux récits, l'un historique et l'autre imaginé, s'intègrent parfaitement l'un dans l'autre et nous suivons tour à tour ces épisodes douloureux. Deux histoires en une écrites avec force et sobriété par un auteur qui avait déjà abordé l'Histoire de la Seconde Guerre Mondiale dans des romans comme Collabo Song, Il va neiger sur Venise, ou encore Zazou.

 

Deux enseignements, deux leçons sont à tirer de ce roman. D'abord sur les religions qui prônent l'amour du prochain, et qui sont les premières à soulever les hommes les uns contre les autres pour des raisons de préséance déitique. Ensuite, il ne faut pas faire foi aux rumeurs, aux racontars, aux préjugés, se fier à des impressions qui peuvent se révéler erronées et qui amènent à accomplir des gestes regrettables non en conformité avec la réalité des faits.

 

Couverture prévue pour une édition chez Nuit Blanche programmée en 2011/2012 puis abandonnée par faute de moyens financiers

Couverture prévue pour une édition chez Nuit Blanche programmée en 2011/2012 puis abandonnée par faute de moyens financiers

Jean MAZARIN : Handschar. Editions L'Atelier Mosesu. Parution 10 février 2016. 174 pages. 16,00€.

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commentaires

Boris 23/02/2016 10:59

Voilà une intention tout à fait louable cher ami.

Oncle Paul 23/02/2016 12:11

Ce n'est qu'un vœu pieux !

Boris 22/02/2016 23:40

Hé bien, notre ami Jean Mazarin, alias Emmanuel Errer est à l'honneur, deux notices le même jour... Il le vaut bien

Oncle Paul 23/02/2016 10:15

J'ai profité de la parution de ce roman pour remettre à l'honneur une chronique de 2011 qui ne figurait pas sur le blog en espérant qu'un éditeur se penche sur ce texte et le réédite.
Amitiés

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