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6 février 2016 6 06 /02 /février /2016 14:14

Quand on vous dit, mesdames, de ne pas trop vous maquiller !

Béatrice EGEMAR : Le Fard et le Poison.

Si la comtesse de Lignac est venue s'installer dans le couvent de l'Assomption afin de se reposer, c'est mal connaître ce qu'il s'y déroule.

Pas tout le temps, d'accord, mais ce jour là, en descendant l'escalier, elle aperçoit, allongé sur les tomettes qui recouvrent le sol, le cadavre d'une novice. Morte.

Un spectacle horrible qui suit celui, charmant, que regardait peu de temps auparavant, Madame de Lignac par la fenêtre de son appartement. Les gamines mises en pension et qui s'ébrouaient lors de la récréation, dont une jolie fillette ayant pour nom Alexandrine Lenormant d'Etiolles, la fille de Madame de Pompadour.

Selon toute probabilité sœur Agnès est tombée dans l'escalier et s'est tuée en se cognant la tête contre une marche. Sœur Angélique est effondrée. Les deux religieuses étaient si proches. Aussitôt François Vernet le chirurgien de l'institution est prévenu. Mais surtout il faut mettre les jeunes pensionnaires à l'abri, afin de leur éviter un traumatisme. Sœur Antoine se rend auprès de la Supérieure car elle a une communication importante à lui confier, quelque chose qui la tourmente concernant sœur Agnès.

 

Dans son laboratoire où elle prépare avec amour et quelques ingrédients choisis potions, pommades, fards et autres substituts de beauté, Marie-Anne, dite Manon, est dépitée. Son lait virginal (un cosmétique, je précise) a tourné. Elle a vingt ans, s'est mariée avec Joseph Vérité, un garde-française, et reprend avec bonheur la boutique familiale, le Bouquet de Senteurs, en compagnie de son frère Claude et de quelques employés dont Louis, Rosine, et son neveu Jean-Baptiste, un gamin qui présente des signes d'autisme, même si cette maladie était inconnue à l'époque, mais qui possède un nez, lequel appendice sera d'un grand recours à Manon plus tard. Si elle mène la baraque avec vivacité, bonheur et intelligence, ses fards étant fort prisés, c'est Claude qui en est le propriétaire officiel, car en ce temps les femmes n'avaient pas voix et voie au commerce.

François Vernet, son beau-frère époux de sa sœur Catherine, vient lui rendre visite et lui annonce le drame du couvent. Or la sœur de François Vernet, elle-même religieuse dans cette communauté sous le nom de sœur Antoine, lui a appris qu'elle avait lavé le couloir après la chute de sœur Agnès et qu'il y avait du sang sur un chandelier. La supérieure n'avait été convaincue par les assertions de sœur Antoine, qui a parfois un comportement trouble. Mais cela suffisait-il pour enfermer la religieuse à la Salpêtrière, dans la partie réservée aux folles ? Et si sœur Antoine ne délirait pas et avait réellement vu du sang et l'avait effacé avec un linge ?

 

Manon profite de livrer savons et autres produits à madame de Lignac à l'Assomption et en profite pour rencontrer madame Dornoy, la gouvernante d'Alexandrine, et la belle Anne-Sophie de la Forge, la sous-gouvernante, il faut bien deux personnes pour s'occuper de la fille de Madame de Pompadour, sinon plus. Elle désire en apprendre un peu plus sur le drame qui s'est déroulé peu de temps auparavant. Nicole du Hausset, sa marraine et femme de compagnie de madame de Pompadour, est venue rendre visite à Alexandrine et Anne-Sophie est intéressée par ce genre de confidences.

 

Mais l'attention de Manon va bientôt être accaparée par une autre affaire qui risque de nuire à son commerce. Des fards provenant de son laboratoire ont été empoisonnés, et madame de Pompadour semble en être la principale destinataire. Pourtant c'est une jeune soprano qui, pour interpréter un rôle dans Les Indes Galantes de Rameau, s'était maquillée et en a subit les funestes conséquences. Funestes pour son visage défiguré par des boursouflures purulentes. Mais qui donc peut en vouloir à Madame de Pompadour, si c'est bien elle qui était visée ? Comment le boîtier contenant la poudre a pu atterrir entre les mains de l'actrice ? D'autres victimes seraient-elles à déplorer ? Ou tout simplement un concurrent de Manon n'essaierait-il pas de lui porter préjudice ? Et enfin, le décès de sœur Agnès n'est-il pas lié justement à celle des fards empoisonnés ?

 

De la rue Saint-honoré où est située la boutique le Bouquet de Senteurs à la Salpêtrière, du château de Versailles au château de Bellevue, résidence offerte par Louis XV à la favorite, le lecteur est entraîné dans un roman policier historique de fort bon aloi.

La plupart des personnages qui évoluent dans ce roman ont réellement existé, mais n'ont pas joué forcément le rôle qui leur est dévolu dans cette intrigue.

Manon est l'héroïne principale mais François Vernet, son beau-frère, Joseph, son mari, Jean-Baptiste, son neveu, et le lieutenant général Berryer vont prendre une part auxiliaire mais non négligeable dans la résolution de cette énigme. Manon, une forte femme, moralement, dans un XVIIIe siècle dans lequel les femmes n'avaient guère droit au chapitre, et ne pouvaient s'occuper d'affaires commerciales, n'est mariée que depuis un peu plus de six mois. Pourtant elle commence à se languir et à se demander quelle va être sa vie avec un mari souvent parti pour obligations militaires. De plus Joseph, sans être volage, revoit de temps à autre Violette, qui fut sa maîtresse, et est devenue une mamie de Manon. Violette, qui interprète un petit rôle dans Les Indes Galantes et qui a trouvé dans la loge de la soprano, un coffret contenant les fards empoisonnés appartenant à Madame de Pompadour, plongeant Manon dans des affres indescriptibles. Car ce coffret provient de sa boutique, Violette inconsciemment déclenchant toute cette histoire.

Apparemment, Béatrice Egémar possède une affection particulière pour les prénoms en A. Outre Marie-Anne dite Manon et Anne-Sophie de la Forge, évoluent Alexandrine, Agnès, Angélique, sœur Antoine, Aimée, Aglaé et quelques autres. Mais peut-être était-ce l'époque qui voulait cela.

 

Béatrice EGEMAR : Le Fard et le Poison. Editions Presses de la Cité. Parution le 14 janvier 2016. 368 pages. 21,50€.

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